DU CHOIX DANS LE MARIAGE, ET DES MOYENS DE BIEN L’ÉTABLIR
Le mariage suppose, delà part des contractants, le désir, la ferme volonté de vivre incessamment dans une harmonie parfaite, source de tous les bonheurs de famille. Or, celte harmonie ne se rencontre que dans les couples parfaitement assortis physiquement et moralement. Avant de se lier à jamais par un serment que la loi rend indissoluble, il est do la plus haute importance d’user de tous les moyens possibles pour bien établir son choix.
Ce choix doit être basé sur plusieurs qualités : les unes se lient à la constitution physique, à la santé, et ont été indiquées dans \' Hygiène du mariage', les autres sont relatives à la moralité, au caractère, aux instincts, à la fortune, à la position sociale, etc. Plusieurs de ces dernières qualités sont difficiles à reconnaître, quant à leur réalité, et méritent une étude
sérieuse. En effet, pendant ces jours consacrés à cc qu’on nomme faire sa cour, préludes ordinaires du mariage, deux écueils sont à éviter : le premier est la passion de l’amour, qui aveugle les jeunes gens et les prive de toute réflexion à l’égard des qualités requise; pour le bonheur conjugal; le second écueil, le plus funeste, est la passion de l’argent, l’avarice, l’ambition ; les individus qui en sont dévorés ne voient dans le mariage que la possession d’une riche dot ; ils se couvrent d’un masque hypocrite, et ne parviennent que trop souvent à paraître ce qu’ils ne sont point. En effet, dans l’état actuel de notre société, où l’amour de l’argent est à son apogée, où le désir de la richesse est si vif, le goût du luxe et du bien-être si prononcé^ le plus grand nombre des individus ont substitué le langage du mensonge à celui de la vérité. Leurs yeux, leur bouche, leur sourire et toutes leurs démonstrations extérieures de bonté, de douceur et d’amour, no sont qu’hypocrisie ; c’est la fortune qu’ils convoitent et non la personne; c’est la fortune pour la dissiper au gré de leurs caprices. De là ces désillusions prématurées, ces regrets amers qui font un enfer de l’union indissoluble.
La première condition d’un bon choix se trouve dans l’harmonie physique et morale, dans la consonnance des caractères, autrement dit la sympathie des sens, du cœur et de l’esprit. C’est la sympathie qui nous fait préférer la brune à la blonde, la grande à la
petite, la grasse à la maigre; c’est la sympathie qui.nous porte vers telle femme plutôt que vers telle autre, qui nous fait aimer celle-ci plutôt que cellelà, quoi qu’elle soit moins jolie et moins aimable, etc.
D’après un principe de physique, tout ce qui est trop violent ou trop faible se détruit promptement ; il n’y a que les forces moyennes qui soient conservatrices; il s’agit donc de tempérer d’un côté et de fortifier de l’autre. Ce principe s’applique parfaitetement au mariage. Si l’on marie deux êtres violents, emportés, il est presque certain qu’ils se contrarieront,
qu’il en viendront aux querelles, aux injures Si
l’on unit deux êtres indolents, ils ne se disputeront pas, parce qu’ils manquent de vivacité; mais ils se trouveront bientôt plongés dans uneennuyense monotonie, qui les dégoûtera l’un de l’autre et leur fera chercher ailleurs ce qu’ils ne trouveront point chez eux. Au contraire, si l’on allie un être violent, irascible, à un être doux et patient, on rétablit l’équilibre, parce que celui qui possède en plus est tempéré par celui qui possède en moins.
La seconde condition du choix est la moralité, cette qualité éminente qui commando l’estime et le respect. La considération que les époux doivent avoir l’un pour l’autre a sa source dans la moralité. Si elle fait défaut chez l’un d’eux, le mépris ne larde pas à naître dans le cœur de l’autre, et dès lors le lien
moral de l’union se brise; une séparation devient imminente, indispensable.
La troisième condition consiste dans les moyens que doivent apporter les conjoints pour assurer leur existence et celle de leurs enfants. Ces moyens sont la dot, le travail, l’économie, l’ordre et toutes les vertus qui concourent à appeler, à maintenir l’aisance et le bonheur au sein de la famille. La dot se place généralement en première ligne dans les ouvertures de mariage ; c’est la première qualité dont on s’assure, les autres ne viennent qu’après. Cependant, si on y réfléchissait bien, on verrait que rien ne se dissipe, ne se perd aussi facilement que la fortune. Une banqueroute, un incendie, peuvent l’anéantir, tandis que le travail, l’ordre et l’économie sont des moyens sûrs qui tendent incessamment à augmenter l’aisance, la prospérité de la famille, et finissent très-souvent par édifier une fortune sur des bases solides : d’où il faut conclure que le choix doit être plutôt fixé par les vertus que par la dot.