‹ Philosophie du mariage (faisant suite à l'hygiène du mariage)Chapitre 16 sur 34 · DANGER FOUR LA NATION DD MARIAGE DES RICHES ENTRE EDZ · texte numérisé non relu

DANGER FOUR LA NATION DD MARIAGE DES RICHES ENTRE EDZ

Après avoir montré les inconvénients, pour les individus, des mariages mal assortis, nous signalerons les dangers, pour la nation, du mariage des riches entre eux.

Dans les Etats libres, les fortunes monstrueuses doivent inspirer des craintes, puisque l’agglomération des richesses tend au privilège, à la domination pour les uns, et pour les autres à la dépendance, à la servitude.

Jean-Jacques Rousseau disait avec raison : a La force des choses tend toujours à détruire l’égalité; la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir, » Moins les richesses s’accumulent, plus elles circulent et plus le bien-être de la nation est général. Or, pour, s’opposer à l’agglomération des richesses et les disperser sur ie plus grand nombre, rien ne serait

plus favorable que les mariages des gens riches avec les pauvres. Mais l’égoïsme et l’intérêt de famille ont été sans cesse en opposition avec l’intérêt général. Non-seulement les riches s’unissent entre eux, mais ils n’ont généralement qu’un ou deux enfants, rarement trois, afin que l’héritage paternel ne soit pas morcelé. La classe peu aisée offre un état tout à fait inverse. En tous pays, les mariages des pauvres sont beaucoup plus féconds que ceux des riches. Dans les campagnes, on fait beaucoup d’enfants, parce qu’il est avantageux au père de famille d’avoir des bras pour cultiver la terre. Dans les villes, les classes pauvres produisent également beaucoup d’enfants. A Paris, par exemple, les enfants fourmillent dans les quartiers misérables ; les quartiers où règne l’opulence en sont presque déserts. Les pauvres sont heureux au milieu de leurs nombreux enfants^ s’ils ont assez pour vivre ; les riches aspirent à des voluptés sans cesse variées ; ils craignent une progéniture trop nombreuse qui les obligerait à diminuer le luxe de leur maison ; qui les priverait du confortable et des plaisirs devenus indispensables à leur existence ; aussi leurs mariages sont généralement peu productifs.

Dans une société telle que la nôtre, plus l’héritage transmis du père au fils est considérable, plus l’hé ritier a de valeur; et celui qui réunit l’iiérilage deser^ frètes, sœurs, oncles et autres parents décédés sans

enfants, acquiert une importance double, triple, qua druple, etc.. .De là, le sentiment de vanité, d’orgueil, qui enfle le riche, le dédain qu’il affiche pour ceux qui lui sont inférieurs en fortune, et son mépris pour ceux qui n’ont rien. Si l’orgueil fit autrefois prohiber le mariage entre patriciens et plébéiens, aujourd’hui l’avarice de l’homme enrichi par des moyens souvent fort peu honorables, prohibe le mariage de ses enfants avec un parti dont l’avoir n’est pas supérieur ou au moins égal au sien.

Cet état de choses vicieux est un des plus grands obstacles au bonheur individuel, mais surtout à l’aisance, au bien-être général; il perpétue la richesse dans les mains de quelques-uns et peut devenir par cela même une source de corrupiÎGH,

Si la législation n’y met pas obstacle, la propriété a une tendance naturelle à se constituer sur la plus vaste base. Or, avecles idées deliberlé et d’égalité qui ont pénétré si avant dans notre civilisation, la concentration égoïste du capital, quel qu’il soit, exposerait à chaque moment la société à périr victime d’une révolution. Le progrès humanitaire n’ayant rien à gagner aux secousses violentes, il est d’une bonne politique d'apporter des obstacles à tout développement excessif de la propriété. Pourquoi, lorsqu’il est de notoriété publique qu’un mariage n’a pour but que la réunion de deux fortunes à peu près égales, l’État ne prélèverait-il pas un impôt proportionnel à chacune d’elles?

Cela, dit-on, augmenterait le nombre des célibataires. Non, car le célibat, lui-même, devrait être taxé fiscalement quand il ne reconnaît pas pour cause la pauvreté ou la maladie.

Aussi, le gouvernement d’un État libre devrait favoriser par des distinctions et des honneurs, encourager de tout son pouvoir, les mariages entre les riches et les pauvres, afin d’opérer incessamment la dissémination des richesses ; car, dans un pays où existent la multiplicité des petites fortunes indépendantes et une aisance répandue sur toute la population, les citoyens s’apprécient à leur juste valeur; ils peuvent vivre sans aliéner leur liberté, et lorsque la patrie a besoin d’eux, elle trouve des hommes et non des esclaves.

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