‹ Philosophie du mariage (faisant suite à l'hygiène du mariage)Chapitre 18 sur 34 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DE L INSTnUCTION QUI CONVIEITr x LA FEMME.

L’organisation physique de la femme diffère beaucoup de celle de l’homme, et de cette différence il résulte des idées, des instincts et des manières propres à son sexe. La nature a voulu que la femme fût plutôt portée aux soins de la maternité qu’aux études scientifiques ou de haute littérature, parce que la principale occupation de la femme est d’élever sa jeune famille. Mais, si son organisation cérébrale la rend moins apte que l’homme aux sciences qui exigent une contention d’esprit, s’ensuit-il qu’elle ne doive se livrer à aucune étude? Loin de nous cette pensée, qui serait un affreux barbarisme en face des lumières le notre époque. La femme n’est pas seulement deslinée aux soins matériels de l’intérieur de la maison, puisque l’éducation des enfants en bas âge entre dans ses attributions do mère; elle est aussi appelée à

suppléer l’homme dans diverses parties de l’instruction primaire ; et comment pourrait-elle s’acquitter de celte tâche si elle n’avait reçu l’instruction nécessaire? Ensuite, se plairait-elle dans la société d’un homme instruit, si elle était étrangère à toutes les richesses intellectuelles, et celui-ci serait-il heureux avec une femme dont l’esprit, complètement inculte, la réduirait à un rôle purement physique ; ou bien avec une femme qui, n’ayant la tête remplie que de choses ni&ises et frivoles, s’ennuirait de toute conversation raisonnable ou sérieuse?

La femme éclairée est exempte de ces préjugés qui dégradent l’esprit. La femme ignorante ou crédule est toujours superstitieuse, et l’on sait où peut conduire la superstition. La femme instruite est sobre de paroles et ne parle qu’opportunément. La femme ignorante bavarde sans cesse et médit presque toujours. Or, c’est à l’éducation à réprimer de bonne heure ce penchant à la médisance qui a fait donner ù certaines femmes le nom de langues de vipère.

Selon nous, la femme qui a les moyens de s’instruire ne doit point rester étrangère aux arts et aux sciences ; comme il lui suffit d’en acquérir les principales notions, ses études seront moins longues, moins approfondies que celles de l’homme. C’est en exerçant son intelligence, en cultivant son esprit, que la femme se trouvera au niveau de son mari, qu’elle pourra le comprendre, l’apprécier, et lui être même

d*un grand secours ; bien mieux, elle sera un précieux trésor pour ses enfants; car l’éducation de l’enfance appartient exclusivement à la mère. Que la femme s’instruise donc, mais que son instruction soit solide et tourne au profit de la maison, au bien-être de la famille. Qn’elle se garde surtout de cette triste aberration de rimailler qui menaçait de devenir à la mode ; car une femme qui fait des vers ne saurait

veiller aux besoins de sa famille; elle n’en a ni le

temps ni l’intelligence, attendu qu’en général c’est par l’imagination qu’elle pèche. Sous une apparente modestie elle cache une vanité excessive; elle aime tous ceux qui louangent ses vers, et hait cordialement ceux qui s’en moquent. Une femme de cette organisation doit rester comme les Muses, ses modèles, et ne jamais se marier. Le mariage est beaucoup trop prosaïque pour elle et la rendrait malheuleuse. Je veux parler ici des faiseuses de vers, et non des femmes moralistes dont la plume éloquente ai rendu de grands services dans la question qui nous i occupe.

Revenons à notre sujet. Ou sait que l’instruction i des deux sexes est à peu près la môme dans le premier âge; vers l’adolescence, l’instruction commence! à différer notablement; à l’époque de la puberté,, où se dessinent les grandes différences qu’imprime à la constitution et au caractère le développement de la sexualité, l’éducation et l’instruction des deuxi

sexes diffèrent essentiellement. Alors, les goûts se mnnifestent et se portent vers des spécialités : la jeune fille commence à devenir femme, et le jeune garçon se livre aux travaux de l’homme.

Telle est, nous le répétons, la distribution faite par la nature: tout ce qui regarde l’intérieur de la maison est du ressort de la femme, les affaires extérieures regardent le mari. La femme doit faire régner dans la maison l’économie, mère de l’abondance, l’ordre, la propreté, la décence. Si le bras de l’bomme doit porter le poidsdu travail, l’œil vigilant de la femme doit planer sur tout et embrasser les plus petits détails du gouvernement domestique. Du reste, on est forcé de convenir que, dans les grandes maisons où régnent le luxe et l’opulence, on aperçoit au premier coup d’œil si la direction intérieure appartient au maître ou à la maîtresse.

De ce qui précède, il résulte que, dans les différentes positions sociales, l’éducation et l’instruction de la femme doivent être en rapport avec celle du mari ; c’est une des conditions du mariage qui offrent le plus de chances d’un bonheur durable.

UN MOT SUR l’éducation DES JEUNES FILLES.

Bacon a dit : « Ce que nous appelons l’éducation n’est, au fond, qu’une habitude contractée de bonng heure. »

Le philosophe Maine de Biran pensait aussi que 1 éducation consiste à former de bonnes habitudes

physiques et morales ; c’est -h-dire h donner aux enfants une suite de bonnes habitudes qui finissent par devenir instinctives. L’éducation n’est pas autre chose.

Jamais les femmes n’ont été plus aimables qu’ehes le sont aujourd’hui ; mais aussi jamais elles n’ont été moins bonnes épouses, moins bonnes mères de famille, moins éclairées sur les devoirs qu’elles sont appelées à remplir ; et pourquoi cela? parce que la mode s’est emparée de leur éducation, comme de leur toilette. La mode exige qu’elles restent six à huit années dans un pensionnat à étudier une foule de choses pour lesquelles elles ne se sentent aucun goût, qui ne leur serviront à rien, et qu’elles oublieront plus tard. Les mères et les institutrices, loin de chercher à deviner la vocation des jeunes filles, leur font suivre les mômes études, sans s’inquiéter si telle étude répugne à celle-ci ettelle autre à celle-là ; sans reconnaître ni cultiver l’instinct naturel qui se manifeste quelquefois très-énergiquement , chez une jeune fille, pour un art dans lequel elle eût fait de rapides progrès si elle eût été habilement dirigée.

Pourquoi les parents mettent-ils plus d’ardeur à donner à leurs filles des talents brillants qu’elles auront rarement occasion d’exercer lorsqu'elles seront mariées, dit un moraliste moderne, qu’à leur apprendre à être dociles envers leurs supérieurs, à se montrer douces, aimables avec leurs compagnes, bonnes

ménagères et habiles dans tout ce qui concerne l’or-* dre et l’économie d’une maison ? Car il est rare qu’une demoiselle qui a passé sa jeunesse au milieu des artistes et des applaudissements d’une foule de galants adorateurs, devienne une femme modeste, soumise à son mari, économe, vigilante, etc. Une éducation dont le premier mérite est de briller dans un salon ou à l’église ne peut jamais donner à une femme les qualités de bonne épouse, de bonne mère.

Vous élevez vos filles dans la coquetterie, dans le désir immodéré de plaire; vous leur apprenez chaque jour l’art de séduire les hommes, de s’en faire des adorateurs, et vous les réprimandez ensuite lorsque, élèves dociles, elles mettent en pratique vos leçons. Cette conduite n’est-clle pas absurde? Quelle épithète donneriez-vous à un maître de danse qui, après avoir formé un excellent élève, lui briserait les jambes parce qu’il le surprendrait dansant avec un autre?

Il ne faut donc pas se plaindre delà légèreté, de la frivolité des Françaises; car, à la manière dont on les élève, on croirait qu’elles ne sont destinées qu’à parler aux sens et point à la raison. L’éducation d’une demoiselle est achevée aussitôt qu’on est parvenu à lui apprendre quelques maigres talents, à lui enseigner l’artdela toilette, des gestes agréables, du maintien, des grâces dans les divers mouvements, en un mot, lorsqu’on l’a perfectionnée dans l’art de plaire.

La réunion de ces qualités est une excellente chose, , mais ne saurait suffire si l’esprit, le jugement et la i raison sont restés en arrière. Telle femme qui connaît bien la valeur d’une croche et d’un soupir, quii apprécie la difficulté d’une double pirouette et lesi grâces d’un pas de trois, telle femme, dis-je, ignore! complètement \ alpha de ses devoirs d’épouse et de* mère. Alors, comment voulez-vous qu’elle puisse i gouverner l’intérieur de sa maison, élever ses enfants, diriger leur éducation physique et moralel L’assertion suivante est une preuve significative de l’éducation défectueuse des demoiselles. — Lorsque le jour de marier votre fils est arrivé, si vous allez aux informations sur telle ou telle jeune personne qui paraît vous convenir, si vous questionnez les parents et amis sur les qualités de celle dont vous voudriez faire votre bru, tout de suite, on vous fait cette réponse invariable : — C’est une personne accomplie; elle chante et danse admirablement; ou bien elle touche du piano et dessine à ravir. Il n’est jamais question des vertus domestiques et des qualités morales, en tout cas, elles ne viennent qu’en seconde ligne.

L’homme de bon sens, l’homme sérieux qui cherche une compagne pour lui donner des enfants et les élever convenablement, aura-t-il atteint son but, s’il épouse une demoiselle qui danse et chante fort bien, mais qui n’entend rien à l’économie domestique et

aux devoirs de la maternité? Nécessairement, il arrivera que l’homme, après quelques mois de mariage, sera complètement désillusionné. Hélas 1 dira-t-il, j’avais cherché dans mon épouse une mère de famille et je n’ai trouvé qu’une chanteuse ou une coureuse de bals : alors le mariage devient amer.

Loin de moi, néanmoins, l’intention d’exclure les arts d’agrément de l’éducation des demoiselles, surtout lorsqu’elles en ont le goût, la vocation; je crois, au contraire, qu’ils ont leur opportunité, mais je pense aussi que l’étude des beaux-arts, lorsqu’on ne veut pas en faire un moyen d’existence, ne doit être qu’accessoire et ne jamais faire négliger l’enseignement de la morale et des devoirs de la future mère de famille.

Il résulte des vices de cette éducation que les jeunes filles sont généralement superficielles, frivoles, irréfléchies; que leur unique étude est d’acquérir cet esprit de salon auquel peuvent se prendre des hommes aussi légers qu’elles, mais qui fait dire aux hommes sensés: — Tu ne seras pas ma femme; car je veux une femme qui connaisse et pratique la science maternelle, et tu ne seras jamais qu’une mère frivole, inhabile à remplir les devoirs sérieux du mariage.

Lorsque la demoiselle ainsi élevée se marie avec un jeune homme inexpérimenté ou qui ignore ce qu’elle est moralement, peu de mois suffisent au mari pour connaître les tristes qualités de sa femme. D’a-

bord, il lui donne des conseils, lui fait quelques justes observations dont elle ne tient pas compte; il lui adresse ensuite des réprimandes qui restent également sans effet : alors l’un et l’autre commencent à sentir le poids de la chaîne qui les unit. La femme se plaint du mari, le mari se plaint de sa femme, et en peu de temps la paix et le bonheur s’enfuient du toit conjugal. Qui en est cause? Évidemment, c’est l’incapacité de la femme à remplir ses devoirs d’épouse et de mère.

Avouons aussi qu’il n’existe point d’ouvrages complets sur le mariage. Parmi les livres qui traitent de cette importante matière, les uns sont légers, futiles et n’apprennent rien aux femmes; les autres ne parlent que d’une conduite purement religieuse, dont le résultat n’est que trop souvent do contredire la nature, d’inspirer de vaines terreurs et de faire tourner h la bigoterie les esprits faibles. On trouve bien quelques ouvrages de physiologie et d’hygiène qui trai- ' tent exclusivement de ce qu’il y a de physique dans le mariage ; ce seraient les meilleurs livres si leur stylo trop scientifique pouvait être compris des jeunes femmes, sans alarmer leur pudeur. Les mères, fidè» les à la triste routine qui se perpétue de siècle en siècle, sp gardent bien de laisser entre les mains de leurs filles nubiles un de ces ouvrages d’hygiène ou de physiologie qui leur seraient utiles pour se diriger dans leurs devoirs d’épouse et de mère future. Et,

remarquez-le bien, la plupart de ces môres pudibondes qu’effarouche une expression scientifique, qui se trouveraient mal devant un mot technique, passent leurs journées nonchalantes à lire des romans immoraux, où la femme apprend mille ruses pour tromper son mari, où le mensonge, la perfidie, les basses intrigues, les amours adultères, les haines implacables, la vengeance et l’enseignement de tous les crimes se cachent sous les fleurs littéraires, pour ne pas se montrer dans leur affreuse nudité. Des mains de la mère ces romans tombent dans celles de la fille, qui lit avidement et s’empoisonne à ces lectures. Aveugles mères I... Pauvres jeunes filles !...

Tant que. les jeunes filles nubiles resteront dans l’ignorance des actes physiques et moraux du mariage, a dit un moraliste contemporain, tant que les femmes auront l’habitude et le besoin de briller dans le monde, tant que la haute idée de leurs droits leur fera oublier leurs devoirs ; tant qu’elles feront consister leurs mérites dans l’éclat de quelques talents futiles, qu’elles placeront leur bonheur dans la parure et les hochets de la toilette, on verra beaucoup de tristes mariages et beaucoup de célibataires.

Et nous répéterons, avec un grave docteur, qu’il est déplorable que les personnes chargées de l’éducation des jeunes filles les tiennent dans l’ignorance complète des prérogatives de la nubilité. Élevées par des mères ou des personnes craintives imbues de

préjugés, les jeunes personnes pubères n’apprennent jamais ce qu’il leur importerait tant de savoir. On craint de prononcer devant elles le mot amour ; et ce sont des personnes soumises à l’influence de cette passion ou à ses souvenirs qui leur cachent si scrupuleusement les mystères du cœur ! Mais l’instinct, en dépit des obstacles, les portera bientôt à s’instruire sur tout ce qui concerne l’amour . C’est précisément de cette instruction furtive qu’elles retirent des notions fausses, insidieuses, et qu’elles se forment un faux jugement de l’amour. Étrange système d’éducation qui, en revêtant les choses d’un aspect différent de la réalité, donne aux femmes une fausse idée du mariage et leur prépare de cruelles déceptions.

Ne serait-il pas plus naturel, plus prudent, d’initier peu à peu la fille pubère au rôle futur qu’elle est appelée à jouer dans la société, et qu’on lui représentât l’amour, non sous cet aspect extraordinaire que lui donne une imagination exaltée par la lecture des romans, mais sous les véritables formes qu’il prend dans le mariage? Alors, bien avertie que les choses ne passent point de l’imagination à la réalité sans qu’il y ait de la perte, elle se tiendrait en garde contre les ruses de l’amour et les formes astucieuses dont il se revêt pour arriver à son but. Alors, ne s’abusant plus sur les perfections mensongères d’une passion romanesque, elle pressentirait toutes les modifications que l’habitude et la possession doivent

apporter dans les désirs, et se résignerait aux changements inévitables de l’amour. Cette manière d’instruire les jeunes filles leur éviterait, nous le répétons, ?Dien dos déceptions, bien des malheurs dans le cours ie la vie. Nous livrons ces réflexions aux mères sen- >ées pour qu’elles en fassent leur profit.

Tous les médecins sont d’accord sur ce point, que la bonne organisation et la santé des enfants dépendent, en grande partie, des soins éclairés que leur prodigue une mère intelligente. Un profond observateur a ajouté que la moralité des enfants et leur conduite ultérieure dans la vie se ressentait toujours de l’éducation maternelle. On connaît l’énorme influence des femmes sur notre civilisation : or, puisqu’elles sont l’âme et le ressort de la société française, rien n’est plus essentiel que leur éducation morale pendant la jeunesse. La base de cette éducation doit être l’ordre, l’économie, la propreté, la vigilance, la chasteté, la douceur, la bienfaisance et toutes les vertus qui rendent la femme estimable et respectable. On doit aussi éclairer sans cesse les jeunes personnes sur le rôle qu’elles sont appelées à jouer dans la société et les circonscrire dans le cercle des droits et des devoirs en rapport avec leur condition future. L homme ayant un égal besoin d’aimer et d’estimer

femme, la jeune fille qui se marie doit posséder les qualités qui la font aimer et estimer.

Relativement à l’instruction des ’^siaes demoiselles,

nous pensons qu’elle est de beaucoup supérieure à celle d’autrefois ; neanmoins, elle nous paraît encore défectueuse sur quelques points, 'fout est bien pour ce qui concerne la grammaire, les langues, l’histoire, la géographie, le calcul, les arts d’agrément, etc.; tout est bien, hormis le temps journellement consacré aux études, qui, selon nous, est beaucoup trop long, comparativement au temps consacré aux récréations ou aux exercices physiques. Les institutrices ne devraient jamais oublier cet axiome : Mens sana in corpore sano, c’est-à-dire un esprit sain ne peut exister que clans un corps sain. Or, la culture de l’être physique est, non-seulement la première chose à consi-' dérer dans l’éducation des jeunes hiles, mais la plus importante, puisque le libre développement des facultés intellectuelles en dépend. Contrairement à l’ordre établi dans les pensionnats de demoiselles, où les études sont de huit heures et les récréations de deux seulement, les parents devraient exiger au moins quatre heures de récréation sur six de travail pour la journée. La jeunesse a autant besoin de mouvement, de dissipations physiques, pour se développer, que de sommeil pour se réparer (1) ; les travaux intellectuels trop longtemps soutenus, en délabrant la con-

(1) Voyez le chapitre : Gymnastique et Exercices physiques, de l’excellent ouvrage intitulé : Uygitne et perfectionnement de la beauté humaine. Cet ouvrage, aussi attrayant qu’instructif, devrait se trouver entre lea mains de toutes les femmes

slilulion physique des jeunes sujets, allèrent sensiblement les forces de l'esprit, surtout chez les jeunes personnes dont le dévebppement organique demande une incessante activité.

D’un autre côte, nous ne voyons jamais figurer aux programmes des institutions les cours d’économie domestique, d’hygiène, de physiologie, de botanique médicale, etc. , qui sont de la plus haute importance pour les jeunes filles destinées à devenir mères. Il est évident que quelques connaissances de médecine domestique ne peuvent qu'ôlre d’un grand secours à la sollicitude maternelle. En effet, la jeune mère oublie toutes les frivolités de son sexe lorsqu’il s’agit de la santé de son, enfant; elle passe les nuits auprès de son berceau, sans nourriture ni sommeil ; l’œil invinciblement attaché sur cet être si cher, elle suit ses moindres mouvements, devine ses besoins; elle est brûlante ou glacée selon que son enfant éprouve les ardeurs ou les frissons de la fièvre. Oh 1 que ne donnerait-elle pas pour alléger ses souffrances, pour le guérir l C’est alors qu’elle regrette amèrement de n’avoir pas été initiée aux principes d’hygiène et do médecine domestique, et d’avoir perdu les plus belles années de sa jeunesse à apprendre, tant bien que mal, quelques arts futiles, que font négliger et oublier les devoirs sérieux du mariage.

Nous ne prétendons point dire, par la, qu'une jeune demoiselle doive suivre un cours de médecine;

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mais nous croyons que, à l’exemple des princesses et nobles dames de l’antiquité et du moyen âge, les femmes de notre siècle ne devraient pas rester étrangères aux premiers secours à donner aux blessés, aux malades. Une indisposition soudaine, un accident arrive-t-il dans la famille, surtout pendant la nuit, le médecin n’est pas toujours là pour prodiguer les premiers soins, et dans l’ignorance où l’on est de les administrer soi-même, on se borne à plaindre l’être souffrant et à l’exhorter à la patience, jusqu’à l’arrivée de l’homme de l’art. Pendant ce temps, le mal fait des progrès, et la difficulté de la guérison s’augmente en raison du retard.

Concluons donc qu’il n’est pas cfe pius noble savoir, de plus saintes occupations pour une mère, que de régler la nourriture et l’hygiène corporelle de ses enfants, de prévenir leurs indispositions, et, lorsqu’ils sont frappés de maladies, de veiller sur eux en garde-malade éclairée, sous les ordres d’un médecin hygiéniste.

Nous croyons donc avoir démontré que l’hygiène usuelle et les principales notions de médecine domestique sont le complément de toute bonne éducation, aussi bien pour la jeune demoiselle que pour le jeune homme; s’il est vrai de dire que la maternité est un sacerdoce, l’exercice n’en doit pas être borné à ces soins vulgaires dont toute femme trouve la source daus sou cœur. Du bon ou du mauvais choix

d’une nourrice et de l’habilalion , de l’appréciation bien ou mal raisonnée de telle prédisposition héréditaire ou acquise, de tels aliments, de tels exercices peuvent résulter, pour l’enfant, la santé ou la maladie, le développement ou l’arrêt de l’organisation physique. Pour ne citer qu’un exemple de cette vérité nous dirons que les affections tuberculeuses, rachijtiques, scrofuleuses de l’enfance sont, de l’avis de (tous les médecins, susceptibles d’être étouffées dans 'leurs germes : et si elles font encore tant de victimes parmi nous, c’est que les mères, en ignorant les symptômes et les funestes progrès, ne vont consulter le médecin que lorsqu’il est trop tard.

C’est, nous en avons la conviction, rendre un immense service aux mères de famille que de mettre dans leurs mains un Manuel d'hygiène et de médecine de l'enfance à leur portée , en les engageant à le lire souvent, afin de retenir et d’appliquer les enseignements utiles qu’il renferme. On ne saurait trop engager les jeunes époux à se procurer et à lire attentivement V Hygiène du mariage, non pour s’amuser, mais pour s’instruire sur une foule de questions du plus haut intérêt pour leur santé, leur vigueur et celle de leur progéniture. Ce livre qui, en quelques années, est arrivé à sa huitième édition, témoigne de son importance dans la question qui nous occupe.

DES RÉSULTATS d’üNE BONNE ÉDUCATION CHEZ LA FEMME.

Une femme dont l’éducation a été basée sur la saine raison fait le bonheur de sa famille et l’ornement de la société. L’envie, l’orgueil, la vanité, les préjugés, la superstition n’ont point accès dans son cœur; la médisance, la jalousie, la colère et la haine ne troublent jamais la sérénité de son âme.

Parmi les bonnes qualités qui la font aimer et rechercher de tout le monde, on distingue : l’ordre, l’économie, la propreté, la modestie, la probité, la patience, la bienfaisance, l’amour du travail, la prudence, la sincérité, le courage, le dévouement, la résignation.

L’ordre et I’écoNomie sont deux qualités qui marchent toujours ensemble ; elles font la prospérité d’une maison, tandis que la prodigalité et ledésordre détruisent, en peu de temps, les plus grandes fortunes. Si l’homme gagne par son travail, la femme doit dépenser avec économie ; c’est pourquoi on doit habituer de bonne heure les jeunes filles à mesurer la dépense sur le revenu. — La richesse est dans l’économie, comme le bonheur dans le bon ordre.

La PROPRETÉ, cette qualité indispensable à la femme, la porte nox*-seulement à soigner sa personne

et sa mise, mais à veiller aussi sur celle de son mari et de ses enfants. La propreté assure l’ordre et le bien-être dans la maison ; elle entretient, répare tout et règle convenablement ce qui tient a l’extérieur. Malheur à la femme malpropre, car elle est un sujet de dégoût et d’éloignement.

La MODESTIE. Rien ne sied mieux aux femmes que la modestie dans leur mise et leurs paroles. La vraie modestie épure, ennoblit la personne et porte au bien sans ostentation. La femme bien élevée ne se prévaut jamais de sa naissance, de ses titres ni de ses qualités physiques ou morales. Elle est affectueuse, prévenante et d’une humeur toujours égale. La modestie est une qualité qui couvre bien des défauts ; la timidité qui l’accompagne est un des plus beaux ornements du sexe féminin.

La PROBITÉ. Cette première des vertus qui rend l’homme solidaire de son semblable doit être gravée de bonne heure dans le cœur de la jeune fille. Ne jamais faire tort à autrui et ne jamais lui nuire dans aucune circonstance, doit passer, chez elle, en habitude.

L’enfant , par nature , est enclin à convoiter, h s’emparer de tout ce qui lui plaît; sans réfléchir s’il fait mal, il prend, il cache et se réjouit do son larcin. C’est donc aux parents à combattre, dès le bas ûge, ce penchant naturel à l’enfant de s’approprier ce qu’il désire. Le meilleur moyen est de lui

inspirer l’horreur de !a ruse et du vol par des exemples pratiques ; bientôt l’habitude des bons exemples redresse le mauvais penchant; car, ainsi que le disait Locke, les habitudes opèrent plus constamment, plus facilement que la raison. La probité fait naître la confiance et facilite toutes les relations. Les person* nés qui sont privées de cette vertu sont dangereuse} et méprisables.

La BIENFAISANCE. C’est la vertu des âmes bonnes et sensibles; sans elle les autres vertus resteraient stériles pour la société. On doit donc habituer les enfants, dès le bas âge, aux actes de bienfaisance, afin qu’ils puissent, étant devenus grands, les pratiqun” selon leur position et leurs moyens. La récompeii.->e d’un bienfait se trouve dans la reconnaissance de celui qui l’a reçu. L’ingratitude ne doit point refroidir les généreux élans du bienfaiteur. — Exercer la bienfaisance, c’est réparer autant que possible les torts de la fortune, les injustices sociales, et rétablir l’équilibre du droit de tous au bien-être pendant la vie.

L’amour du travail est une source d’abondance et de richesses; c’est le meilleur antidote contre l’ennui, l’oisiveté et la paresse, d’où naissent tant de vices. Une femme qui sait s’occuper dans son intérieur méprise les dissipations mondaines et trouve le bonheur dans sa famille ; elle est la providencede son mari et de ses enfants. L’activité au travail est une

force; la paresse est une résistance à toutes les vertus qui affaiblit la puissance motrice. La paresse prédispose à la flatterie, à la dissimulation, à l’hypocrisie, à l’intempérance, à l’égoïsme, etc. ; elle fonde l’empire des passions, et devient, par conséquent, la mère de tous les vices. Le travail, au contraire, éloigne les mauvais penchants, rétablit l’ordre et conserve la santé.

La PRUDENCE est la mère de la sûreté; c’est un vieux proverbe. La femme doit être prudente dans sa conduite, réservée dans ses propos et ses actions, discrète pour tout ce qu’elle voit et entend. Elle n s’immiscera point aux affaires des autres ; jamais d ; critiques et de mots à double sens; elle ne parlera d’autrui que pour en dire du bien, et n’abordera jamais des questionsqui ne sontpoint desa compétence; elle n’imposera point ses opinions, et cédera modestement à ceux ou celles qui veulent, à toute force, avoir raison. Elle évitera, par ce moyen, les inimitiés que suscitent toujours l’opiniâtreté dans les discussions.

La PATIENCE est une vertu indispensable à l’état do mariage. Les jours ne sont pas toujours sereins ; il en. est parfois d’orageux : on doit attendre patiemmenC que le calme se rétablisse. Selon l’état de son âme e(; de ses affaires, le mari est quelquefois maussade^ bourru, emporté ; les enfants sont bruyants, curieux, gourmands, indociles ; ils déchirent, brisent, crient,

ijleurent, etc. La mère de famille a besoin de tout §on sang-froid et d’une patience à l’épreuve pour supporter la maussaderie de l’un et pour modérer la pétulante vivacité des autres-

La siNcÉaiTÉ, Toutes les relations qui n’ont point la sincérité pour base sont déplorables et honteuses : on trompe et l’on est trompé; on ne mérite et on n’obtient aucune confiance. La femme dont le cœur manque de sincérité est artificieuse, dissimulée, fausse; on la craint, on la méprise et on s’en éloigne. La femme, pour être digne et estimée, doit mettre de la franchise et de la sincérité dans toutes ses actions.

Le COURAGE. Par ce mot, nous n’entendons pas cet élan déplorable qui pousse l’homme à attaquer son semblable et à faire couler son sang; nous voulons parler, au contraire, de ce généreux élan qui porte 'l’homme, au risque de ses jours , à secourir l’infortuné dans un danger imminent. Nous voulons parler de cette rare vertu qui fait supporter avec une admi- .^able patience les revers, les douleurs et tous lesévé- ' nements malheureux. C’est ce genre de courage, utile à l’humanité, que les parents doivent développer dans l’ûme de leurs enfants.

Le DÉVOUEMENT et la résignation sont plus gén6 râlement des vertus inhérentes à l’organisation de U femme qu’à celle des hommes. C’est aux femmes qut nous devons les beaux exemples de ces vertus. Con-

sultez rhistoire et les traditions de tous les peuples, vous verrez les femmes organiser les premières les actes de bienfaisance, se dévouer pour le salut de leurs concitoyens. Partout où il y a une noble action, 3in sacrifice à faire, on rencontre toujours la femme. (Lisez, à ce sujet, la Physiologie des beautés et perfections de la femme.) Quoique le dévouement et la résignation soient naturels au sexe féminin, il est toujours bon d’encourager ces éminentes qualités par des lectures et dos exemples.

La coNTiNEî<CE est une vertu tout à fait indispensable à la femme bien élevée ; sans elle la pudeur s’évanouit, et les désordres commencent. Tous les plaisirs, en.général, et ceux de l’amour en particulier, doivent être pi is avec modération ; leur abus dégrade et ruine, en peu de temps, le physique et le moral. Nous renvoyons le lecteur à l’/Zy^féne du mariage, où cette question est traitée dans tous ses détails.

I Telles sont, en abrégé, les qualités qu’une bonne éducation doit inculquer dans le cœur des jeunes filles. Heureux l’homme qui épouse une femme ainsi élevée ! la fortune, les honneurs et toutes les vanités du monde sont loin de valoir un pareil trésor.

CONSEILS d’üN père A SA FILLE LA VEILLE DE SOS mariage, d’après girou et de GENLIS.

« Tu vas te marier, ma fille bien-aimée, reçois de. celui qui désire ton bonheur , quelques conseils sur

la conduite à suivre dans le nouvel état que tu vas embrasser.

« Ton futur époux est un brave et excellent homme, son choix honore tes parents et toi-môme, parce qu’il a été basé sur tes qualités et non sur ta fortune. 11 t’a distinguée parmi les autres demoiselles et tu dois lui prouver qu’il ne s’est pas trompé dans son choix.

« Tout est beau, mon enfant, dans cette courte période qu’on appelle lune de miel, parce qu’elle est douce comme le nectar des fleurs. Tes nouveaux parents te combleront de caresses, de prévenances ; ton mari, heureux de te posséder, t’enivrera de son amour ; tes volontés seront pour lui des ordres qu’il s’empressera d’exécuter ; tu goûteras à tous les plaisirs du mariage sans en connaître l’amertume. Mais, tout cela peut changer ; il est même difficile qu’il en soit autrement. A l’effervescence de la passion , succède le calme , et bien souvent, hélas I l’indifférence arrive. Voici , néanmoins, les moyens de retarder, pour toi, ce changement presque inévitable.

« Sois toujours attentive à observer toutes les convenances à l’égard de tes nouveaux parents. Aime et respecte ton beau-père et ta belle-mère ; écoute leurs conseils et montre pour eux de la déférence ; évite, en toutes circonstances, de leur déplaire et soigne-les comme tu soignerais ton père.

« Aime tes beaux-frères et tes belles-sœurs ; sois toujours aimable et Drévec-enle aveceuxetrends-leur

tous les ^nices qui sont en ton pouvoir. Fais que tes beaux-frères t’aiment et te respectent ; n’aie point trop de familiarité avec eux. Cette conduite avec les parents de ton mari doit être constante ; tout changement, qui ne serait pas une amélioration, t’attirerais de la froideur; on n’y verrait que de la politesse, il faut ici de l’amitié.

« Ne confie tes secrets qu’à ton mari et montre-lui toujours la plus grande franchise. Évite de le blâmer devant un tiers ; cela diminuerait la considération qu’on lui accorde et pourrait diminuer son affection pour toi. S’il a des habitudes qui te déplaisent, tu chercheras à les effacer, mais insensiblement. De ton côté, n’en prends jamais qui lui soient désagréables. Conserve ta modestie aussi bien en public que dans tes rapports intimes avec ton mari ; surtout que cette modestie soit le résultat d’un sentiment naturel plutôt que d’un principe religieux.

« Chasse de ton cœur les moindres pensées de jalousie ; celle qui soupçonne son mari d’infidélité, l’en rend souvent coupable. Si tes soupçons étaient fondés, tu devras mettre beaucoup de calme, de prudence et d’adresse à étouffer ces liaisons malheureuses et à 1« ramener au devoir. Ce n’est pas tout que d’être vertueuse, il faut aussi se faire pardonner la vertu, la rendre aimable et attrayante. Sois bonne, mais d’une bonté dont on ne puisse jamais se lasser ; sois économe, mais point avare de Dlaisirs; rends ton inté-

rieur agréable, afin que ton mari n'aille point se disraire ailleurs. Crée près de toi des occupations qui le captivent. Place-le aussi souvent que possible en face de ses enfants. Car plus un père se trouve^ en contact avec ses enfants, plus il les aime, plus il veut en être aimé. Ne lui laisse ni le temps, ni la commodité de s’ennuyer, de se livrer à d’autres passions. Il n’y a rien dont la volonté, la patience et l’adresse ne puissent triompher. Ne sois pas exigeante, parce que l’exigence fatigue, importune et dégoûte un mari. Un esprit sain dans un corps sain; un cœur aimant et sensible, une âme libre et généreuse, exempte des vaines terreurs de la superstition, sont les premiers liens des époux. Leur éducation, qui doit être mutuelle, consiste à développer, à perfectionner de plus en plus leurs facultés physiques et morales, »

M™® de Genlis a dit : « Que ton mari soit bien convaincu que, dans tous les instants, sa présence ne peut que t’être agréable. Le seul moyen de le fixer près de toi, c’est de montrer toujours un égal plaisir à le voir. On ne saurait calomnier une femme qui, loin d’éviter son mari, le désire pour témoin de scs actions. Profite de l’empire passager que l’amour te donnera sur lui, pour acquérir le droit de lui parler avec franchise de ses défauts ; mais que ce soit toujours avec ce ton de l’intérêt le plus tendre et d’une amitié dévouée. Demande-lui des conseils si tu veux

qu’il suive les tiens; pour obtenir sa confiance, il faut aussi lui accorder la tienne sans réserve. S’il arrivait quelques petites contestations, emploie le ton de la tendresse et montre-lui la plus grande déférence; mais ne souffre jamais de sa part un mot, un geste qui blesse ta délicatesse. Plus tu l’entoureras d’égards, plus il en aura pour toi.

«Lorsque tu auras des enfants, n’oübliepas que leur première éducation est un des devoirs imposés à la mère. Élève-les, sains de corps et d’esprit, dans la pratique des vertus sociales, jusqu’à l’âge où ils sortiront de tes mains pour commencer leur instruction universitaire.

« Espère en Dieu, ma fille, honore la morale et la vertu, ces plus nobles apanages de l’être humain. Chasse de ton esprit les chimères de l’imagination, et fais usage de la raison que te donnera l’auteur de toutes choses pour discerner la vérité du mensonge ; enfin, marche toujours dans la vie en évitant de faire le mal et en cherchant toutes les occasions de faire le bien ; alors tu seras aimée de tous, respectée et vénérée, »

Oh! si les femmes mariées suivaient ces conseils, de combien de respect et d’amour elles seraient entourées I

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