‹ Philosophie du mariage (faisant suite à l'hygiène du mariage)Chapitre 21 sur 34 · DES PLAISIRS · texte numérisé non relu

DES PLAISIRS

Qu’cst-ce que le plaisir? c’est un besoin, un désir qu on satisfait. Or, comme nous avons mille besoins, nous goûtons mille plaisirs, lorsque nous pouvons les satisfaire. Mais il ne faut jamais oublier celte maxime;

le plaisir n’en est plus un lorsqu’il peut porter préjudice à autrui ou à nous-mêmes. On ne doit jamais, non plus, savourer les plaisirs jusqu’à satiété, parce que la satiété engendre l’indifférence et puis le dégoût. La sobriété dans les plaisirs, et par conséquent dans les désirs, est le plus sûr moyen d’être toujours heureux. Usez, mais n’abusez pas.

Fontenelle non-seulement permettait les plaisirs, mais il les ordonnait , en dépit des stoïciens et des docteurs en Sorbonne.

Helvétius disait : « La volonté d’un Dieu juste et bon est que les fils de la terre jouissent de tous les plaisirs compatibles avec le bien pubbc. »

Le savant Bonnet nous apprend que Dieu a créé l’homme pour le bonheur.

Le grand Salomon ne voyait que tristesse et ténèbres partout où le plaisir manquait.

« Mortels, hâtez-vous de jouir, s’écriait le poëte Perse, demain il sera trop tard. »

L’immortelle Sapho donnait cet avis aux jeunes gens :

« Des roses du plaisir parez votre jeunesse. » ‘ 1

Et le riant Épicure, dont la philosophie renferme plus de morale qu’on ne le pense vulgairement, voulait qu’on sortît de la vie comme d’un festin.

Les plaisirs sont de tous les âges, de tous les temps,

ce sont eux qui sèment de fleurs l’aride sentier de la vie. Partout, dans le monde, ils ont des temples, des autels et des sacrificateurs. Si les plaisirs ont tant de charmes pour les hommes, tant d’empire sur eux, rien de plus naturel que de s’initier à l’art de les faire naître, et de les conserver dans toute leur fraîcheur. Le mariage est une source féconde de doux plaisirs, et on ne saurait les négliger sans les plus graves inconvénients.

Nous ne parlerons pas ici des plaisirs des sens, plaisirs licites qui sont à la disposition des époux, mais dont ils doivent user avec modération, car de là dépend leur santé, leur vigueur et la belle venue de la famille future.

Combien d’autres plaisirs provenant du cœur, combien de jouissances et de voluptés morales naissent à tous moments sous le toit conjugal, alors que l’union a été parfaitement assortie. La jeune épouse qui devient mère, qui guide les premiers pas de son enfant, qui reçoit ses premières caresses, qui entend ses premiers mots à peine articulés, qui le voit lui sourire, oh! que de bonheur n’épxouve-t-ello pas! et, ce bonheur, en est-il de plus pur? Une mère entourée de ses enfants qui, les uns, se cramponnent sur son sein, les autres s’élancent dans ses bras, jolis enfants qui lui prodiguent leurs naïves caresses et la nomment par les plus doux noms : oh I celte femme n’est-elle pas mille fois heureuse!... Et

lorsqoele père, témoin de cette scène attendrissante, voit ses enfants quitter un instant leur mère pour courir dans ses bras, et sa tendre épouse, qui vient couronner son bonheur par un délicieux baiser : oh I cet bomme-là n’est-il pas mille fois heureux ? Toutes ses peines, toutes ses fatigues pour élever sa famille, ne sont-elles pas oubliées?...

O vous ! qui êtes restées vieilles filles, soit par égoïsme ou coquetterie, soit par ignorance ou bigoterie; vous qui avez failli à votre plus saint devoir de femme sur la terre, en préférant la stérilité du célibat à la fécondité du mariage, que vous êtes à plaindre ! Les ineffables plaisirs de la maternité, vous ne les avez jamais connues, et ne sauriez en apprécier la douceur ; étrangères à la noble mission de la mère de famille, vous ne sauriez comprendre ni ses joies ni ses douleurs. Femmes incomplètes, votre cœur a été frappé de sécheresse; le rayon d’amour qui devait le vivifier s’est éteint pour jamais ; vous êtes bien à plaindre !...

Vous, hommes égoïstes, êtres nuis, qui avez fui le mariage parce qu’il impose des devoirs, parce que, dans votre fainéantise, vous avez craint la vie laborieuse du père de famille; et vous, célibataires de toutes les classes, de toutes les corporations, que les philosophes et les législateurs ont signalés comme des hommes dangereux à la paix des familles, demandez à l’agricuteur le cas qu’il fait des plantes stériles.

Ouvrez l’histoire du genre humain, vous y lirez que l’antiquité eut horreur du célibat, et quelles furent les hontes, les peines, les amendes infligées aux célibataires. Jetez, enfin, les yeux sur la nature entière, et voyez si tous les êtres vivants ne sont point soumis aux lois de la reproduction 1

Retenez bien ceci, célibataires des deux sexes ; l’homme et la femme se complétant mutuellement par le mariage. L’homme et la femme qui marchent isolés dans la vie sont deux êtres incomplets qui passent sur la terre sans avoir semé, et ne doivent point récolter. Mariez-vous, c’est l’ordre de la nature, c’est le vœu de la société ; mariez-vous, c’est le cri de votre organisation arrivée à l’âge de nubilité ; mariez-vous, et vous récolterez les plaisirs, doux fruits du mariage.

Jeunes époux, conduisez -vous d’après ces conseils, vous, homme, soyez sans cesse occupé du bonheur de votre compagne ; ne négligez aucun des moyens qui peuvent la rendre heureuse; qu’elle partage tous vos plaisirs, ou plutôt n’ayez jamais d’autres plaisirs que les siens. Alors, vous serez tout pour votre épouse reconnaissante, et son cœur n’aura de place pour nul autre que vous. De votre côté, jeunes épouses qui chérissez l’homme que vous avez choisi ; qui vivez en lui et pour lui, le secret de le posséder tout entier, à vous seules, c’est de transformer le toit

conjugal en un temple d’amour, et d’en ôt>ra la char mante déesse.

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