CHAPITRE XVII
MOYEN DE s'attacher SA FEMME ET DE s’ct TAIRE AIMER.
Homme qui désirez vivre heureux avec votre épouse, n’oubliez jamais que le mariage est l’arbre du bien et du mal; sa bonne culture donne de doux fruits, mais il pousse des fruits amers ou reste stérile s’il est négligé ou mal cultivé.
Etudiez donc assidûment et tâchez de bien saisir le caractère et les penchants de votre femme ; c’es! une étude difficile, j’en conviens ; il faut de l’application et de la persévérance.
Cultivez ses sympathies , développez ses sentiments et sachez mettre en harmonie ses goûts avec les vôtres ou les vôtres avec les siens.
Ayez tous les soins, les tendres égards, toutes les gracieuses minauderies que réclame son organisation féminine.
11 est des jours où la femme est capricieuse, fan-
tasque, boudeuse, irascible sans savoir pourquoi; un rien exalte sa sensibilité ; elle se fâcherait, se mettrait en colère pour la moindre des choses. L’homme d’esprit respecte ces caprices, ces fantaisies, et s’attache ainsi, de plus en plus, le cœur de sa femme.
N’exigez pas trop de votre femme et, avant d’exiger, sachez lui accorder ce qui est raisonnable.
Soyez indulgent pour ses menus défauts, car vos propres imperfections vous font une loi de cette indulgence. Le mari qui veut réformer les défauts de sa femme doit commencer par réformer les siens ; qu’il donne l’exemple, on le suivra.
Soyez toujours modeste avec votre épouse ; la modestie vous fera gagner dans son cœur ce que l’orgueil et les prétentions vous y feraient perdre.
Ne l’accablez jamais de votre supériorité d’intelligence; écoutez avec bienveillance ses avis, s’il lui arrive de vous en donner, fussent-ils de peu de valeur. Le plus léger dédain pique au vif une femme, et une femme piquée au vif cherche toujours à se venger.
1 Arrière tous ces gros mots qui humilient la dignité, font rougir la pudeur; arrière ces paroles caustiques, mordantes, acérées, qui blessent l’amourpropre, parce qu’une femme blessée de ce côté ne pardonne jamais et se venge à sa manière.
Ne montrez jamais d’indifférence à recevoir les ca-
resses de votre femme et rendez-les lui toujours plus
tendres, plus affectueuses.
N’habituez-votre femme qu’à des plaisirs simples et naturels ; car il en est pour les plaisirs comme pour les aliments, les plus simples sont ceux dont on se dégoûte le moins. N’oubliez pas aussi que le plaisir est une fleur fragile, qui veut être délicatement cueillie; un parfum enivrant qu’on ne doit aspirer que de temps à autre, et fort légèrement, parce que l’ivresse use la sensibilité et mène à l’indifférence.
Ne soyez jamais brutal, jamais emporté, maussade, indifférent, tracassier, jamais, au grand jamais jaloux 1 Et si, par malheur, le soupçon venait à se glisser dans votre cœur, souvenez-vous bien que la jalousie est plus aveugle que l’amour, plus noire que les ténèbres, plus dévorante que le poison 1
Si vous aviez quelques craintes fondées, prenez des précautions, sans cependant les pousser trop loin; évitez les occasions qui pourraient ébranler la vertu de votre femme ; surtout mettez de l’esprit, et gardezvous d’être ridicule dans cette manière d’agir.
Gardez-vous bien de bâiller, de pandiculer devant elle, ou de manifester tout autre signe d’ennui.
L’oisiveté est la mère des vices, ayez bien soin de ûe pas laisser votre femme oisive ; le grand remède contre 1 oisiveté, c’est de diriger toujours son esprit vers des occupations qu’elle aime.
Si vous aimez votre femme, si vous tenez à son
amour, ne commettez jamais rimprtMloQOi;<i2i^ to induire en public dans tout l’éclat de ■ut Odaute, parce que, bien certainement, elle sera convoitée par autrui.
N’allez pas follement ou bonassement introduire dans votre intérieur des amis célibataires avec la loyauté sur les lèvres et le désir insolent au cœur.
Préservez rigoureusement votre épouse de la société de ces femmes du monde surannées qui, ne trouvant plus d’adorateurs, se jettent dans la bigoterie et passent leurs journées oisives à médire de leur prochain. Rien n’est plus dangereux pour la paix d’un ménage que la société de ces sortes de femmes. Leur langue est envenimée, leur bouche distille un poison qui vous donnerait infailliblement la mort.
Si vous aimez la chasteté dans la femme, soyez chaste vous-même dans votre langage et votre conduite.
Si vous ne voulez pas que le voisin porte le trouble
ez vous, n’allez pas chez lui semer le désordre.
Enfin, pendant ces jours où un léger orage éclate dans le domaine du mariage, ô maris I conduisezvous de manière à ce que votre femme ne se sente jamais le besoin de confier ses peines dans un sein étranger. Si c’est à une amie qu’elle les conte, cette amie l’empoisonnera de ces conseils ; si c’est un homme qu’elle prend pour confident, vous pouve être sûr qu’il sera son amant, s’il ne l’est déjà.
Rappelez-vous cette vieille maxime ;
Dans la vie, un confident Est quelquefois nécessaire Les soins d’un ami prudent Peuvent nous aider à plaire.
Mais c’est un pas dangereux S’il n’est fidèle et sincère.
Les confidents, d’ordinaire, Ne travaillent que pour eux.
Si l’âme et le cœur de la femme sont réfractaires à ces moyens, homme, plus d’espoir pour vous; hélas I vous avez semé sur le rocher ; prenez votre canne et votre chapeau et enfuyez-vous du toit conjugal, car vous avez une femme gâtée qui ne cherche que les plaisirs mondains, les hommages et les adorations des hommes ; vous nourrissez une femme pour les autres... Sans plus tarder, quittez cette femme; surtout, éloignez-vous sans bruit, et attendez patiemment le divorce, messie tant désiré oue nous amèneront sans doute de sages réformes.