‹ Philosophie du mariage (faisant suite à l'hygiène du mariage)Chapitre 25 sur 34 · LE PARJURE · texte numérisé non relu

LE PARJURE

C’est le serment violé, c’est le lâche oubli de la foi jurée, pendant que ceux qui croient à la loyauté d’une promesse, à la vérité d’une parole solennelle, gardent une religieuse fidélité. Le parjure est moralement un crime capital ; et cependant combien ne rencontre-t-on pas d’individus qui s’en font un jeu.

Il est une sorte de parjure très-fréquent dans notre société, un parjure qui marche en riant, le front levé, et duquel on semble ne pas tenir compte : je veux parler du parjure en promesse de mariage. V oici la formule de ce banal et honteux stratagème qu’emploient bien des jeunes hommes pour triompher de la vertu d’une pauvre jeune fille, à moitié vaincue par la faiblesse de son sexe :

« O mon ange ! Je t’aime comme ma vie, comme « mes yeux; ton amour, c’est le délicieux avenir qui

« rae sourit, c’est mon seul espoir. Ma vie serait « triste et glacée loin de toi ; tes beaux yeux sont le « miroir magique où se réfléchissent les joies que « tu me promets ; ton doux regard, c’est le rayon de « soleil qui me réchauffe ; ta voix, c’est la divine har- « monie qui me ravit et m’enivre ; oh ! te voir, te « parler, te sentir à mes côtés, t’aimer toujours, c’est « mon seul désir, mon vœu le plus ardent. Calme « la fièvre qui me dévore; verse, verse dans mon sein « le parfum de ton amour 1 accorde à celui qui jure « en face du ciel d’être ton époux, accorde un sou- « rire, un baiser. O mon idole 1 rien qu’un baiser, « ou je meurs à tes pieds. »

Et la femme, confiante en ce dangereux langage, fascinée par des regards passionnés , se trouble et cède au séducteur.. .. Et le séducteur, après avoir sa tisfait ses grossiers appétits, va chuchoter partout le nom de sa victime. Le misérable I tromper aussi lâchement l’innocence et la bonne foi, et puis oser s’en vanter 1... Entendit-on jamais un voleur se vanter d’avoir volé, un assassin d’avoir assassiné I Quoi qu’on dise ou qu’on fasse, pour pallier ces honteux stratagèmes, il n’en restera pas moins avéré, pour toute personne morale, qu’abuser de l’innocence au moyen d’un serment, est une noire perfidie, un déshonneur qui devrait entacher la réputation de ceux qui ont osé s’en rendre coupables.

On condamne aux galères un faussaire en écritureSi

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en fabrication de monnaie ; et le faussaire en matière de promesse de mariage, surtout lorsque la victime porte un fruit dans son sein, ce faussaire-là, vous le laissez librement courir par le monde, sans honte, sans infamie ! vous faites pis encore : par une de ces inexplicables aberrations de la société, par une de ces monstrueuses fantaisies du préjugé, cette honte et cette infamie retombent sur la victime....

En accordant l’impunité à ce genre de vol, vous admettez donc que voler l’argent est moins criminel que voler l’honneur, la tranquillité d’une famille entière? et, pour tourner cette question pressante, vous répondez par ces paroles usées : « La jeune fille était « libre de sa personne, pourquoi s’est-elle laissée « attraper : tant pis pour elle ; c’est sa faute, on ne « l’a pas forcée, elle l’a bien voulu. » Et vous croyez par cette réponse avoir fait justice d’un parjure ; vous croyez avoir consolé une famille et donné un nom au bâtard? C’est absolument, permettez-moi la comparaison, absolument comme si l’individu qui va se plaindre d’avoir été volé, recevait du magistrat cette réponse : « Pourquoi vous êtes-vous laissé voler? » Mais vous savez bien que, dans ce cas, c’est tout à fait différent ; les lois indigent au voleur un châtiment proportionné au délit; pour l’autre, au contraire point de châtiment, pas même la plus légère punition. Ce silence des lois, non-seulement encourage l’immoralité, mais tendrait à faire croire qu’un mor-

ceaii de cuivre a plus de valeur qu’une jeune fille. Cependant, on est loin de penser ainsi dans la famille; le père d’une pauvre fille trompée donnerait avec empressement tout son argent, tout son or, pour qu'on lui rendît ce qu’elle s’est laissé prendre, si cela se rendait. Les Anglais sont rigidement sévères dans ces sortes d’affaires ; aussi les parjures chez eux sontils fort rares.

Vous le savez bien, législateurs, les jeunes filles ne calculent jamais lorsqu’elles aiment, et leur première faute n’est jamais la conséquence du vice. Elles se laissent facilement abuser par de trompeuses promesses de mariage, par de faux serments d’amour ; elles croient à la loyauté de l'homme qui, le plus souvent, n’est qu’un misérable hypocrite. Quoiqu’une femme ait la certitude des malheurs qui doivent fondre sur sa tête si elle est délaissée, telle est la générosité de son affection, qu’elle risque tout plutôt que de refuser à son amant la preuve d’amour qu’il exige. La femme est le sexe aimant, le sexe faible, il faut que la loi lui accorde une protection toute spéciale. L’homme étant le sexe fort, le sexe qui attaque, la loi devrait déployer contre lui toutes ses rigueurs. La pénalité contre le parjure une fois établie, et l’homme ne pouvant plus tromper sans impunité, le nombre des pauvres jeunes filles victimes de leur amour et d’un faux serment diminuerait progressivement, et les mœurs y gagneraient.

Pour les cœurs droits, il reste démontré que le parlure en matière de religion, de nationalité ou d’affaires, comme le parjure en mariage, est un crime, une tache honteuse ; l’homme souillé de cette tache devrait trouver les cœurs fermés à sa voix, soit qu’il fît une demande, soit qu’il exprimât un désir. Le marchand parjure qui cherche à entamer des affaires de négoc ou à emprunter une somme d’argent, est refusé ne de ceux qui le connaissent. L’homme d’État qui s’est parjuré a perdu la confiance de son gouvernement, qui désormais le laisse de côté, ou ne l’emploie qu’avec défiance et dans les cas forcés. Ne devrait-il pas en être de même en affaires de mariage? Les parjures en ce genre ne devraient-ils pas être repoussés de tout le monda, n’importe l’objet de leur demande, par ces mots : « Celui qui fausse son serment pour une chose grave peut, à plus forte raison, le fausser pour une chose légère. Vous jurez sur votre parole ou pat écrit de rendre ce qu’on vous prêtera; mais n’ avezvous pas juré, et juré plus fort, lorsqu’il s’est agi de tromper votre victime? qui peut m’assurer qu’il n’en sera pas de même en cette circonstance? Allez, allez! celui qui promet doit tenir, et vous vous êtes moqué de vos promesses ; l’honnête homme est esclave de sa parole, et vous, vous avez violé la vôtre. » Soyez sûr que, si cette philosophie avait cours dans notre société, on verrait diminuer le nombre des par* jures.

Jeunes filles, évitez, fuyez l’homme parjure ; il n’a ni religion ni honneur ; son âme est un hideux mélange de trahison et de lâcheté ; il souille de sa bave infecte ; il corrompt tout ce qu’il touche. Détournez les yeux de son masque hypocrite ; gardez-vous d’écouter ses accents doucereux ; le miel que sa bouche distille cache un âcre venin, un poison mortel. Redoutez son approche ; c’est sous des fleurs qu’il tend ses pièges, éloignez-vous, fuyez 1 car il se réjouit des maux qu’il a causés ; il s’abreuve et s’enivre des larmes que verse l’innocence. Le monstre!... il reste l’œil sec et le cœur impassible au glas qui sonne pour une de ses victimes...

Hélas! si, confiante en son gracieux langage, ce soir, tu t’endors sur le duvet de l’espérance, tremble, jeune fille ! demain, désespérée, tu te réveilleras sur les épines du regret.

Eh ! que te veut-il, cet homme qui vient en esclave te demander des chaînes, t’offrir ses hommages et ses adorations? que te veut-il? Il donnerait son sang pour une de tes caresses, sa vie, son éternité

pour un seul de tes baisers Imprudente! et tu le

crois... Malheur! malheur à toi, jeune fille! demain la vérité te montrera son affreux squelette. Oh! s’il en est temps encore, évite ses pièges ; ce n’est point une compagne qu’il cherche, une amie tendre et fi-» dèle, une épouse ; ce n’est ni ton cœur, ni ton amour, ^ non! c’est ton corps qu’il convoite, ton corps parfumé

d’innocence, pour y assouvir sa passion brutale... Et puis, quand il t’aura souillées perdue, il te rejettera loin de lui il t’abandonnera comme un vil jouet, qui n’a plus de valeur.

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