‹ Philosophie du mariage (faisant suite à l'hygiène du mariage)Chapitre 26 sur 34 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

tA JALOUSIE.

Il est une maladie qui fait de grands ravages dans l’organisation humaine , espèce de vésanie qui s’attache opiniâtrément au cerveau, irrite le sang, l’emhrase et le rejette bouillonnant au cœur, qui se dessèche et se consume : ce mal, c’est la jalousie !

La jalousie est la plus féroce des passions; elle pousse les mortels à tous les excès, à la folie, au meurtre ! C’est la jalousie qui, pendant si longtemps, ensanglanta jadis le promontoire de Leucade ; qui fit poignarder Persée, Pyrrhus et Hermione, Orosmane et Zaïre; qui inspira à Médée le meurtre de ses en-| fants;qui prépara l’horrible repas de Gabrielle do' Vergy. C’est la jalousie qui met le fer et le poison dans les mains d’une foule de personnages historiques ; et, de nos jours, les crimes atroces que la jalousie fait commettre sont d’autant plus nombreux

ilans les pays chauds, que cette passion agit sur des tempéraments plus ardents. C’est le cas de dire avec Virgile :

O cruel amour ! quels sont les forfaits Que tu ne fais point commettre!

C’est la jalousie qui fit autrefois inventer deè moyens mécaniques pour s’opposer à l’infidélité de la femme. Ces moyens sont tout à fait surannés, et celui qui voudrait remettre à la mode le cadenas et les ceintures virginales, serait l’objet de la risée publique. Aujourd’hui, chaque mari a son procédé particulier, qui n’empêche pas, il est vrai, l’infidélité d’avoir lieu, mais qui donne à son soupçon plus ou moins de certitude. Les femmes coupables devraient se tenir plus sur leurs gardes qu’elles ne le font ordinairement ; car grand nombre de maris parviennent ainsi à découvrir un secret qui détruit à jamais l’harmonie conjugale.

Nul doute, la jalousie est un instinct de notre organisation matérielle, puisqu’on la retrouve chez les animaux ; et cet instinct, on le voit croître et décroître selon les climats et les mœurs ; de telle sorte qu’on pourrait mesurer les degrés de latitude de la terre par les degrés de jalousie des différents peuples : cetto passion est plus forte en Afrique et en Asie qu’en Europe, en Espagne et en Italie qu’en France;

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elle l’est plus en France qu’en Allemagne, et elle semble se réduire à peu de chose sous les cieux glaîés des régions polaires.

Chez les deux sexes, la jalousie n’offre pas les mômes caractères. — L’homme est plus matériel dans son amour, dont le but est toujours le plaisir sensuel. L’amour de la femme est beaucoup plus délicat. La femme est toujours orgueilleuse de voir les autres femmes accorder leur admiration aux belles qualités de son mari. L’homme, au contraire, plus égoïste, exige une possession exclusive; il se courrouce si d’autres hommes montrent trop d’attentions pour sa femme. Sa jalousie, plus grossière, plus vulgaire, le porte à croire plus facilement sa femme coupable d’une infidélité matérielle.

La femme redoute plus la perte du cœur de son mari que ses infidélités passagères; mais, lorsque son amour vivace est continuellement payé de froideur, de dédains, alors elle s’abandonne aux transpc«:ts d’une jalousie effrénée. Un proverbe dit : Si l’homme jaloux est un tigre furieux, la femme jalouse est un« tigresse enragée.

Lorsqu’une fois la jalousie s’est infiltrée dans le sang d’un individu, lorsque son cœur et son âme en sont empoisonnés, pour lui plus de joie de famille, hélas! plus de repos dans la vie... Ses journées s’écoulent ternes, fatigantes; ses nuits sont agitées, sans sommeil; ou bien des songes affreux viennent lui dé-

Toiler ce qu’il avait tant à redouter. Ses jeux se creusent et cachent de sombres regards; sa bouche se contracte, son front se plisse ; si quelquefois un maigre sourire s’arrête sur ses lèvres, c’est un sourire d désespoir ou d’hypocrisie. Il est brusque et maussade, impatient, irascible, insupportable aux autres et à charge à lui-même ; on le prend en pitié ou l’on s’en moque.

Un jaloux s’est-il absenté quelques instants du toit conjugal, il y rentre furtivement, se glisse comme un voleur contre les murs, se blottit derrière une porte, et là, des heures entières, dans une perplexe attention, suspendu sur la pointe des orteils , le cou tendu, l’oreille clouée à une serrure , sans souffle, immobile, cherchant à refouler l’indiscret battement de ses artères, il attend plein d’anxiété, il écoute, il cherche à deviner....

Un pied qui presse le parquet, un bruit de chaise, un frôlement de robe, une mouche qui vole, le silence même, le font tressaillir, horripiler. ..Un âcre frisson court par tous ses membres, puis des bouffées de chaleur lui brûlent le visage ; son cœur est tantôt comprimé comme sous un poids énorme , et tantôt se dilate comme s’il allait éclater ; on dirait qu’une main de fer. fouillant dans sa poitrine, veut en rompre les attaches. Ohl il souffre plus que les damnés... On traiterait de barbare le justicier qui ordonnerait un semblable supplice; eh bienl le jaloux s’y soumet do

plein gré; martyr insensé, il cherche la torture; il présente patiemment son sein au poignard invisible qui s’enfonce et se retourne dans la plaie, chaque fois qu’un léger bruit se fait entendre. Et cela, parce qu’il espère trouver sa femme infidèle, parce qu’il le désira de toutes ses forces. Eh I malheureux, abandonnez-la donc, cette femme qui vous torture de la sorte, si vous croyez avoir acquis la certitude de ce qu’on appelle sottement votre déshonneur ; chassez-la , ou fuyez en d’autres lieux chercher un repos , une tranquillité que vous avez perdus , souvent par votre faute.

En effet, n’est-il pas déraisonnable de s’imaginer que tous ceux qui parlent à votre femme soient ses amants? N’est-il pas ridicule de croire que tous ceux ^ qui la regardent sont de connivence avec elle pour vous tromper? A ces heures où l’épouse demande des caresses, où l’homme devrait épuiser pour elle son amoureuse amabilité , n’est-il pas stupide de lui tenir ce langage :

a Tu l’as vu, aujourd’hui, sans doute, cet être « odieux dont l’ombre me poursuit; t’a-t-il parlé « bien tendrement? Tu étais heureuse d’écouter ses « doux propos d’amour, de lui rendre ses caresses ; (( tu t’es évanouie dans ses bras ; c’est lui que tu « aimes, n’est-ce pas? pour moi, l’indifférence, la tt haine peut-être... »

Et ses yeux flamboyants restent attachés sur elle.

ses cheveux se hérissent, ‘et son visage revêt une pâleur livide; il fait peur... Puis, changeant tout à coup de ton, il reprend d’un ton mielleux :

« Voyons, avoue-le moi, je l’en prie, ce sera une « marque de confiance de ta part ; le pardon suivra « l’aveu; je ne t’en aimerai que davantage, avoue, a et, je te le jure, je ne serai plus jaloux. »

O l’imbécile ! peut-on se montrer à sa femme plus profondément niais et d’une plus plate bêtise?

Coupable ou non, celle-ci lui fait tout naturellement une réponse négative. Alors il se fâche; car, remarquez-le bien, c’est une aüirmation qu >i désire,

l’affirmation qui doit le tuer.

« Oui, conlinue-t-ü , tout frissonnant de rage, « oui, je connais ta conduite; j’ai tout vu, j’étais ca- « ché ; tu oses nier ; malheureuse! tu es une...» Bientôt les injures commencent; suivent les menaces qui, très-souvent, sont accompagnées d’un abus de force physique.

La conséquence inévitable de celte conduite est, que si la femme se trouve coupable, elle ne voit dans son époux qu’un sot brutal, un furieux contre lequel il faut prendre plus de précautions ; elle se moque de lui, le prend en haine et se promet de le tromper plus souvent; si, au contraire, elle est innocente, après d’aussi étranges propos, elle regarde avec elTroi son mari, le considère comme un homme atteint d’une atroce frénésie , comme un être qui doit la

rendre désormais malheureuse, et se dispose à chorcner un amant pour l’aider à supporter ses peines.

Quand une femme est vertueuse,

Si, par caprice, son époux La soupçonne et devient jaloux,

La circonstance est dangereuse.

Telle aurait mal reçu les offres d’un amant.

Que cet injuste traitement Rend plus sensible et plus hardie.

Qui montre de la jalousie Ne le fait guère impunément.

Pauvres jaloux! Si, dans un moment de calme, vous vous donniez la peine de réfléchir, vous comprendriez que c’est votre triste maladie qui, le plus ordinairement, contagionne votre femme. Vous commencez d ahord par lui paraître excentrique, inexplicable ; ensuite vous lui devenez insupportable, puis elle finit par vous haïr cordialement, voici pourquoi :

Admettez que vous l’ayez prise vierge, dans toute sa pureté, candide, ignorante de toutes les intrigues qui se trament nécessairement dans notre société. Au heu de ne voir dans la légèreté de ses actions que le résultat de l’imprévoyance, vous lui supposez un tout autre but; ce qui chez elle, est jeunesse, innocence, vous le prenez pour ruse ou calcul, et exercez sur elle une surveillance injurieuse. Bientôt vous lui reprochez ses moindres parole.® son plus léger sourire

vous lui faites aigrement sentir que la frivolité de «a conduite attire la médisance et fait naître le soupçon. Innocente encore, elle ne sait ce que vous voulez dire ; elle ne comprend pas l’injure que lui jette votre ' jalousie. Plus tard, vous lui parlez avec sévérité* à mesure que la maladie fait des progrès, votre physionomie s’assombrit, votre langage devient rude ; vous lui intimez des ordres ridicules et finissez par lui défendre tout ce qui vous fait ombrage.

La pauvrette s’étonne du changement opéré dans votre caractère ; elle gémit, dévore quelques larmes, souffre en silence, puis hasarde une plainte et finit par confier son secret à une connaissance, à une voisine ; les femmes sont si expansives, lorsqu’elles souffrent, si avides de consolations !... Survient une de ces amies, complaisantes et dangereuses, qui lui apprend que vous êtes jaloux, et se met aussitôt à tracer i le portrait hideux de la jalousie, un portrait à la dé- ; sespérer : c’est le commencement de votre malheur. Votre épouse s’indigne d’abord de vos soupçons, s’offense de votre frayeur ; le lendemain elle en rit : votre malheur est assuré... Elle s’aperçoit que vous avez sans cesse les yeux attachés sur ses pas ; qu( tous ses mouvements sont épiés, comptés; que vous cherchez et que vous désirez même la trouver en faute. Alors elle s’observe ; ce qu’elle faisait innocemment devant vous, elle se cache pour le faire, dans la crainte d’encourir vos reproches. La confiance,

/estime se perdent; la dissimulation les rempladô. De ce moment, vous n’avez plus d’épouse, elle est à jamais perdue pour vous ; à ses yeux, vous n’êtes plas qu’un tyran ou un sot. Malgré votre surveillance rigoureuse , vos caresses , vos menaces , vous serez trompé, persiflé, parce qu’une femme ne pardonne jamais, et que ce sont là ses moyens de vengeance.

Oh ! si vous saviez combien un jaloux est, à la fois, pitoyable et risible, sot, ridicule, assommant, insupportable 1 Si vous entendiez les mordantes épigrammes , les moqueries sanglantes qui précèdent et suivent ses pas, vous vous tueriez de rage et de bonté.

Et remarquez bien que, parmi les jaloux, ce sont les plus criards, les plus violents qui , après s’être séparés de leur femme, brûlent et sèchent d’envie d'opérer un raccommodement. Pour cela, ils font mille plates démarches, supportent mille fatigues, et vont ramper bassement aux pieds de celle qu’ils ont publiquement rejetée. Que le chiffonnier en agisse de

ila sorte, cela se conçoit : il a besoin d’une créatUiO, quelque infime qu’elle soit, pour porter sa hotte et j, nettoyer ses haillons couverts de fange ; mais honte à toui individu que les bienfaits do l’éducation ont placé dans une autre classe 1 Hommes! il y a de la dégradation dans cette conduite; de ce moment vous avez perdu votre dignité.

li est fort peu d’hommes qui, pendant leur vie Je

garçon, et même d’époux, n’aient porté leurs nommages aux femmes des autres.

En s’adressant à la femme d’un jaloux, si le succès n’a point couronné leurs amoureux efforts, c’est qu’ils n’ont pas su s’y prendre ou bien que le cœur était déjà donné. C’est pendant ces tête-à-tête, que la femme irritée se venge du mari, en racontant toutes ses sottises, en découvrant toutes ses turpitudes ; rien n’est omis; elle a été soupçonnée, elle a été tyrannisée par lui, elle veut l’injurier, l’écraser à son tour. Ceci ne devrait-il pas servir de leçon à ceux qui écoutent ces honteuses confidences? en voyant l’acharnement que met la femme à ridiculiser, à flétrir un époux, ne devraient-ils pas retenir la leçon et la pratiquer, si dans la suite ils se marient?

Savez-vous , disait une dame , très-expérimentée en cette matière, savez-vous qu’il y a du talent à ne pas se montrer jaloux? Si on s’en rapporte aveuglément à sa femme, jamais elle n’en abuse ; mais quand un mari surveille incessamment sa femm»' , on ne lui fait pas de quartier : une femme mutinée se venge autant de fois qu’on se défie d’elle. Une femme qui n’a pas encore mal fait et qui s’aperçoit qu’on la surveille, sent naître en elle des envies de mal faire. L’histoire des jaloux de tous les siècles, de tous les pays, prouve que les maris sont toujours la cause de leurs propres infortunes. Lasurveillance, l’isolement, les ordres, les menaces et toutes les précautions, tous

les emportements de la jalousie ne font que hâter le malheur tant redouté. Ce vieux quatrain nous apprend qu’Argus lui-même, avec ses cent yeux, fut mis e:i défaut par les ruses d’une femme ;

Si ce gardiü]! sévère Ne peut rien avec ses cent ycu ■.

Hélas ! que pourriez-vous faire, Vous qui n’en avez que deux?

Ne soupçonnez jamais votre femme ; c’est la plus funeste sottise , la plus dangereuse absurdité qui puisse égarer cervelle humaine. Soyez logique et raisonnez.

Par un premier 'soupçon, vous l’avez dégradée, flétrie ; car, si le soupçon n’est pas la preuve acquise de l’adultère, toujours est-il qu’il implique le doute; or, si vous ôtes arrivé à douter de votre femme; si vous n ôtes pas éloigné de croire qu’elle ait pu se prêter à des embrassements adultères, savez-vous ce qui en résulte? Vous avez inscrit sur son front la honte et l’infamie; ce parfum de chasteté qu’elle exhalait naguère, s est changé en une odeur de courtisane : et vous consentez à vivre avec elle ; vous continuez à la nommer votre épouse et à recevoir ses care.sses! Alors vous autorisez ses faiblesses et n’ôtes plus que le vil complaisant de ses caprices. Si elle vous crache au visage, essuyez-vous donc sans vous plaindre , car vous l’avez voulu.

Si l’épouse a réellement oublié ses devoirs, et que, par d’ingénieux artifices, elle ait conservé les apparences de la vertu, infâme par le fait, elle doit rester oigne aux yeux de son époux. Mais si l’adultère sa présente flagrant, irrécusable : alors point de préambules, point d’injures ni de sévices, point de colère,! point de menaces ; ce serait un symptôme de faiblesse. L’homme, dans celte circonstance, doit se montrer grand par son sang-froid; il ne lui reste plus que deux moyens : ou il faut avoir la force de pardonner à l’adultère , ce qui est noble et beau, lorsqu’on la ]uge capable de comprendre l’énormité du parnon et d’expier sa faute ; ou il faut la quitter sur-lechamp.

La femme répudiée pour cause de libertinage doit l’être à jamais.

AU contraire , si votre soupçon fut injuste, vous avez assumé sur votre tête une immense responsabilité. Yous avez détruit un avenir, brisé une vie qui ne vous appartenait point ; vous êtes un sot ou un profond misérable. On devrait vous signaler à la vin- Qicte des femmes ; vous châtier, vous maudire.

Le fait suivant devrait servir d’exemple aux femmes , et leur fournir les moyens de se venger des nommes qui les trompent ou les calomnient.

Les chroniques du dix-septième siècle rapportent qu’un jurisconsulte, grand jaloux, grand calomniateur de femmes, délaya contre elles son épaisse bile

dans un ouvrage intitulé : La Forêt Noire du mariage. Se trouvant un jour à Turin, les dames, pour se venger de ses pamphlets, le chassèrent de la ville à coups de pierres, et ce malheureux n’y put rentrer qu’après avoir fait amende honorable, avec cet écriteau attaché au front :

Des femmes sommes tous venus,

Grands et petits, gros et menus,

C’est pourquoi celui qui les blâme,

'■ Doit être réputé infâme.

La réputation de ce jaloux, de ce calomniateur de femmes, se répandit dans toute l’Italie, et lorsqu’il eut envie de se marier, il ne put trouver une seule femme, si vieille et si laide qu’elle fût, qui voulût l’épouser.

Mais comment extirper du cœur le trait envenimé de la jalousie, comment en guérir la plaie profonde? Voici le conseil que donne à cet égard l’auteur du livre : J e cherche le bonheur.

i « Il en est de la jalousie comme des fantômes que nous montre notre imagination lorsque nous sommes plongés dans les ténèbres et que nous sommes effrayés, Si l’on marche droit à l’ûbjét- le fantôme se dissipe, et l’on est tout étonné de ne trouver à la place qu’une pierre, un arbre, un meuble, etc. Cependant, sans cette vériûcation,nous aurions cru voir un spectre., et cette apparition serait restée gravée dans notre

esprit. L’objet étant connu, nos craintes se dissipent et nous en rions. Pauvres jaloux, agissez de même Avez-vous des soupçons? Dites-les, expliquez-vous sans vous emporter. Marchez droit à l’objet ; souver<* vous vous moquerez de votre simplicité et la réconciliation sera tout au profit de l’amour. Si vos doutes avaient quelque fondement, vous pouvez, par de sages conseils, en exposant les suites funestes d’une première faute, rappeler votre femme au devoir et prévenir ainsi l’accident redouté.

« Si vous tenez une conduite différente ; si vous vous cachez pour épier, les objets grossiront incessamment dans votre imagination, et bientôt, comme au milieu des ténèbres, vous ne verrez que monstres de toutes parts, et plus on fera d’efforts pour vous détromper, plus vous croirez qu’on vous trompe. »

Maris qui voulez guérir vos femmes de cette triste maladie, bannissez toute démarche mystérieuse, toute conduite ambiguë; le seul remède efficace, c’est d’agir franchement et sans détour.

I Pour alléger la chaîne conjugale, déjà si lourde; pour jouir de quelque tranquillité et d’un peu de bonheur dans la famille, il faut que l’homme ait confiance dans les actions de sa femme et foi dans sa vertu. Si cette confiance, cette foi viennent à se perd’.c, adressez-vous à la religion ou à la philosophie ; ellnr seules possèdent le feu sacré qui les rallume.

Passez en revue tous les maux, toutes les calamités

qui peuvent tourmenter le cœur humain, vous n’en trouverez point de comparables à la jalousie. Le malheureux atteint de cette maladie souffre mille tortures, mille morts ; son cœur, dévoré par toutes les passions à la fois, l’amour, la haine, la colère et la vengeance, la honte et le désespoir, son cœur est l’intarissable source qui lance au cerveau un sang empoisonné de jalousie. On le dirait en proie aux divinités infernales, le malheureux!

Enfant de la méfiance et de l’amour sombre et despotique, la jalousie ne peut que porter des fruits amers. C’est une cruelle démence, un délire furieux, accompagné d’effrayants paroxysmes, dont la haute société semble, chaque jour, s’affranchir ; la classe moyenne, où cette maladie est la plus commune, ücvrait suivre cet exemple.

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