CHAPITRE XX
l'ascltère.
L'ailuilère est la violation de la foi jurée, c*est l’in* fraction la plus grave aux lois du mariage.
L’adultère est une des plaies que la civilisation moderne découvre sans pudeur ; c’est une verrue hideuse qui pousse au front de l’hymen, en souille la pureté, et reste comme preuve de 4 nullité du serment.
Extrêmement rare chez les peuples anciens, l’adultère, surtout celui de la femme, était regardé comme' un crime énorme, comme une monstruosité; aussi encourait-il les peines les plus rigoureuses : la répudiation, l’infamie, la réclusion perpétuelle, quelque' fois la mort ! Ce n’est pas à la crainte du châtiment qu’on doit attribuer la rareté de l’adultère chez les anciens; ce n’est pas non plus parce que la femme eut moins de liberté qu’elle n’en a aujourd’hui, ou
qu’elle fût plus chaste, moins volage; non. La na* ture de la femme n’a jamais changé; elle est aujour-'^ d’hui ce qu’elle était autrefois. La seule raison à donner, c’est que le mariage n’était pas indissoluble ; c’est que, loin de jeter de nombreuses racines au sein des sociétés, le célibat était flétri et regardé comme le triste résultat d’une infirmité physique ou de l’immoralité. Donc, l’adultère est une accusation terrible portée contre le mariage indissoluble et contre le célibat.
Considéré par tous les peuples comme une profanation des liens du mariage, l’adultère dut encourir les châtiments les plus sévères ; ces châtiments, plus ou moins atroces, plus ou moins bizarres, sont, peur ainsi dire, un reflet des temps et des mœurs. Chez les Égyptiens et les Hébreux, les adultères étaient lapidés en place publique. Les anciens Saxons brûlaient la femme adultère, et, sur ses cendres, ils dressaient un gibet où son complice était pendu. La loi de Mahomet, de même que celle de Moïse, porte la peine de mort contre la femme adultère ; elle est liée dans un sac, en compagnie d’un chat, symbole de la perfidie, et jetée à la mer. Chez plusieurs nations barbares i’Asie, d’Afrique et d’Amérique, la peine de mort est encore aujourd’hui en vigueur contre l’épouse adultère. Chez les anciens Grecs, le crime d’adultère, d’ailleurs fort rare, n’encourait qu’une peine infamante et le bannissement. La législation romaine
scus la république, laissait la femme adultère ’a ia merci du mari. Celui-ci assemblait un conseil de famille, qui prononçait ordinairement la relégation ou la déportation.
Sous les empereurs, les peines furent tantôt cruelles et tantôt presque nulles. Auguste décréta contre l’adultère la loi Julia, qui condamnait à mort; mais elle fut rarement appliquée.
Les anciens Goths, que nous traitons de barbares, forçaient celui qui avait débauché une femme à l’épouser ou à lui donner la moitié de sa fortune ; dans le cas de refus de sa part, il était condamné à mort pour venger l’honneur de la femme, qui n’avait désormais aucune chance de se marier. Jadis, en Angleterre, on coupait les cheveux de la femme adultère ; ensuite elle était promenée par ia ville, et fouettée, jusqu’à ce qu’elle mourût sous les coups. Son séducteur était pendu à un arbre. Les anciennes lois espagnoles remettaient la femme adultère et son complice entre les mains du mari, qui était libre de les tuer ou de leur briser les membres. En Prusse, au siècle dernier, le séducteur était emprisonné et dépouillé de la moitié de .ses biens; s’il s’enfuyait, sa victime devenait sa femme par procuration ; une partie des biens du mari était confisquée au profit de l’épouse et de l’enfant.
Chez les Francs, nos ancêtres, l’adultère n’était frappé que de peines pécuniaires. Sous Clovis, la pé«
nalité devint plus sévère, et sous Chilpéric, on volt plusieurs exemples d’adultère punis de mort. Cependant les coupables, s’ils étaient riches, pouvaient racheter leur vie en abandonnant leurs biens au trésor royal. Sous Hugues Capet, les peines furent presque exclusivement humiliantes et pécuniaires ; on payait une amende au mari offensé, et la femme était forcée de courir toute nue d’une porte de la ville à l’autre. Plus tard, les seigneurs introduisirent dans leurs domaines des peines infamantes et des mutilations contre la femme noble qui s’était donnée à un paysan. Au quinzième siècle, on voit la peine de mort reparaître et être prononcée contre la femme de condition et contre le manant séduit par elle ; ainsi, la peine capitale fut appliquée à deux domestiques ou fermiers , qui avaient eu commerce avec leur maîtresse. En 1567 , une dame noble ayant été surprise en adultère avec le valet de son métayer, les deux coupables furent poursuivis à la requête du mari, et, par arrêt du parlement, condamnés à être pendus ; ce qui fut exécuté le même jour.
Aujourd’hui cette pénalité extrême a disparu tout à fait de notre Code, pour faire place à des mesures répressives, malheureusement impuissantes. L’article 337 du Code pénal dit :
« La femme convaincue d’adultère subira la peine de 1 emprisonnement pendant trois mois au moins et
deux ans au plus ; le complice sera puni de l’emprisonnement pendant le même espace de temps, et, en outre, d’une amende de cent francs à deux mille francs. »
On voit, par cet article, que les Français du dixneuvième siècle sont des moutons en comparaison ds leurs ancêtres. Mais toutes les nations ne partagent pas les idées françaises sur la pénalité de l’adultère ; la plupart infligent encore de sévères punitions à la femme adultère et prononcent le divorce; quelques peuplades d’Asie et d’Amérique lui font subir des mutilations qui restent comme preuve indestructible de son infamie. — Les Iroquois coupent le nez à la femme surprise en adultère. Les Cries lui abattent les oreilles. Les Dariens lui emportent la lèvre inférieure d’un coup de poignard. — Les Chactas la fustigent et l’exposent toute nue sur la place. — Au Pégu, on la force à rester la tête en bas et les pieds en l’air à la porte de la maison où s’est consommé le crime. — En Chine et à Bali, elle est vendue comme esclave.
Ainsi, chez presque tous les peuples barbares ou demi-civilisés, c’est toujours la femme adultère qui est durement châtiée; tandis que l’homme qui a commis le môme crime, reste presque toujours impuni, ou bien la peine qu’on lui inflige est comparativement fort légère ; et cela, comme le disait Grégoire de Nazianze, parce que l’homme étant le plus fort, c’est lui qui fabrique les lois. Nous devons cependant
faire observer que, dans plusieurs contrées, à Bornéo, à Java, par exemple, l’homme surpris en délit d’adultère est ch&tié aussi sévèrement que la femme, et quelquefois on lui fait subir de hideuses mutilations^ C’est parce que la femme est plus faible que l’homme; c’est parce que les attaques viennent toujours de celui-ci ; c’est parce que le séducteur emploie toujours le mensonge et la ruse pour en venir à ses fins, que la pénalité contre l’homme adultère devrait être plus rigoureuse que contre la femme. La séduction d’une mère de famille est pire que la séduction d’une femme non mariée; avec quelle sévérité ne devrait-on pas punir le .scélérat qui vient voler les affections d’un mari et briser, en un moment, le bonheur et la paix d’une famille !
On a dit que l’adultère commis par l’homme n’avait pas des conséquences aussi graves que l’adultère commis par la femme; que l’adultère de la femme introduisait dans la famille des enfants étrangers qui partageraient un jour l’héritage des enfants légitimes, et que, par conséquent, il devait encourir une punition plus sévère que l’adultère de l’homme. Cette distinction n’est que spécieuse, et messire Anselme en démontre ainsi la pauvreté :
« Supposons, dit-il, deux familles voisines dans les' quelles les hommes et les femmes soient également entachés du crime d’adultère. Supposons que Pierre, ujant habité avec la femme de Paul, lui fasse un
enfant; cet enfant, quoique n’étant pas celui de Paul , partagera néanmoins son héritage. Supposons que Paul, à son tour, donne un enfant adultérin à Pierre; cet enfant deviendra légalement l’héritier de Pierre. Alors, si les hiens sont, de part et d’autre, d’une égale valeur, il n’y aura que cette seule différence que les enfants ne porteront point le nom de leur père natui-el, et que les choses seront comme si la femme de Pierre eût épousé Paul et la femme de Paul eût épousé Pierre. Le crime et les résultats étant ici e.\actement les mêmes, la peine doit être en tous points égale.
« D’un autre côté, en faisant la supposition que la femme de Paul ait commis l’adultère avec un célibataire, alors évidemment la compensation ne peut avoir lieu ; mak le crime reste absolument le même ; il n’y a de différence que dans le complice. Or, dans ce cas ce n’est pas la punition de la femme qui doit être aggravée ; c’est contre ce célibataire que la loi devrait faire peser toutes ses rigueurs , et puisque notre civilisation ne permet plus les mutilations contre ces misérables ennemis du mariage et des familles, la loi devrait non-seulement leur infliger les peines corporelles en vigueur, mais encore les frapper d’une amende qui , absorbant la plus grande partie de leur fortune, leur ôtât désormais l’envie de débaucher les femmes mariées. »
L’atrocité des lois rend l’homme féroce et ii’em-
pôche pas le crime. La disproportion entre la peine et le délit annonce le despotisme , l’imperfection des lois et des mœurs sauvages ; punir une faiblesse du châtiment qu’on inflige aux assassins, aux scélérats, a disparu du code des nations policées. Mais si les anciennes lois, d’une sévérité outrée, ne s’accordent plus avec nos mœurs, il n’en est pas moins avéré que l’adultère est un crime qui détruit à jamais l’harmonie conjugale et le bonheur de la famille ; qui renverse l’ordre des successions et éteint l’amour paternel par une affreuse incertitude; qui couvre la femme de honte et d’infamie ; qui allume des haines et pousse à d’atroces vengeances. Un crime de cette nature ne peut rester impuni , parce que l’impunité le multiplierait encore, et, on le sait , il n’est malheureusement que trop fréquent dans notre société.
Les peines à infliger à l’adultère sont un point très-délicat à toucher. Déjà des hommes plus habiles que nous et plus versés dans cette matière, ont proposé de sages mesures qu’on aurait dû mettre à profit ; nous essayerons, après eux, d’émettre quelques considérations.
Les époux se sont juré devant la loi une fidélité mutuelle, et la loi veille à ce que ce serment soit religieusement gardé. Lorsque l’un des contractants se trouve lésé par les infidélités de l’autre, il est de toute justice que la loi le délie de son serment qui n’a plus d’équivalent; il est également juste qu’elle frappe
l'infracteur d’une peine propre à atténuer, autant que possible, les tristes conséquences de l’adultère.
\ De tous temps, la pudeur a été le principal ornement des femmes, et les hommes y ont attaché la plus haute valeur. Cependant, si la vertu des femmes est si fragile qu’elle se brise au moindre souffle des passions ; s’il est presque impossible, dans certaines circonstances, de prévenir ou d’arrêter leurs faiblesses, la loi devrait user des moyens qui sont en son pouvoir afin de les réparer. Ainsi cette femme que son incontinence ou son amour illicite a rendue criminelle, il faut la couvrir d’un voile pour la soustraire
' aux regards du public ; parce que , si elle y reste exposée, elle perdra peu à peu tout sentiment de pudeur, et les autres femmes s’habitueront à un spectacle qu’elles ne devraient pas voir. Le seul moyen de couvrir la nudité de la femme adultère que le mari a chassée, serait de forcer son séducteur à l’épouser, s’il est célibataire; car c’est lui qui l’a débauchée, qui l’a déshonorée, c’est à lui de la réhabiliter. La loi devrait , en outre , dédommager l’homme divorce de la perte qu’il a faite , et lui faire oublier son malheur en lui permettant le mariage avec une autre femme. Ainsi donc, la femme corrompue, flétrie, serait imposée pour épouse à son corrupteur ; ou bien ce corrupteur devrait être frappé d'une amende proportionnée à sa fortune, si le mari consentait à garder
sa femme adultère. Cette amende serait au orofit de l’offensé ou des bureaux de bienfaisance, eu cas de refus de la part de celui-ci.
En Angleterre, l’homme convaincu d’avoir séduit une femme mariée, est condamné, envers le mari, à une somme énorme, exorbitante, toujours en raison, de sa fortune ; aussi y voit-on fort peu d’adultères, tandis que chez nous ce crime est si fréquent, si multiplié, qu’il semble avoir perdu de son énormité et être devenu à la mode ; de là ce proverbe ; Beaucoup de maris trompent leurs femmes, presque toutes les femmes trompent leurs maris, mais les dévotes par dessus toutes les autres.
Cependant nous croyons que le nombre des hommes mariés qui, oubliant leur famille et leurs devoirs, vont porter l’adultère chez leur voisin, est fort minime comparativement à celui des célibataires. Il est plus naturel, en effet, à un célibataire de chercher une femme qu’à un homme marié; celui-ci, possédant une femme , peut satisfaire ses désirs ; celui-là, au contraire, en étant privé, ne peut les satisfaire aussi facilement, et leur violence augmente en raison de la privation. La statistique de l’adultère montre que le nombre des adultères commis par les célibataires est énorme, comparativement à ceux commis par les hommes mariés : la proportion est de 1 à 100. D’où il résulte que le nombre des adultères augmente en proportion de celui des céliba-
taires ; de même que, plus il y a de voleurs, plus il y a de vols commis.
De cette considération, il ressort que les séducteurs appartiennent, en général, à la classe des célibataires, classe souvent perfide et toujours dangereuse; classe de laquelle une femme honnête doit toujours se défier. Parmi les célibataires, ce ne sont point les individus poussés par une sensualité grossière, dégoûtante, qu’on doit le plus redouter; mais ce sont ces hommes doués de manières séduisantes, toujours prêts à obéir, à se sacrifier aux caprices des femmes. Le vice le plus dangereux est celui qui serpente sous les fleurs ; qui fait servir à ses criminels projets, à ses coupables desseins, les faiblesses et les vertus ; qui tend incessamment des pièges aux femmes mariées, et finit toujours par les perdre. Le langage de ces séducteurs est plein de délicatesse, de beaux sentiments, et trouve facilement le chemin du cœur. Ces misérables donnent au plaisir la forme de l’amour; ils paraissent tendres ou passionnés lorsqu’ils ne sont que voluptueux ou sensuels ; ils affectent le sentiment lorsqu’ils ne pensent qu’aux jouissances matérielles. O femmes I évitez ces serpents, ils vous mordront, si vous les laissez approcher; fuyez-les, car leur morsure empoisonnée est toujours mortelle 1
Pour procéder avec ordre dans la grave question de l’adultère, il est essentiel d’établir deux grandes classes.
La première est basée sur la disproportion (1er ûges, dans l’union des sexes, et sur l’impuissance pby sique d’accomplir un acte que le mariage a pour but.
Si la femme n’est point considérée comme un être purement passif; si la nature lui a donné des désirs et des instincts comme à l’homme ; si, faisant partie du couple social, son premier devoir est de perpétuer sa race, pourquoi l’attacher à un individu dont l’infirme disgrâce la condamne à une nullité complète et la prive du bonheur d’être mère? De quel droit le vieillard, qui n’a de forces que pour désirer, viendrait-il, de son contact glacé, arrêter la sève qui fermente dans un cœur de jeune fille? Pourquoi flétrir de son souffle impur ces belles journées de printemps? glacer une vie pleine de chaudes inspirations et exiger une fidélité conjugale entière, absolue.... Pauvre jeune fille, quand bien même tu l’aurais juré, le ben du serment, la volonté du devoir, sont de fragiles remparts contre la nature, qui doit accomplir son
œuvre.
Ces sortes d’union ont quelque chose de révoltant ; u’est un vieux rhumatisant qui cherche à donner do la chair fraîche à ses membres tuméfiés, endoloris, dans l’espoir de les soulager d’une partie du venin ^ qui les corrode. C’est un riche sexagénaire qui achète une femme de vingt ans pour satisfaire sa luxure ; c’est la fille sans cœur se vendant pour briller dans le monde, et avoir des amants qui lui fassent oublier
les nauséabondes caresses de son vieil époux. La société les montre du doigt, et les lois se taisent !
La seconde classe comprend les adultères qui naissent dans les unions où l’âge est en rapport, soit parce que le mariage a été un mariage d’intérêt, sans conformité de caractères ; soit parce que des antipathies se sont plus tard développées au sein du couple, suite ordinaire d’inconduite ou de manque d’égards de l’un pour l’autre. L’indifférence arrive bientôt, l’ennui la suit immédiatement, et, pour peu qu’un grain de jalousie maussade, un geste de brutalité viennent remuer le feu qui couve sourdement, la guerre s’allume aussitôt, la discorde éclate, l’adultère est décidé. Lorsque les choses se passent ainsi, la résignation est un devoir ; le malheur est imminent, on devait s’y attendre... On aurait pu l’évite» .
L’homme est le plus souvent l’unique instrument de son malheur ; on le disait, il y a mille ans, on le dit encore aujourd’hui, et on le dira de même après nous. — Le peu de retenue des maris tend à effacer la modestie des femmes, et cette modestie naturelle au sexe n’est bientôt plus qu’un voile servant à cacher le vice contraire. C’est donc la mauvaise con^^ duite, la tyrannie de l’époux qui gâte la femme, et les ruses que celle-ci emploie naissent directement de la perfidie de l’homme. Observez bien le manège de deux époux qui se dérangent, et vous vous convaincrez de la vérité que nous avançons. — Dans les causes
ordinaires de séparations, on donne tort â la femme* mais, par le fait, c’est souvent le mari qui est la cause que sa femme a tort, La plupart des maris, par leurs impertinents soupçons et leurs brusqueries envers leurs femmes, sont enfin devenus ce qu’ils appréhendaient d’être. La vie d’un jaloux se passe à surprendre un secret qui doit empoisonner son bonheur, et, lorsqu’il l’a découvert, il crie, il se désespère,... Pauvres insensés, redevenez donc raisonnables, et vos femmes seront plus sages.
Mais lorsque l’adultère arrive dans une union que cimenta l’amour et l’estime , dans cette union où l’âge et les penchants se trouvent en harmonie , où le serment de fidélité fut mutuel et de bonne foi , où l’homme n’a donné à son épouse d’autre sujet de le tromper que son aveugle confiance; oh 1 l’adultère alors est une horrible profanation des lois du mariage. C’est un serpent qui se glisse dans les familles, mord aux jambes des époux, y dépose son âcre venin qui remonte au cœur pour y creuser un profond ulcère. Une morose tristesse survient, la méfiance assombrit le caractère, et la paternité est mise en doute. Dès lors, plus d’affections intimes, plus de joies intérieures; le lien des sympathies est brisé.... Si la fatalité veut que le chef de la famille surprenne sa femme en cas flagrant, il y a fureur, explosion violente, quelquefois meurtre, rarement sang-froid et résignation ; d autres fois, séparation publique avec
scandale, déshonneur, malentendu, suivi de moqueries amères; enfin, il est quelques époux qui prennent la vie en dégoût et marchent lentement au suicide
Telles sont les funestes conséquences de l’adultère, qui trouve toujours une excuse dans l’indissolubilité du mariage. Hélas ! hélas ! parce qu’une jeune fille, sacrifiée par son ambitieuse famille, sera devenue la proie d’un sexagénaire insensé, elle se verra forcée d’échanger son frais sourire d’enfant contre un sourire de vieillard? Parce que l’homme de trente ans a surpris le crime dans son lit et chassé l’adultère, il sera condamné à ne plus avoir d’enfants légitimes jusqu'à la mort de sa femme? Parce qu’un homme bon et confiant est trompé par une misérable, il doit être voué à la risée, aux sarcasmes de sots flâneurs? Dans ce dernier cas, le mariage n’est plus qu’un commerce orageux qui finit par une banqueroute, et c’est la personne à qui l’on fait banqueroute qui est dcsbonorée. Quelle perversion dans nos mœurs 1 Un homme serait arrêté comme voleur et à jamais dé^ho noré,s'il volait la bourse ou la montre de son ami; e il ne se fait aucun scrupule de lui ravir le cœur d sa femme, de faire entrer dans sa maison, au nombre des enfants légitimes, un enfant étranger, qui, plus tard, volera à ceux-ci une portion de leur patrimoine; et. loin de faire un crime de tout cela, on en rit ; l’époux volé devient le sujet d’amères plaisanteries 1...
— IGO
Eh ! ditcs-moi, qu'y a-t-il de commun entre le corps d’une femme, souille de caresses impudiques, et la tache qu’on est convenu de jeter au front de son époux? Non, l’honneur d’un père de famille n’est pas attaché aux flancs d’une courtisane. Depuis que l’adultère est à la mode, ce préjugé s’affaiblit; mais qui nous rendra le divorce pour arrêter la dissolution des mœurs conjugales et entourer le mariage d’égards et de respects ?
Répondez, femmes sémillantes et légères, si le divorce était au bout de chaque infidélité, pensez-vou qu’il calmerait tant soit peu cette soif brûlante de plaisirs défendus?Si en France, comme chez nos voisins d’outre-mer, on vous traînait, la corde au cou, sur le marché public, avec ce cri d’insulte et d’ignominie ; A lin shetling, la belle clame! Si l’on pouvait changer de femme comme Caton changeait sa sandale ; si l’on vous appliquait la loi de Moïse ou de Mahomet, ne pensez-vous pas que la crainte étoufferait bien des désirs, arrêterait bien des coupables amours, et que les devoirs conjugaux seraient mieux observés?
Répondez à votre tour; hommes à l’expression argileuse, à la voix rude et despotique ; hommes qui vous plaisez à tyranniser l’être faible, sans défense, si le divorce arrivait après chaque injure ; s’il surgissait de chaque geste brutal de chaque sévice, de chaque meurtrissure, répondez en agiriez-vous de la sorte?
Établissons en fait, que sur cent adultères, cinquante sont le résultat de la brutalité ou du manque d’égards, de l’indifférence ou de l’inconduite du mari; juarante-neuf sont dus, soit à la fréquentation des mauvaises sociétés, soit à des occasions fortuites, après une intimité dangereuse ; soit à la corruption par l’or, quand la vanité de la parure et du luxe domine la femme, et lorsque sa fortune n’est pas en rapport avec ses goûts de toilette. Enfin, un seul adultère est dû au libertinage ou à la passion érotique. La femme est généralement chaste de sa nature; elle n’éprouve point ces fougueux désirs de la chair qui poussent au libertinage et aux déportements ; son organisation est plus calme; car sa mission est de perpétuer l’espèce humaine et les nymphomanes sont inhabiles à la génération. Si l’on descend dans l’échelle animale, on voit toujours la femelle attendre les approches du mâle et ne jamais les provoquer. Ainsi l’a voulu la nature. La femme est üdèle à cet instinct. C’est presque toujours l’homme qui la séduit, la corrompt, la déshonore, hélas! et, après avoir tout aspiré, tout souillé, il l’abandonne comme une fleur qui a perdu son parfum.
Beaucoup de femmes cherchent a se venger de la jalousie brutale de leurs maris en se donnant à un autre. Après de longues journées de souffrances et de résignation, elles s’irritent tout à coup et font les réflexions. suivantes : « Pourquoi serais-je dévolue à un
être qui, au lieu d’estime et d’égards, n’a que de mauvais procédés pour moi; qui se trouve malheureux d’être lié à moi ; qui suit tous mes pas, observe, épie mes moindres mouvements; qui s’ effarouche d’un mot, d’un sourire adressé à un ami; enfin, d’un homme qui m’écrase de sa jalouse humeur, qui me souille et me flétrit de ses soupçons impurs? Oh ! il ne m’aim ^ pas , cet homme qui n'ouvre la bouche que pour me jeter un ordre, une défense ; qui, sans cesse, me fait sentir sa force et ma faiblesse; non, il ne m’aime point, car l’amour c’est l’égalité dans le couple et lui se dit le maître?. .. »
En effet, si l’homme s’arroge un pouvoir absolu, doit-il s’attendre à une affection, peut-il exiger un amour exempt de crainte et d’hypocrisie? L’esclave peut-elle aimer le maître comme elle aimerait un égal? Ensuite, dites-moi, je vous prie, de quel droit l’homme se proclamerait-il le souverain arbitre en toutes choses, le maître suprême à qui l’obéissanco jnassive est due? Est-ce par le droit de la force? Alors établissez que le portefaix doit commander à ceux que son poing peut terrasser; que le manant à J poitrine large et velue doit écraser le citadin de frôle ■; constitution ; érigez donc en roi le gars aux formes athlétiques. Qu’il en fût ainsi aux premiers âges de ( 1 humanité; que cela subsiste encore chez quelques hordes sauvages ; c’est possible : mais si notre époque, au contraire, est le règne de la force intellcc-
tuelle, si la femme n’est plus chose, et que notre société l’ait reconnue digne de jouir des bienfaits de la "civilisation, séparez-la donc de cet homme qui n’a, pour exiger son obéissance, que sa grosse voix et scs robustes épaules.
Et maintenant, hasardons quelques froides réflexions sur le serment de chasteté et de fidélité.
A't-on le droit de l’exiger, ce serment ; et l’homme et la femme auront-ils, plus tard, la force de le garder? Vous savez bien que les serments des hommes ne sont que vanité ; qu’il est aussi facile aux passions de les briser qu’au vent de rider une eau tranquille ; de plus, vous savez que le serment de fidélité, do chasteté, est un des plus fragiles.
Ensuite, pourquoi serait-il plutôt permis à l’homme qu’à la femme de s’affranchir du serment? N’est-il pas avéré que les jeunes époux mâles, en général, no se contentent point de leurs épouses ? elles ont beau être riches en perfections physiques et morales, ils no peuvent s’empêcher de convoiter d’autres femmes, le plus souvent moins attrayantes, et emploient, pour les séduire, tous les moyens possibles, sans aucun remords, sans aucune honte de l’oubli de leur devoir, sans crainte d’être abandonnés de leurs épouses. Et tout cela, parce que la loi les a enchaînés à vie, parce que l’institution du mariage n’est plus en rapport avec la marche active de la société où nous vivons.
Or, si la concupiscence, le désir excessif de nossé-
der les courues d’autrui qu’il a vus ou devinés, si l’attente d’un plaisir plus vif que celui que lui donne son épouse rend l’homme parjure, pourquoi la femme n’aurait-elle point les mêmes désirs; les mêmes besoins, les mêmes droits? Il y aurait donc injustice d’exiger pour les uns ce qu’on passerait aux autres.
Admettons que la femme, ne possédant point les excitants intérieurs, ressente moins que l’homme les fougues de la chair, par la raison physique que celuici cache des organes dont l’action va stimuler le cerveau ; admettons que la femme puisse rester plus longtemps sevrée de plaisirs amoureux ; mais admettons aussi que toute femme, belle ou laide, aimable ou gauche, facile ou sévère, possède toujours quelques charmes, soit apparents, soit cachés, qui trouveront des admirateurs, qui lui attireront des hommages et des adorations. Ainsi, l’homme tendrement empressé à se soumettre à ses moindres caprices, lui paraîtra d’autant plus séduisant et passionné, que non époux sera plus indifférent et plus maussade. Joignez à cela l’espèce d’abandon dans lequel languissent beaucoup de femmes; les absences prolongées du mari qui court à ses affaires ou à ses plaisirs, sa quinteuse ou jalouse humeur lorsqu’il rentre; si vous opposez les feux de l'amant aux glaces de l’époux, la gaucherie, souvent la brutalité de l’un à la tendre amabilité da l’autre, vous serez forcé d’avouer que, pour la femme, ces contrastas sont autant d’excitants à l’adultère.
Du reste, c’est un fait généralement reconnu : dès qu’un mari s’ennuie ou se dérange, sa maison devient celle qu’il fréquente le moins. La femme, offensée de celle conduite, rencontre dans le monde des hommes qui lui donnent raison et jettent le blâme sur le mari, pour s’insinuer dans le cœur de la femme, et aussitôt qu’ils y ont pris place, il est facile d’en prévoir les conséquences
Il est une autre cause d’adultère, et malheureusement plus fréquente qu’on ne le pense ; elle existe dans la vaniteuse conduite d’une classe d’individus, braves gens, bons époux, mais qui, par leurs goûts de luxe et de dépense, par leur désir de briller, s’habituent à une position sociale qui n’est point la leur. Ils aiment à fréquenter le monde, à accepter des invitations, à les rendre encore plus magnifiques ; ils mettent de l’amour - propre à ce qu’ils appellent bien recevoir, et sont glorieux des louanges qu'on leur prodigue. Ces braves maris no prévoient pas le résultat de celte funeste manie; ils ne font pas attention qu’ils ébranlent les vertus, sapent peu à peu la chasteté de leurs épouses, les corrompent et les livrent au monstre redouté. Examinons les conséquences de celte conduite.
Ils ont donné accès chez eux à de beaux messieurs, à de charmantes dames, dont souvent ils ignorent la moralité ; ils ont introduit des jeunes gens qui tous rivalisent de courtoises manières, et font leur appreu'’
tissage dans l’art de séduire. Les femmes, à leur tour, se prennent à aimer les tendres compliments, recherchent de louangeuses paroles ; elles mettent aussi de l’amour-propre à être l’objet de ces galanteries, et, pour se les attirer, mêlent dans leurs discours et leur toilette un grain de coquetterie. Rien jusque-là n’est troublé dans la famille, on vit heureux encore. Mais le jour bientôt arrive où les moyens pécuniaires ne permettent plus de mener le même train.
Le mari s’aperçoit qu’il a contracté des dettes sans savoir comment les acquitter. Il devient triste, boudeur, est sujet à des mouvements d’impatience ; ces dettes le tracassent, il en accuse sa femme, et lui fait supporter le poids de sa mauvaise humeur.
L’épouse, de son côté, lancée dans un genre de vie au-dessus de scs ressources, mais plein d’attraits pour elle, ne peut s’habituer à une vie plus modeste, et cherche à prévenir ou à diminuer le nombre des privations inséparables du désordre de leurs affaires. Dans l’un et l’autre cas, mauvais signe, pronostic fd-' choux pour tout observateur !
Enfin, le mari fait une dernière sottise, c’est do puiser dans la bourse d’un de ces amis officieux, ordinairement peu sincères. Alors, si l’épouse est jeune ou jolie, si elle plaît par quelque charme, l’ami s’ancre de plus en plus dans la maison, fait parade de son dévouement, redouble ses assiduités, donne des conseils au mari,, plaint l’épouse, devient son
confident, lui jette, en secret, de captieuses consola- • tions, et la pauvre femme, négligée de son époux, adorée d’un homme qu’elle voit tous les jours à ses pieds, faiblit sans y songer, hélas!.... et succombe.
A qui la faute? La croyez-vous donc fossile, votre femme, ou armée de la fabuleuse cuirasse de saint Antoine? Cessez donc devons piaidre, hommes injustes, et, au lieu de vous désoler, comme il arrive presque toujours, si vous aimez votre femme, gardez-la pour vous et ne la portez point aux autres. Messieurs les hommes, vous accusez incessamment les femmes de faiblesses et les condamnez, sans avoir égard aux circonstances atténuantes ; mais est-il équitable d’être, tout à la fois, dans cette cause, juges, témoins et parties? Appelez-en au jugement des femmes, et elles vous répondront par cet argument : Parmi les hommes, en existe- t-il beaucoup qui pussent résister aussi longtemps que les femmes aux artifices, aux embûches, aux pressantes sollicitations de l’amour? Lorsque les hommes aiment, ont-ils autant d’empire sur eux-mêmes qu’en ont les femmes pour cacher ou combattre leur amour? Quand l’homme se jette aux pieds de la femme en lui jurant d’être son esclave, et (jue celle-ci résiste à l’amour qu’elle ressent pour lui, lequel des deux est le plus faible? Et lorsqu’ell® sacrifie l’amour au devoir, n’est-elle pas la plus grande ? Cessez donc, messieurs les forts, d’accuser | la femme de faiblesse, car lorsque l’amour vous
étreint, vous vous montrez cent fois plus faibles.
N’importe sous quelle face on envisage l’adullèrc, il se montre comme le plus terrible ennemi qu’ait à redouter le mariage, comme le plus grand malheur qui puisse tomber sur une famille. Qu’il soit commis par l’homme ou par la femme, l’adultère est toujours un crime énorme dans ses conséquences, et qu’une bonne législation devrait, sinon effacer, du moins rendre de plus en plus rare en moralisant le mariage par le divorce.
Nous transcrirons ici le fameux mémoire d’un magistrat, concernant la nécessité du divorce. Ce mémoire, qu’on retrouve dans presque tous les ouvrages qui traitent de l’adultère et de la nécessité du divorce, est un argument des plus puissants contre l’indissolubilité.
« Un principal magistrat d’une ville de France a eu le malheur d’avoir une femme qui avait été débauchée avant son mariage, et qui, depuis, s’est couverte d’opprobre par des scandales publics ; il a eu la modération de se séparer d’elle sans éclat. Ce magistrat, âgé de trente-cinq ans, vigoureux, plein de sève, a besoin d’une femme : il est trop scrupuleux pour chercher à séduire l’épouse d’un autre ; il craint môme le commerce d’une fille ou d’une veuve qui lui servirait de concubine. Dans cet état inquiétant, voici les plaintes qu’il adresse aux lois et à l’Église :
« Mon épouse est criminelle, et c’est moi qu’on
punit. Une autre femme est Déoessaire à la consolation de ma vie, à ma vertu même, et la loi me la refuse ; elle me défend de me marier avec une honnête fille. Les lois du mariage, absurdement fondées sur le droit canon, me privent des droits de l’humanité, La loi me réduit à chercher ou des plaisirs qu’elle réprouve, oü des dédommagements honteux, qu’elle condamne ; elle veut me forcer à être criminel.
« Je jette les yeux sur tous les peuples de la terr<^, et je n’en vois pas un seul, excepté le peuple catholique romain, chez lequel le divorce et un nouveau mariage ne soient an droit naturel.
« Quel renversement de l’ordre a donc fait, chez les cathoüqueSp lîne vertu de souffrir l’adultère, et un devoir de manquer de femme quand on a été indignement outragé par la sienne?
« Pourquoi un lien pourri est-il indissoluble, malgré cet article du Code : Ce qui a été noué peut se dénouer. On me permet la séparation de corps et de biens et l’on ne me permet pas le divorce I La loi peut m’ôter ma femme et me défend d’en prendre une autre ! Je ne jouis plus du mariage et je suis marie! Quelles contradictions! Quel esclavage. »