DE LA CERTITUDE ET DE SON CRITERIUM
Sainte-Pélagie, 4° décembre 1854,
MoxsIEUR,
La question que vous me posez dans votre seconde lettre est on ne peut plus judicieuse ; et si je ne l’ai pas touchée d’abord, c’est qu’elle me semblait rentrer dans le cercle des preuves et justifications que j'aurai à fournir ultérieurement, non dans l'exposé général que je devais vous faire. Puisque vous le demandez, je ne puis plus me refuser à votre désir, et je vais tâcher de m'expliquer sur cette matière difficile, si je puis, clairement.
Le problème de la certitude est bien certainement du domaine de la philosophie : aussi la théorie du Progrès l’admet-elle, et seule à mon avis peut le résoudre d’une manière qui satisfasse. Mais autre chose est la certitude, et autre chose ce que les Grecs ont appelé xperñproy criterüum, de certitude. La certitude est, comme je viens de le dire, de droit rationnel et philosophique; le prétendu criterium n’est qu'une importation de la théologie, un préjugé de la foi religieuse dépourvu de sens dans les limites de la raison, et qui même, au point de vue du mouvement intellectuel, qui constitue la raison, est une hypothèse contradictoire, #
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Mais, direz-vous, comment concevoir une certitude sans criterium ? et si la certitude ne se peut concevoir sans criterium, comment, sans ce moyen de discernement et de garantie, la science est-elle possible? comment, en matière de certitude, la foi serait-elle plus avantagée que la raï- son? C’est justement le contraire qu’on a supposé de tout temps; c’est même en vertu de cette supposition que la philosophie existe, et s’oppose à la foi. La négation du criterium, en philosophie, est tout ce que l’on peut ima- giner de plus étrange...
J'espère, monsieur, que cette négation vous semblera tout à l’heure ce qu’il y à de plus naturel, et que vous y verrez avec moi, non plus la condamnation, mais la gloire de la science.
* Saint Paul l’a dit : La foi est l'argument des choses qui n'apparaissent point, c’est à dire qui sont dépourvues d’évidence ou de certitude intuitive, argumentum non apparentium. Or, les choses qui #’apparaissent point forment la majeure partie des objets dont s’occupe l’esprit et la conscience de l’homme : d’où il résulte, suivant l’Apôtre, que nous ne savons rien, ou presque rien, des choses de l’univers et de l'humanité, que par la foi. C’est ainsi que la foi
est devenue pour l'esprit humain un criterium.
Toutes les sociétés sont parties de là; et chose qui vous surprendra peut-être, c'est qu’à notre époque de discussion et de doute, la masse, et dans cette masse je comprends l’Université et l'État, n’a pas d’autre règle. Dans les questions douteuses, et Hontes les questions de pra- D à sont de cetteMnèce, l la plupart des hommes ne con-
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naissent que la foi. S'ils suivent la raison, c’est à leur insu ; car je le répète, ils ne conçoivent pas la raison sans un décret, la philosophie sans un criterium.
Expliquons cela.
Le chrétien croit que Jésus-Christ est le fils de Dieu, envoyé sur terre et né d’une vierge pour enseigner aux
hommes les vérités nécessaires à l’ordre politique, à a S0- |
ciété domestique, et au salut personnel.
Il croit que ce Christ à transmis ses pouvoirs : son Église, qu'il est avec elle en permanence par l'Esprit qu'il
lui communique, et qu’en vertu de cette révélation conti-
nue, l’Église règle, avec une autorité infaillible, le culte et
les mœurs.
Muni de cette foi, le chrétien possède, ou croit posséder, pour toutes les questions, non seulement de théologie, mais de politique et de morale qui ne relèvent pas directement du sens commun, un instrument de contrôle qui le dispense de réfléchir et même de penser, et dont l’usage est on ne peut plus facile. Il ne s’agit que de comparer les questions controversées, soit avec les paroles du Christ rapportées dans les Évangiles, soit avec l'interprétation ecclésiastique, dont la valeur pour le chrétien est égale.
Toute proposition que confirme l'Évangile ou qu’ approuve l'Église est vraie ;
Toute proposition que dément l'Évangile ou que condamne l’Église est fausse:
Toute. proposition sur laquelle ne se prononcent ni
JÉvangile ni l’Église est indifférente.
La parole messiaque et la définition canonique, voilà, pour le chrétien, la vérité absolue, de laquelle toute autre vérité émane. Voilà, par conséquent, le criterium. | ILest évident qu’un pareil procédé judiciaire n’est autre
| chose que la tyrannie des intelligences. Aussi tous les gouvernements, constitués sur le type divin de l'Église, se ni
sont-ils empressés de limiter. Mais la raison proteste : Cela est dur, disaient en présence de Jésus-Christ même les apôtres, Durus est hic sermo! Car enfin, l'Évangile n’a pas tout dit, tout prévu; quant à l’Église, elle a tant de fois et si scandaleusement failli! Et que serait-ce, si je montrais tout à l’heure que le soi-disant criterium n’a ja- mais servi à discerner une vérité, à rendre un seul jugcment!
Toutefois, au lieu de révoquer en doute le Citron chrétien, on à pensé d’abord à le rendre plus universel et plus exact. Corriger le criterium de la vérité, cela pouvait passer pour une bonne folie : mais quoi! il n’y avait pas moyen de faire autrement. Aussi bien ne voyait-on pas plus de difficulté à la chose qu’à une rectification des poids et mesures. |
: Donc, suivant la Réforme, le Christ est Dieu, ou à peu près; son enseignement est souverain, et comme criterium, dans les questions auxquelles il peut s'appliquer immédiatement, infaillible. Quant à l’exégèse épiscopale et à l’autcrité des conciles et du pape, la Réforme les rejette l’une et l’autre, comme étroites, partiales, sujettes à précipitation, contradiction. Au lieu et place de l’Église, tout fidèle est investi du droit de lire par lui-même le texte sacré et d’en rechercher le sens. En autres termes, le criterium évangélique, dont l’Église romaine avait seule | autrefois le droit de se servir, a été remis aux mains de chaque baptisé : tel a été le résultat de la Réforme. | .. M. de Lamennais, dans son Æssai sur l'indifférence en.
matière de religion, s'y est pris d’une autre manière. Sui- | vant ce Croyant, Dieu s’est révélé de tout temps à l’humanité, non seulement par les patriarches, les prêtres et les prophètes de l’ancien Testament, non seulement par Jésus. et son Église, mais par tous les fondateurs de religion, Zo-. roastre, Hermès, Orphée, Bouddha, Confucius, etc. Tout
ce que l'Humanité possède d’idées morales et religieuses lui vient de cette permanente et unique révélation. Comme les États de l’Europe moderne sont le produit du christianisme, plus ou moins accommodé aux circonstances et aux races, de même les États de l'antiquité furent le produit de la religion primitive, professée par Adam, Noé, Melchisédech, etc. Au fond, les législations, comme les
cultes, sont identiques : tout repose sur une communica-
tion originelle de la Divinité. Qu'on fasse l'inventaire des institutions politiques et religieuses de tous les peuples, et, en dégageant le fond de la forme, on obtiendra un code de formules parfaitement homogène, que l’on peut regarder comme la sagesse révélée d’en HU et qui est le criterium du genre humain.
Évidemment cette façon d'envisager le christianisme Pamoindrit, en ce sens qu’elle le fait rentrer dans le système général des manifestations religieuses, et l’oblige à fraterniser avec tous ces cultes auxquels il a si longtemps jeté l’anathème. Mais on peut dire aussi qu’elle le grandit de tout ce qu’elle lui fait perdre, en lui créant une catholicité plus large que celle qu’avaient conçue les premiers chrétiens. Aussi les cultes sont-ils généralement regardés comme solidaires ; leur cause est maintenant commune, et M. Edgard Quinet, en écrivant le Génie des religions, à posé nettement le principe de la religiosité moderne. L'université est d'accord en principe avec les jésuites, et le pape peut tendre la main au sultan et au grand lama. La grande réconciliation est accomplie, la foi est une comme le Verbe, et la république universelle a trouvé son criterium.
J'ai peur cependant que ce christianisme de poètes et d’archéologues n’ait abouti qu’à une mystification, et qu’à force de généraliser le criterium, ils ne l’aient perdu.
La Réforme disait : Tous les fidèles reçoivent, par le
te
baptême et la cène, le Saint-Esprit; tous par conséquent sont interprètes de la parole du Christ : la définition canonique est inutile.
MM. de Lamennais, E. Quinet, Mazzini et les autres, ajoutent : Tous les peuples ont reçu, par leurs initiations particulières, le Saint-Esprit; tous les cultes par conséquent sont des versions de l'Évangile, et l'autorité de ces versions réunies prime celle de l’Église de Rome.
D'un côté comme de l’autre, dès qu’on récuse l’autorité spéciale, pour mettre à sa place soit le sentiment particulier, soit, ce qui revient au même, le témoignage universel; n’est-ce pas rompre le lien de la foi, et faire appel à la raison? Nous pensions avoir assuré notre criterium : 1l s’est évanoul. :‘*#""°
Puis donc que nous sommes forcés d’en revenir à la raison, voyons ce qu'elle propose. A-t-elle aussi son criterium ?
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Rien de nouveau sous le soleil! De bonne heure la raïson, sous le nom de science, connaissance, emiornun, yo, ou sous celui plus modeste de philosophie, aspiration à la science, s’est opposée à la foi et a prétendu à la possession de la vérité, non plus sur la parole d’un truchement, fides ex auditu, mais par une contemplation directe et pour ainsi dire face à face, sicuti est facie ad faciem. Voir la vérité en soi, sur la seule garantie de ses yeux et de sa raison, C’est évidemment écarter la supposition d’un ceritère : je m'étonne que la philosophie n’ait pas su comprendre cet apologue. Telle fut pourtant la pensée de cette multitude de religionnaires, contemporains de Jésus
et des apôtres, qui, sous le nom général de gnostiques, connaisseurs, tinrent tête à l’Église pendant plus de six siècles, et ne disparurent tout à fait qu'aux approches de la Réforme.
Le gnosticisme, je n’en fais aucun doute, aurait bientôt étouffé le christianisme, et serait devenu la religion universelle, s’il s'était montré plus fidèle à son titre, s’il avait été plus pratique, plus empirique, et moins illuminé. Mais cette prétendue guose était cent fois plus compliquée, plus mystérieuse, plus hyperphysique que la foi naissante qu’elle dédaignait : à telle enseigne que Paul, le docteur par excellence de la foi, l’homme du criterium transcendantal, traitait dans ses épîtres les sublimités de la gnose de contes de vieille femme, et la criblait de ses sarcasmes. Le sens commun, hélas! est ce qui arrive en dernier lieu dans l'esprit humain : et tel qui se croit savant parce qu’il proteste contre un certain degré de superstition, n’est luimême qu’un superstitieux d’une espèce plus maligne et plus incurable. Le gnosticisme, qui ne fut en son temps qu’une tentative de fusion religieuse, analogue à celle qu’on vouürait opérer de nos jours, fut donc vaincu, bien plus par sa contradiction intime que par la supériorité réelle de son adversaire. Ces hommes qui avaient la prétention d’une connaissance directe furent convaincus de ne connaître que les chimères de leur cerveau; et plus que jamais on réclama un préservatif contre les illusions de l’encéphale. Grâce à eux, la science a été ajournée de quinze siècles : elle le serait à tout jamais, s’il dépendait des modernes théosophes.
C’est avec Bacon et la Renaissance que s’est formée, en dehors du surnaturalisme et de l’absolu, la science expérimentale, positive et certaine, j'ose dire encore, la science sans criterium. Je vais d’abord rendre raison de cet
apparent paradoxe : nous verrons ensuite comment, à 8 LS
l'exemple des Grecs, les modernes ont pu remettre en question la certitude du savoir, et comment leur esprit, incomplétement purgé de ses notions théologiques, est retombé dans la critériomanie des anciens.
Tout ce qui existe, ai-je dit dans ma première lettre, est nécessairement en évolution ; tout coule, tout change, se modifie, se transforme sans cesse : le mouvement est la condition essentielle, je dirais presque la matière de l'être et de la pensée. Il n’y a rien de fixe, de stable, d’absolu, d’invincible, que la Lor même du mouvement, c’est à dire, les rapports de poids, de nombre, de mesure, suivant lesquels toute existence apparaît et s'effectue. Ici, la philosophie du progrès absorbe celle de Pythagore, lui donne. son rang et son caractère.
Ainsi, l'intégralité de l’existence est identique et adéquate à l'intégralité de la série ou évolution. Par exemple, l'intégralité de l’existence animale est dans la période qui comprend depuis la conception jusqu’à la mort : l'être vivant, à un moment quelconque de cette période, n’est qu’une fraction de lui-même. Il suit de là que toute actualité ne représentant jamais qu’un moment de l’évolution, un terme de la série, en un mot une fraction ou approximation de l'existence, ne traduisant qu’incomplétement la loi, est imparfaite, invraile.
La loi en soi est donc certaine, et nous pouvons en avoir une idée exacte par l’observation successive des manifestations partielles qui la révèlent. Mais rien de sensible, rien de présent; de réel, ne saurait la représenter jamais : une telle réalisation, à une heure donnée, est contradictoire. Il n’y à donc pas d’exemplaire possible du mouvement, pas de copie exacte et authentique : l’archétype, comme disait Platon, n’est et ne sera jamais qu’une idée ; aucune puissance ne saurait nous en procurer d’étalon.
S'il en est ainsi de l’existence considérée dans sa pléni
tude, si la réalité n'existe que fractionnellement dans les relations et dans les choses, il s’ensuit :
Que nous pouvons bien connaître la Z0i de nos pensées, la règle de nos actions, le système de nos évolutions, la marche de nos institutions et de nos mœurs ; nous conformer de notre mieux, dans l'exercice de notre liberté, à cette Zoi, à cette règle, à ce système, à cette marche providentielle; que nous pouvons enfin, dans la pratique de la vie, rendre des jugements égwilables, mais que nous ne pouvons jamais rendre des jugements Jusres. Dieu luimême ne le pourrait pas. Sa raison, de même que la nôtre, ne prononce avec justesse que sur l’ensemble, jamais sur le détail : à cette condition seulement on peut dire, avec le psalmiste, que les jugements divins sont absolus, justicata in semelipsa.
Rendons cela plus sensible par des exemples.
L'idée de valeur est élémentaire en économie : tout le monde sait ce qu’on entend par là. Rien de moins arbitraire que cette idée, c’est le rapport comparatif des produits qui, à chaque moment de la vie sociale, composent la richesse. La valeur, en un mot, indique une proportion.
Or, une proportion est quelque chose de mathématique, d’exact, d’idéal, quelque chose qui, par sa haute intelligibilité, exclut le caprice et la fortune. Il y a donc, au dessus de l’offre et de la demande, une {oi de comparaison des valeurs, partant une règle d'évaluation des produits.
Mais cette loi ou règle est une idée pure, dont il est impossible à aucun moment, et pour aucun objet, d’avoir l'application précise, l’étalon exact et vrai. Les produits varient sans cesse en quantité et en qualité; le capital dans la production et les frais qu’elle coûte varient également. La proportion ne reste pas la même deux instants de suite : un criterium ou étalon des valeurs est donc impossible. La pièce d'argent, du poids de cinq grammes,
que nous appelons franc, n’est pas le franc en cè sens que le franc est l’unité fixe des valeurs : ce n’est qu’un produit comme un autre, qui dans son poids de cinq grammes aux neuf dixièmes d'argent et un dixième d’alliage, vaut tantôt plus, tantôt moins que le franc, sans que nous puissions jamais avoir au juste quelle est sa différence d’avec le franc.
Sur quoi donc repose le commerce, puisqu'il est avéré que l'étalon des valeurs manquant, bien que la loi de proportionnalité soit rigoureuse, l'échange n’est jamais égal? C’est ici que la liberté vient au secours de la raison, et supplée à la certitude. Le commerce repose sur une con-
vention dont le principe est que les parties, après avoir
cherché inutilement le rapport exact des objets échangés, tombent d'accord de lui donner une expression réputée exacte, pourvu qu’elle ne dépasse pas les limites d’une certaine tolérance. Cette expression conventionnelle est ce qu’on appelle le prix.
Ainsi, dans l’ordre des idées économiques, la vérité est dans la loi, elle n’est pas dans les transactions. Il y à certitude pour la théorie, il n’y a pas de criterium pour la pratique. Il n’y aurait pas même de pratique, et la société serait impossible, si, en l’absence d’un criterium antérieur et supérieur à elle, la liberté humaine ne trouvait moyen d’y suppléer par le contrat. |
De l’économie, passons à la morale. La justice, selon le droit romain, consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû,
SUUM Cuique. Je m’en tiens à cette définition, pour éviter
toute dispute.
La loi de justice est absolue : c’est sur elle que repose le droit civil, écrit ou usager, des peuples. Personne ne s’est jamais inscrit en faux contre cette Loi : en revanche, le monde retentit de plaintes contre ses applications. Où äonc est le criterium? J’ai observé dans ma première
lettre que la maxime, Faites aux autres comme vous voulez qu'il vous soit fait, n’est pas un instrument d'appréciation exact, puisqu'il faudrait pour cela savoir ce que nous devons désirer légitimement qu'on nous fasse. La formule économique que le socialisme substitue à cet ancien adage, A chacun suivant sa capacité, à chaque capacité suivant son produit, est plus sûre, puisqu'elle pose à la fois le droit et le devoir, le bienfait et sa condition. Mais ce n’est pas plus un criterium que l’autre, puisque, d’après ce qui vient d’être dit sur la valeur, nous ne savons jamais au juste ce que vaut une chose, ce que mérite un homme.
Je respecte profondément la propriété, comme je respecte toute institution, toute religion. Maïs ceux qui accusent le socialisme de la vouloir abolir, et qui ont pris le soin assez inutile de la défendre, seraient fort embarrassés de dire à quoi ils reconnaissent, avec certitude, qu’une telle chose est la propriété d’un tel, et qu’il n’y a pas dans cette chose un droit étranger. Quel est en un mot le criterium de la propriété? $i quelque part la révélation a dû
intervenir dans les jugements humains, à coup sûr, c’est ‘pour ce qui concerne la propriété. Combien nous doit-il revenir à chacun de terre et de meubles? Il me semble qu’à cette question les gros yeux de nos conservateurs se troublent, et que leur face égoïste se décompose.
Est-ce la conquête, la prime-occupation, qui fait la propriété ? — J’observe que force ne fait pas la loi, et qu’à la première occasion je saurai, sans autre forme de proces, prendre ma revanche. te
Est-ce l'institution de l'État? — Je réponds que ce que” l'État a fait, l'État peut le défaire; et comme J'ai le plus grand intérôté à la chose, je vais tâcher de me rendre maître ide l’État.
Est-ce le travail ? — Je demande quel doit être le salaire \du travail? si chacun à travaillé ? si ceux qui ont travaillé
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wi 04 PHILOSOPHIE DU PROGRÈS,
ont reçu ce qui leur revenait, cyique suum, ni plus ni moins ?... |
Des philosophes qui se croient profonds, et qui ne sont qu'impertinents, s’imaginent qu'ils ont trouvé une fin de non-recevoir contre le principe d'égalité, qui fait le fond de la critique antipropriétaire. Ils disent qu'il n’y a pas deux choses égales dans tout l’univers. — Soit. Admettons qu'il n'y ait pas dans le monde deux choses égales : du moins on ne niera pas que toutes choses ne soient en ÉQUILIBRE, puisque, sans équilibre, comme sans mouvement, il n'y à pas d'existence. Quel est donc l’équilibre des fortunes ? Quels en sont les minima et les maxima? Quel rapport entre les minima et maxima de la fortune, et les minima et maxima de la capacité? Qu'on veuille bien me le dire : parce que sans cela tout redevient usurpation, et le plus ignorant, le plus incapable des humains a le droit d’être aussi bien traité que le plus savant et le plus vaillant, ne füt-ce qu’à titre d’indemnité de sa faiblesse et de son ignorance.
Évidemment, il n’y a pas de criterium de la propriété, ni pour la mesure, ni pour l’acquisition, ni pour la transmission, ni pour la jouissance. Aussi, chose à noter, de cette absence d’un criterium pour la juste appropriation des biens, l’auteur de l'Évangile a conclu, après Lycurgue, Pythagore, Platon, à la communauté, l'antiquité tout entière à l'esclavage, et l’économie malthusienne au salariat.
Que dit maintenant la science nouvelle, la théorie du Progrès, sur la propriété?
Elle dit que la propriété, comme le prix des choses, est originairement le produit d’un contrat, que ce contrat est. déterminé par la nécessité du travail, de même que la convention qui fixe le prix des choses est déterminée par la
nécessité de l’échange; mais que, de même qu’avec le temps et la concurrence le prix de chaque chose se rap-
j SO MD CM Le 2 PHILOSOPHIE DU PROGRÈS. 95
proche de plus en plus de la valeur vraie, de même avec le
temps et le crédit la propriété tend à se rapprocher de plus en plus de l'égalité. Seulement, tandis que le prix des marchandises, ou la juste rémunération du travailleur, parvient à son taux normal en une période généralement assez courte, la propriété n'arrive à son équilibre qu’en un temps beaucoup plus long : à peu près comme si l’on comparait le mouvement annuel de la terre à la révolution des é équinoxes.
Ici donc, je le répète, il existe une règle pour le législateur ; il n’y à pas de criterium pour le juge. Tandis que la Justice éternelle accomplit lentement son œuvre, la jurisprudence est forcée d'obéir à la coutume, à la religion du contrat.
Les sciences naturelles offrent des exemples de cette distinction entre la Zoë des choses et leur réalisation : la première absolue et immuable ; la seconde essentiellement mobile, approximative et invraie. Ainsi c’est une loi que les astres pèsent les uns sur les autres en raison directe de leurs masses et inverse du carré de leurs distances; qu'ils balaient des aires proportionnelles aux temps, etc. Mais ces lois, que nous ne pouvons saisir qu’en embrassant par la pensée d'immenses et nombreuses révolutions, sont à peu près tout ce qu’il y a de vrai dans l'existence des mondes; quant aux phénomènes, ils sont ce que l’on peut imaginer de plus irrégulier. Il est de fait, par exemple, que les cercles sidéraux ne sont pas ronds; qu'ils ne sont pas non plus ovales; bien plus, que leurs >ourbes tremblées ne rentrent pas sur elles-mêmes, etc. Où tendent-elles, en définitive? Nul ne le sait. L'armée céleste roule dans un espace sans bornes, sans présenter jamais deux fois de suite les mêmes positions. Faut-il en conclure que la géométrie et l’arithmétique, par lesquelles nous calculons ces mouvements, sont fausses, et la science il-
lustrée par Newton, Laplace, Herschel, une chimère? Non. Toutes ces variations du mode éternel prouvent une chose, savoir, que la certitude n’est pas dans le phénomène, qui considéré à part n’est rien de plus qu’un accident, mais dans la série ou évolution, qui seule est Zoi.
Mais restons dans les choses de l’humanité, car c’est là surtout que la question de la certitude prend toute sa gravité, et nous intéresse.
J’ai dit que l’idée d’un criterium de certitude était une importation de la théologie dans le domaine philosophique; j'ai prouvé, quant à l’économie et à la morale, que ce prétendu criterium était sans application possible. Chose plus curieuse encore, il est impuissant dans l’ordre même des idées qui l’ont produit et pour lesquelles il a été inventé, la religion. La religion, comme la justice et l’économie, est soumise à la loi de Progrès; par cette raison, elle n’a pas non plus de criterium, en sorte que la foi, cette raison des choses non apparentes, ou se résout dans l’aliénation mentale, ou rentre dans la dialectique.
Le christianisme existait-il en Jésus? Ce n’est pas au chrétien que j'adresse cette question, c’est au philosophe. Bxistait-il en saint Paul, en Augustin, en Photius, en Thomas, en Bossuet? Existe-t-il en Pie IX, en Nicolas ou en Victoria ?
Le christianisme serait tronqué, si on le réduisait à une profession de foi quelconque. Les anciens n’ont pas su tout ce qu'admettent les modernes; les modernes, de leur côté, n’ont pas retenu tout ce qu'’admettaient les anciens. A aucune époque non plus, le formulaire n’a été pour tous les contemporains le même. Suivant le Christ et les apôtres, le royaume de l'Évangile n’est pas de ce monde; suivant Hildebrand et les ultramontains, le pape, élevé au dessus de toute puissance, est le maître du monde; suivant les grecs et les anglicans, le chef naturel de l'Église est le
chef de l'État. Toutes ces oppositions peuvent également se justifier par la tradition, par l’Écriture, et par le système général des religions; et il ne serait pas difficile de montrer que la différence des opinions sur l'indépendance ou la subordination du temporel en entraîne une semblable dans le dogme. À qui croire, du Christ parlant pour lui-même, ou de l’Église affirmant sa suprématie? des gallicans qui séparent les deux pouvoirs, ou des russes et anglicans qui les réunissent? Tout cela est également du christianisme, et tout cela est en parfaite contradiction. Que devient le criterium ?
La théorie du Progrès peut seule donner une explication raisonnable des variations de la foi chrétienne, maïs c’est à la condition de lui faire perdre son caractère d’Absolu. Elle considère le christianisme comme un courant d’opinions, que l’on voit se former dès le temps d'Alexandre par toute la Grèce et l'Orient ; qui grossit, et se complique d’une multitude d’affluents, d’Auguste à Théodose; qui se divise ensuite à Photius; qui, sous le nom de catholicisme, semble parvenu à son apogée, de Grégoire VII à Boniface VIIT; qui se subdivise de nouveau à Luther; qui enfin, tandis qu’effrayé de la conscience de son propre mouvement il essaie de se fixer à Trente, et se tue comme catholicisme par la négation de son inévitable mobilité, va s’éparpiller et se perdre, comme protestantisme, dans les sables de la démocratie américaine.
Savoir le christianisme, ce n’est pas affirmer tel ou tel système de dogmes plus ou moins harmoniquement combinés et visant à l’immobilisme; c’est avoir parcouru et visité le fleuve chrétien, d’abord dans ses sources orientales, juives, égyptiennes, grecques, latines, germaniques, slaves ; puis dans son cours tumultueux et si souvent divisé, et finalement dans les ramifications innombrables où il perd peu à peu son caractère et disparaît. |
La religion, comme l’État, comme toutes les institutions humaines, se manifeste en une suite de termes essentiellement opposés et contradictoires : c’est par là seulement qu'elle est intelligible. Son vrai criterium, ce sont ses variations. Quand Bossuet accusait l'instabilité du dogme dans les Églises réformées, et revendiquait pour la sienne une constance de foi qui d’ailleurs n'existe pas, il faisait, sans le savoir, l’apologie de ses adversaires, et prononçait la condamnation du catholicisme.
La religion est comme la parole. Rien de plus mobile, de plus varié, de plus fugitif que le verbe humain, et cependant le langage est un dans son essence, et les lois du langage, bien plus que les formules du droit et les définitions de la théologie, sont l’expression même de la raison. Ici, comme partout, l’absolu est une idée pure, tandis que l'accident est la réalité même. Direz-vous que la parole n’est qu’un vain son, la grammaire une folie, la poésie un rêve, parce que la langue universelle n’est et ne peut être qu’une abstraction?
Toute vérité est dans l’histoire, comme toute existence est dans le mouvement et la série; conséquemment toute formule, philosophique ou législative, n’a et ne peut avoir qu’une valeur de transition. L’oubli de cette maxime est la source féconde de nos aberrations et de nos malheurs.
Cicéron regardait le consentement universe! comme le plus haut degré de la certitude morale, et tous nos traités de philosophie le citent encore comme la preuve la plus explicite de l'existence de Dieu. Mais il est clair, par tout ce qui vient d’être dit, que le consentement universel n’a de valeur que si on le prend dans la succession de ses témoignages : hors de là, ce n’est plus que contradiction et mensonge. Considéré à un moment quelconque de ses manifestations, le consentement universel perd son nom; il
devient syfrage universel, la fantaisie du moment érigée en absolu.
Voulez-vous donc que le Rifrage universel, qui forme en ce moment la base de notre droit public, acquière toute l'autorité dont il à besoin? Il ne s’agit point de l’abolir : le peuple a goûté de ce fruit défendu; il faut, pour son absolution ou sa condamnation, qu’il s’en repaisse jusqu’à la fin. Abandonnez vos systèmes de votation électorale, tous plus absurdes les uns que les autres, et qui ne peuvent enfanter que la tyrannie du grand nombre ou son abdication. Faites le suffrage universel à l’image du consentement universel. Considérez cette masse que vous allez interroger comme une représentation de tous les âges de l’Humanité. Il y a des journaliers, des domestiques, des salariés, multitude pauvre et ignorante, que sa misère sollicite sans cesse au crime, et qui vous figure les générations primitives ; au dessus de cette multitude, une classe moyenne, composée de laboureurs, d'artisans, de marchands, et dont les mœurs, les opinions, la fortune, expriment assez bien le second degré de civilisation ; enfin, une élite, formée de magistrats, de fonctionnaires, de professeurs, d'écrivains, d'artistes, qui marque le degré le plus avancé de l’espèce. Demandez à ces intérêts divers, à ces instincts à demi barbares, à ces habitudes tenaces, à ces aspirations si hautes, leur pensée intime; classez tous les vœux suivant la progression naturelle des groupes ; puis vous en dégagerez une formule d'ensemble qui, embrassant les termes contraires, exprimant la tendance générale, et
n’étant la volonté de personne, sera le contrat social, sera la loi. C’est ainsi qu'a marché la civilisation ne à l'insu des législateurs et des hommes d’ État, sous le cou- \vert des oppositions, des révolutions et des guerres.
Je crois, monsieur, vous avoir suffisamment démontré que le criterium de certitude est une idée antiphilosophi-
| à , UNE RTE OM es 100 PHILOSOPHIE DU PROGRÈS.
que, empruntée à la théologie, et dont la supposition est destructive de la certitude même. Non seulement la métaphysique, la politique, la législation, l’économie, l’histoire, toutes les sciences, répugnent à cette idée : la religion même qui l’enfante devient par elle inexplicable. Cette proposition m'a paru assez neuve pour mériter quelque développement : j'arrive maintenant au fond de la difficulté. L |
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A l'exemple des Grecs, la philosophie moderne demande: d’abord, à quoi nous reconnaissons ce que l’entendement appelle Loi, et qui est inaccessible aux sens ; — en second lieu, si ces prétendues lois, que nous supposons régir les êtres, ne seraient pas simplement l'effet de notre activité intellectuelle, en autres termes , une application involontaire que nous ferions aux phénomènes des formes de notre raison : — enfin, si nous sommes sûrs de la réalité des objets, et si l'opinion que nous avons de leur existence est autre chose qu’une foi subjective. C’est là le doute transcendant, en preuve duquel on cite les propositions contradictoires de la métaphysique, et que M. Jouffroy entre autres a déclaré invincible.
Ma réponse sera brève, attendu qu’elle est faite d'avance, et qu’elle a l'espoir d’être aussi claire que décisive.
Sur le premier point, savoir à quel signe on reconnaît l’idée générale ou la loi, je réponds qu’on la reconnaît à l'unité de la diversité, à ce qui constitue la série, le genre, l'espèce, en un mot le groupe. C’est comme la connaissance des choses elles-mêmes, une simple intuition. De-
manderez-vous après cela comment l'esprit aperçoit l'unité? Cela revient à demander comment il y à quelque chose ou quelqu'un qui voit et qui pense. À cette question Je ne réponds pas plus qu’à cette autre : Comment existet-1l quelque chose ? La pensée, soit la faculté de découvrir et d'exprimer l’unité diversifiée, voilà le fait primitif, antérieur, immédiatement donné, par conséquent inexplicable, de la science et de l’univers. Otez la faculté d’apercevoir l'unité, il n’y a plus de pensée, plus de conscience, plus d'existence, plus rien. Je suis, je pense, je possède l'unité ; ou bien, en faisant abstraction de cette personna- Tité grammaticale, qui n’est elle-même qu’un accident, quelque chose est, quelque chose pense, quelque chose est un : toutes ces propositions sont pour moi identiques. Elles signifient que la condition essentielle de ma pensée est de voir la loi, de ne voir que cela. Cette perception, je ne la prouve point, je l’affirme avec Descartes, avec Malebranche : comme je ne pense qu’en vertu de ma faculté d’apercevoir l’unité, d’une part je découvre partout l'unité, de l’autre je vois tout dans l’unité.
Sur le second point, c’est à dire, si l’unité ou la loi que découvre ina pensée, qui par conséquent devient aussitôt loi ou forme de ma pensée, est un produit de ma pensée, ou si elle est en même temps loi des choses; si par conséquent, troisième point, elle implique l’existence, extérieure à ma pensée, de ce que j’appells choses; je réponds que cette double question n’en est pas une pour moi, et qu’elle ne peut être adressée qu’à celui qui, n’admettant pas l’idée synthétique du mouvement comme base de l’ontologie et de la logique, part de la distinction des substances, et des divers degrés de l'être fait autant d’êtres différents.
En effet, s'il est vrai, comme je crois l'avoir prouvé, que le dualisme ontologique soit le résultat de l'analyse de
ré
l’idée de mouvement et de la réalisation subséquente des concepts donnés par cette analyse, toutes les objections tirées de la distinction du oi et du x0n-moi tombent avec cette distinction elle-même (1). L’être, à son plus haut dégré d'existence, est tout à la fois moi et non-moi : il peut dire indifféremment, parlant de soi comme des autres, je, tu, il, nous, vous, ils. Ce qui établit en lui l'identité et l’adéquateté des personnes, au singulier, au duel et au pluriel, est précisément leur conjugaison.
De même que Descartes ne peut douter s’il pense, et que le doute élevé sur sa pensée serait illégitime; de
(1) Si penser et peser sont anonymes, comme l’étymologie le prouve, l'abîme que l’ancienne ontologie avait creusé entre l’esprit et la matière est comblé; les vibrations de l’éther peuvent transmettre les impressions du cerveau; la conscience n’est plus qu’un foyer de mouvemerts, auxquels les corps les plus bruts peuvent faire écho. Par cela seul que je pense, je me meus; par cela seul que mon cerveau conçoit l’idée d’un mouvement, il l’exécute; et les muscles qui en reçoivent le contre-coup par les nerfs, tendent à l’exécuter à leur tour. Ils l’exécuteraient sans doute, si une pensée en sens contraire ne venait suspendre leur action, et faire mourir, à l'extrémité nerveuse, la première m pulsion. Que deux, trois, ou un plus grand nombre de sujets pensants se mettent en rapport par un conducteur quelconque, qu’un mot soit jeté au milieu d’eux, et il se produira, à leur insu, une commotion générale, traduisible en idées, et dont la spontanéité fera croire aux personnes superstitieuses à la présence d’un démon familier, d’une âme défunte. La carrière serait-elle rouverte, pour cela, aux devins et aux hécromans? Gardons-nous de le croire. La nature, par ses harmonies, par la constance de ses lois, par la fixité de ses types, nous apprend assez à nous moquer des prodiges et de monstres; et c’est le signe
d’un grand abaissement des intelligences, préludes des grandes catas- = trophes, quand les peuples, incapables du labeur scientifique, se mettent à délaisser la raison et la nature pour courir après les évocations
ot les miracles,
même, et re forte raison, je ne puis douter si je me meus, puisque la pensée n’est qu'une forme du mouvement : sur celui-ci, comme sur celle-là, et bien plus encore que sur celle-là, le doute est contradictoire et illégitime (1).
Or, qui dit mouvement dit série, unité diversifiée, groupe, par conséquent moi et non-moi, je et tu, nous et eux, etc., à l’infini. La révélation que j’ai de moi implique nécessairement celle que j'ai des autres et vice-versé, ou plutôt ces deux révélations n’en font qu’une : d’où il résulte que les lois de la pensée sont en même temps et nécessairement les lois des choses : le contraire serait une contradiction.
Au reste, cette identité décisive du moi et du non-moi, si pénible à établir dans la sphère des idées pures, sera prouvée directement et empiriquement par la physiologie de l’homme collectif, par la démonstration de ses facultés, de ses idées et de ses opérations.
Lorsqu'on aura vu comment, dans l’espèce humaine, l'individu et la société, indivisiblement unis, forment cependant deux êtres distincts, tous deux pensants, agissant et progressifs ; comment le premier reçoit une partie de ses idées du second, et exerce à son tour une influence sur lui; comment ensuite les rapports économiques, produits de l'analyse individuelle, et contradictoires entre
(1) Zénon d’Élée niait le mouvement, et prétendait justifier sa négation par un raisonnement mathématique, fondé sur le principe de la divisibilité de l'espace à l'infini. Mais il est évident : 1° que la démonstration de Zénon n’est elle-même qu’un mouvement de son esprit, ce qui implique contradiction ; 2° qu’elle repose, comme l’idée de l’espace parcouru, sur une analyse du mouvement, ce qui est une autre contra-
diction ; 3° qu'en poussant la division à l'infini, il faut une réfrogra-
dation à l'infini, ce qui est une troisième contradiction.
eux tant qu’on les considère dans les personnes, se résolvent en idées synthétiques dans la société, de telle sorte que chaque homme raisonne et agit en vertu d’un double moi, jouit d’une double intelligence, parle une double langue, poursuit un double intérêt ; lors, dis-je, qu’on se sera rendu compte de ce dualisme organique pressenti par toutes les religions, et qui compose à la fois l'existence collective et les existences individuelles, on concevra plus aisément la résolution des contraires dans l’ontologie et la métaphysique, et le scandale de la divergence et de la contradiction des philosophies touchera à sa fin.
Elles paraîtront toutes vraies, ces philosophies, en tant que déductions analytiques spéciales de la théorie universelle du mouvement; maïs chacune d’elles aussi paraîtra fausse, en tant qu’elle aspirerait à faire scission, et exclure ses rivales (1). Ainsi, le problème philosophique étant ré-