‹ Philosophie du progrèsChapitre 4 sur 34 · FT · texte numérisé non relu

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réalité disparaît, lorsqu'il cherche à la résoudre en ses éléments. Tout ce que sait et qu’affirme la raison, © "est que l’étre, ainsi que l’idée, est un GROUPE. ï De même que dans la ete l'idée de mouvement ou de progrès se traduit en cette autre, la série; de même, dans l’ontologie, elle a pour synonyme le groupe. Tout ce qui existe est groupé; tout ce qui forme groupe est un, par conséquent est perceptible, par conséquent est. Plus les éléments et les rapports qui concourent à la formation . du groupe sont nombreux et variés, plus il s’y trouve de puissance centralisatrice ; plus aussi l’être obtient de réalité. Hors du groupe il n’y a que des abstractions et des fantômes. L'homme vivant est un groupe, comme la plante et le cristal, mais à un plus haut degré que ces derniers; d'autant plus vivant, plus sentant, et mieux pensant que ses organes, groupes secondaires, sont dans un accord plus parfait entre eux, et forment une combinaison plus vaste. Ce moi, cet un que j'appelle mon âme (1), je ne le

(1) On sait que la signification primitive des mots de, esprit, est souffle, respiration. C’est d’après cette image matérielle qu’a été conçue Ja pneumatologie des anciens, qui plaçaient l’âme dans les poumons, et la refusaient très logiquement aux pierres et aux plantes, attendu qu’ils ne les voyaient pas souffler. Plus tard, la flamme est devenue à son tour terme de comparaison, et l’âme a été logée dans le sang. Le sang de l'animal, c’est son 4me, dit la Bible. Descartes la mit dans la glande pinéale.

Il est étonnant que les découvertes de la physique moderne n’aïent pas amené une révolution plus radicale dans la pneumatologie. Tous les corps rayonnant du calorique, de la lumière, de l'électricité ; tous sont dans un état d’absorption et d’exsudation perpétuelle, tous pénétrés et enveloppés d’un fluide habituellement invisible, mais qui devient quelquefois apparent, comme dans la combustion, les décharges électriques, les aurores boréales, etc. C’est par ce fluide, qu’il ne tient qu’à nous de considérer comme l’âme du monde, que les corps se pressent, s’attirent, se repoussent, se combinent entre eux, passent à l’état

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considère plus comme une monade, gouvernant, de la sublimité de sa nature soi-disant spirituelle, d’autres monades injurieusement réputées matérielles : ces distinctions de l’école sont pour moi dépourvues de sens. Je ne m'occupe pas de ce caput mortuum des êtres, solide, liquide, gaz ou fluide, que les docteurs nomment emphatiquement SUBSTANCE; je ne sais même, bien que je sois enclin à le supposer, s’il est quelque chose qui réponde à ce mot de substance. La substance pure, réduite à son expression la plus simple, absolument amorphe, et que l'on pourrait nommer assez heureusement le pantogène, puisque d’elle seraient sorties toutes Choses, si je ne puis pas dire tout à fait qu’elle est riex, est pour ma raison comme si elle n’était pas; elle est adéquate à NÉANT. C'est le point mathématique, qui n’a ni longueur, ni largeur, ni profondeur, et qui cependant engendre toutes les figures. Je ne considère en chaque être que sa composition, son unité, ses propriétés, ses facultés, que je ramène

solide, liquide ou gazeux. Qui empêche de direquel’âme humaine est auss un fluide, formé de la combinaison de plusieurs autres (comme la chair et les os sont composés de divers éléments), lequel enveloppe et pénètre le corps, court dans les nerfs, fait circuler le sang, nous met, à distance, en rapports plus ou moins intimes avec nos semblables, et par cette communication crée des groupes supérieurs, des natures nouvelles ?.… Qu'on pousse cette étude aussi loin qu’on voudra, nous ne verrons jamais, quant à nous, dans toutes ces manifestations fluidiques, en les Supposant aussi dégagées d’erreur, de charlatanisme et de superstition que la science la plus sévère peut l’exiger, que des spéculations analytiques ou symétriques sur l’être, ses attributs et ses facultés. L’exis- tence transcendante, à nos yeux, n’est pas celle de prétendus esprits ou aromes, qui, séparés de leurs corps, sont aussi chimériques que le temps ou l’espace séparés de la notion de mouvement ; c’est l’homme

sensible, intelligent et moral; c’est surtout le groupe humain, la Dociété,

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toutes à une raison unique, variable, mscepble) d'éération à l'infini, le groupe (1).

C’est d’après cette conception de l’éfre en général, et en particulier du #02 humain sque je crois possible de prouver la réalité positive, et jusqu’ à certain point de démontrer les idées (les lois) du moi social ou du groupe humanitaire, et de constater et manifester, au dessus et en dehors de notre existence individuelle, l’existence d’une individualité supérieure de l’homme collectif, existence que la philosophie ne pouvait pas même auparavant soupçonner, parce que, d’après ses données ontologiques, elle était dans l’incapacité absolue de la concevoir. |

Suivant les uns, la société est la juxtaposition d’individus similaires faisant chacun le sacrifice d’une partie de leur liberté, afin de pouvoir, sans se nuire les uns aux autres, demeurer juxtaposés, et vivre côte à côte en paix. Telle est la théorie de Rousseau : c’est le système de l’arbitraire gouvernemental, non pas, il est vrai, en tant que cet arbitraire est le fait d’un homme prince ou tyran; mais,

cequi est beaucoup plus grave, en tant qu’il est le fait de

la multitude, le produit du suffrage universel. Selon qu'il

conviendra à la multitude, ou à ceux qui la soufflent, de

resserrer plus ou moins le lien social, de donner plus ou moins d’essor aux libertés locales et individuelles, le pré-

tendu Contrat social peut aller depuis le gouvernement direct et parcellaire du peuple jusqu’au césarisme, depuis

GE La science moderne confirme cette définition de l’être. Plus la physique et la chimie avancent, plus elles se dématérialisent, et tendent à se constituer sur des notions purement mathématiques.

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les hbonn d simple voisinage jusqu’à la communauté

de biens et de gains, d'enfants et de femmes. Tout ce que l'histoire et l'imagination peuvent suggérer d'extrême licence et d'extrême servitude se déduit avec une facilité et une rigueur de logique égale de la théorie sociétaire de Rousseau.

. Suivant d'autres, et ceux-ci malgré leurs allures scientifiques ne me semblent guère plus avancés, la société, personne morale, être de raison, fiction pure, n’est que le développement, sur des masses, des phénomènes de l’organisation individuelle, de telle sorte que la connaissance de l'individu donne aussitôt la connaissance de la société,

et que la politique se résout dans la physiologie et l’hygiène. Mais qu'est-ce que l'hygiène sociale? C’est apparemment, pour chaque membre de la société, une éducation libérale, une instruction variée, une fonction lucrative,

un travail modéré, un régime confortable : or, la question est précisément de Savoir comment nous nous procurerons tout cela!

Pour moi, d’après la notion de mouvement, progrès, série, groupe, dont l’ontologie est désormais épais de tenir compte, et d’après les quelques renseignements que fournissent sur la question l’économie et l’histoire, je regarde la société, le groupe humain, comme un être sw generis, constitué par le rapport fluidique et la solidarité économique de tous les individus soit de la nation, soit de la localité ou corporation, soit de l'espèce entière; lesquels individus circulent librement les uns à travers les autres, s’approchent, se joignent, s’écartent tour à tour dans toutes les directions ; — un être qui a ses fonctions à lui, étrangères à notre individualité, ses idées qu’il nous communique, ses jugements qui ne M point aux nôtres, sa volonté en opposition diamétrale avec nos instincts, sa vie, qui n’est point celle de l'animal ou de la

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plante, bien qu’elle y rencontre des analogies ; — un 1 être: enfin, qui, sorti de la nature, semble le Dieu de la nature, dont il exprime à un degré Dour Conan les puifsances et les lois (1)

De pareilles doctrines, je le sais, quand elles ne se ré-

(1) « L’homme seul n’est qu’un fragment d’être : l’être véritable « est l'être collectif, l'Humanité, qui ne meurt point, qui, dans son a unité, se développe sans cesse, recevant de chacun de ses membres ” le produit de son activité propre, et lui communiquant, selon la n mesure où il peut participer, le produit de l’activité de tous : corps ” dont. ;à croissance n’a point de terme assignable, qui, suivant les “ lois immuables de sa conservation et de son évolution, distribue la # vie aux organes divers qui perpétuellement le renouvellent, en se » renouvelant eux-mêmes perpétuellement, s (De la Société première et de ses lois, par LAMENNAIS, 1848.)

Qui ne croirait, après avoir lu ce passage où la réalité objective, organique, personnelle de l’être collectif est affirmée avec toute l’énergie et la propriété d’expressions dont le langage est susceptible, que l’auteur va donner l’anatomie, la physiologie, la psychologie, etc., de la société? Mais M. de Lamennais est grand poète et fort peu naturaliste. La métaphore le rend divin; et tandis qu’il croit ne faire qu’une allégorie, il pose, à son insu, l’ê le réel qu’il ne sait pas. Après avoir parlé en philosophe humanitaire de l'être collectif, M. de Lamennais retourne chercher les lois de la société dans la théologie; il analyse les dogmes de la Trinité et de la Grâce, et retombe dans le vide intellectuel, propre aux mystiques et aux phraséologues.

Je pourrais citer encore d’autres écrivains qui, comme M. de Lamennais, semblent avoir touché la réalité de l’être social, et parlent dans les meilleurs termes de son we, de son gérie, de ses passions, de ses

idées, de ses actes, etc. Mais on s’aperçoit vite que tout cela n’est de leur part que figure et verbiage; pas un fait, pas une observation, qui témoigne qu’ils aient compris leurs propres paroles. C’est comme le style de ces économistes, qu’on jurerait, à les lire, disciples de Babœuf | ou de Cabet, mais qu’on reconnaît bientôt, à leurs protestations anti socialistes, pour les plus hypocrites et les plus insipides de bavards |

clament pas d’une révélation d’en haut, ne peuvent s’établir que sur des faits. Aussi est-ce à l’aide de faits, rien que de faits, non d'arguments, que je pense pouvoir démontrer cette existence supérieure, véritable incarnation de l’âme universelle... Mais, en attendant que les faits se produisent, il peut être utile d’en relever certaines conséquences qui déjà se sont produites, concernant les questions insolubles, dans l’état antérieur de la philosophie, qui agitent en ce moment la conscience des peuples.

Parlons donc de la religion, de cette foi respectable, sur laquelle l’incrédule ne sait encore exprimer que du mépris, le croyant former autre chose que des souhaits, et pour résumer d’un mot toute cette matière, abordons le problème de la Divinité. Ici encore je me trouve placé sur un terrain neuf, où l’idée de Progrès vient réformer tout ce qui à été écrit et enseigné par les doctes, au nom de l’Absolu.

J’observe d’abord, chose que tout le monde sait aujourd'hui, qu’il en est de la question théologique comme de la question politique; qu’elle est essentiellement mobile et oscillante de sa nature, tantôt plus grande, tantôt plus petite, sans que, dans aucune de ses positions, elle puisse jamais fixer ni satisfaire l'esprit. En sorte que le philosophe lancé à la poursuite de l’être divin est continuellement entraîné d’une hypothèse à l’autre, du fétichisme au polythéisme, de celui-ci au monothéisme, du monothéisme au déisme, puis au panthéisme, puis à l’idéalisme, au : nihilisme, pour recommencer ensuite par le matérialisme, le fétichisme , etc. C’est ainsi que chez l’homme qui cherche l’ordre social par voie d'autorité, la raison est

traînée invinciklement de la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle, de celle-ci à une république oligarchique ou censitaire, de l’oligarchie à la démocratie de la démocratie à l'anarchie, de l’anarchie à la dicta- ‘ture, pour recommencer par la monarchie absolue, et ainsi de suite, à perpétuité. Cette nécessité de transitions sans fin, qui avait été si nettement aperçue, pour la question politique, par Aristote, et qui a été constatée de nos jours, pour la question religieuse, par la philosophie allemande, est peut-être la seule conquête positive de la philosophie, forcée de reconnaître, par la bouche de ses plus grands écrivains, que même dans le cercle de ses catégories absolutistes, l'esprit est toujours en mouvement.

Cette course circulaire de l’esprit sur les deux questions

“qui intéressent au plus haut degré la société, la religion et le gouvernement, mis hors de doute, je me demande st elle ne proviendrait pas de quelque illusion métaphysique, et dans ce cas, quelle correction il y faut faire ?

Or, en y regardant de plus près, je trouve que tout ce qui a été écrit de l’Âtre supréme, depuis Orphée jusqu’au docteur Clarke, n’est qu’un travail de l'imagination sur les catégories, c’est à dire sur les conceptions analytiques | (Simplistes et négatives), que l’entendement a la faculté de tirer de l’idée primordiale (synthétique et positive) de mouvement; travail qui consiste, ainsi que je le faisais observer tout à l’heure, à donner une réalité à des signes algébriques, à affirmer comme être vivant, actif, intelligent et libre, ce qui ne serait cependant ni homme, ni animal, ni plante, ni astre, rien de connu, de sensible, de défini ou de définissable, rien à plus forte raison de groupé ou de sérié, mais substance pure, cause pure, volonté pure, esprit pur, en un mot toute la série d’abstractions

qui se déduit de la face À de l’idée dé mouvement, par

exclusion de la face B. Et tout cela, selon les doctes, de-

vrait être conçu dans un degré supérieur, une puissance infinie, une durée éternelle, dans l’absolu des absolus.

Je rejette toute cette déduction, d’abord comme entachée de nullité, puisque Dieu, l'être des êtres, eus realissimum, d’après l'idée que nous nous en disone. doit embrasser tous les attributs, toutes les conditions ‘de l’existence, et qu'il manque ici à la définition l'élément le plus essentiel, le Progrès. Je la nie ensuite, cette même déduction, comme destructive de l’être qu’elle a pour objet de prouver, et conséquemment comme contradictoire, attendu précisément qu’elle repose sur une série d’ana- Îyses qui, prolongée aussi loin qu’on voudra, ne peut Jamais aboutir qu’à une scission, à une négation de l'être. Et je conclus à mon tour, en reprenant l’affirmative, assumens parabolam, comme dit Job, que l’idée de mouvement et de progrès, si longtemps tenue dans l'ombre par les métaphysiciens, étant réintégrée dans ses droits, le Dieu que nous cherchons ne peut plus être tel que l’en- ‘seigne la vieille théologie ; il doit être tout autre que ce que ] l'ont fait les théologiens. En effet, si nous appliquons à l'Être suprême la condition de mouvement, de progrès, et nous ne pouvons pas ne pas la lui pi puisque sans cela il ne serait pas suprême, il va arriver que cet être ne sera plus, comme jadis, simple, absolu, immuable, éternel, infini, en tout sens et toute faculté, mais organisé. progressif, évolutif, perfectible par conséquent, susceptible d'acquisition en science, vertu, etc., à l'infini. L'infini ou l'absolu de cet être n’est se de l'actuel, il est | dans le potentiel. Le Dieu de Kant, d'Aristote, de Moïke, de Jésus, n’est donc pas vrai, au moins do les pièces Rues, puisqu'il exclut là condition la plus essentielle de l'existence dans la nature et dans l'humanité, et que cette exclusion implique contradiction avec la vie que ce- D on lui accorde. Je f’adjure par le Dieu vivant, dit

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