‹ Philosophie du progrèsChapitre 5 sur 34 · LED · texte numérisé non relu

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l'Église dans ses exorcismes. Dieu, en un mot, n’esf pas,

nc peut pas éfre au sens que les métaphysiciens donnent à ce mot, puisque la privation de toute conditionnalité, ou le simplisme, loin d'indiquer la plus haute puissance de l'être, en marque au contraire le degré le plus bas; Dieu ne peut que devenir,c’est à cette condition seulement qu’il est (1).

Que si maintenant, après avoir écarté les savantes chimères de la théologie, je veux consulter le témoignage spontané des races humaines sur l’essence et la fonction de l’être divin, je découvre d’abord que l’idée de Progrès,

(1) » Dieu, la substance-cause, est-il simple ou multiple? S'il est # simple comme le suppose Spinosa, par quel moyen, par quelle action, » par quelle loi, peut-il passer de son mode d’action métaphysique au s mode d’existence finie, etse manifester physiquement par la forme, # la variété et la succession, dans l’espace et dans le temps, sans se # diviser? Là est lenœud de la difficulté. Spinosa ne l’a résolue, et ne » pouvait la résoudre. |

“ Avec la constitution simple et indivisible donnée à la substances cause, Dieu, doué d’ailleurs de tous les autres attributs théologie ques, n’est, dans le spinosisme, rien autre chose qu’un atome soli- » taire dont l’étendue est infinie. Cet atome, infiniment étendu, »# occupe à lui seul tout l’espace, ou plutôt il n’y à pas d’espace, et » l'étendue indivisible de Dieu, dans son infinité, n’est rien autre # chose que ce que nous entendons par l’espace.

“ Or, dans et être simple et indivisible, dans ce Dieu atome, » infini en étendue, la propriété de l’étendue étant indivisible, » puisque le sujet qui la possède est simple, il n’est pas possible, le # le nombre n’existant pas en lui, de trouver la raison ni le moyen » d’une action quelconque par laquelle Dieu produise la multitude « des êtres étendus et finis qui constituent le phénomène de l’univers : » sa constitution s’y oppose. Comme il est infini dans son étendue simple et indivisible, et qu’il n’y a rien hors de lui, il ne peut y avoir

en lui que lui-même, c’est à dire un simple atome, infini en étendue. #

(Ch. LemaIre, Ziliution à la philosophie de la Liberté, t. IT.)

oubliée par mégarde dans la liste des catégories de l’école, n’a pas été perdue pour les masses ; qu’en vertu de cette idée, le peuple, raisonnant dans la liberté de ses instincts, parlant en son propre nom, sans truchement de l’Académie, du Portique ni de l’Église, a pris constamment pour Dieu un être agissant, mobile, progressif, sensible enfin; que seulement, à mesure que son intelligence s’est développée, il à ennobli son idole, et que la plus haute perfection qu'il ait cru lui donner, ç’a été de la faire homme. Je vois que de tout temps l'Humanité a tendu, à travers ses évolutions religieuses, à anthropomorphiser ou plutôt

M. de Lamennais, Æsquise d’une philosophie, a senti la difficulté, et il a tenté de la résoudre, à l'exemple des gnostiques et kabbalistes, en se servant des hypostases divines, l’Amour, la Volonté, l’Intelligence, pour faire produire à Dieu, selon leurs catégories, tous les êtres. M. Ch. Lemaire réfute ainsi ce système : » Avec la simplicité constis tutionnelle de Dieu, condition qui domine nécessairement celui de ses attributs que nous appelons l’étendue, quels que soient d’ail- » leurs le nombre et la variété des autres attributs que l’on donne à » Dieu pour le faire sortir de son inaction et de son impuissance à » former de sa propre substance des êtres finis, tous ces attributs, tels » que la Puissance, la Science, l'Amour même, ne peuvent servir s qu'à constituer des personnifications mythologiques et abstraites ; s mais ils sont sans efficacité pour générer le plus petit être fini, la » plus petite forme, la plus petite personnalité distincte en Dieu ou ” hors de Dieu, et ils viennent logiquement échouer devant la simv plicité et l’indivisibilité de ce Dieu, être infini et incommensurable » sous le rapport de l'étendue.

v En regard des effets, Dieu, substance simple et indivisible, ne # peut donc être la cause des êtres finis. Si l’on suppose, pour sortir » de cette difficulté, que les autres attributs de Dieu, tels que la puis- “ sance et la science, puissent changer sa constitution originelle, et v diviser ce qui est déclaré être simple et indivisible, c’est tomber dans la contradiction, et dire que ce Dieu que l’on a conçu simple détruit lui-même la condition de son existence. #

socialiser l’être ineffable; que partout et toujours, dans la conscience populaire, le problème des religions se résout dans l'identité de la nature sociale et de la nature divine ; que si, d’un côté, le peuple a prêté à Dieu les facultés, les passions, les vertus et les misères de l’humanité; s’il l’a fait naître, parler, agir, souffrir et mourir comme. un homme : de l’autre, il lui à conféré les attributs de la société, le règne, la législation et la justice; 1l l’a proclamé saint comme la société, affranchi de la mort comme. la société, qui est Rp eCUE

Ainsi, ce que nous affirmons, cherchons, So comme Dieu, n’est autre chose que Le pure de l'Humanité, la nature sociale et la nature individuelle indivisiblement unies, mais distinctes, comme les deux natures en Jésus- Christ. Voilà ce qu’attestent la conscience populaire et la série des religions, d'accord avec une métaphysique rectifiée et complète.

Ce n’est pas tout : tandis que ce mouvement d’humanisation de l’être divin se poursuivait dans les masses, un autre s’opérait, toujours à l’insu des théologiens et des philosophes, dans la discipline intellectuelle : c'était le renoncement progressif aux mysticités ontologiques, le délaissement des catégories, reconnues aussi inutiles, pour l'explication de la nature et de la société, que les révélations et les miracles. En un sens, le genre humain, par ses tendances anthropomorphiques, approchaït de lui et s’identifiait la Divinité ; en un autre sens, par son positivisme croissant, il éloignait Dieu, et le faisait pour ainsi dire reculer. C’est ainsi que là où Newton, arrêté par une difficulté qui lui semblait insoluble, faisait intervenir pour l'équilibre du monde, la Divinité; Laplace, avec une science plus haute, rendait cette intervention inutile, et renvoyait le dieu avec la machine au grenier.» Pour moi donc, résumant tous ces faits et toutes ces

données, il me reste sur la question religieuse : que ce que l'Humanité cherche dans la religion, sous le nom de Dieu, c’est sa propre constitution, c’est elle-même ; que néanmoins Dieu, d’après le dogme théologique, étant infini dans ses attributs, parfait, immuable, absolu ; l'Humanité, au contraire, perfectible, progressive, mobile et chan- geante, le second terme ne saurait être Jamais adéquat au premier ; il restent donc fatalement antithétiques, l’un étant toujours l'expression renversée de l’autre; que la conséquence de cette antithèse ou anfithéisme, comme je l'ai nommé, c’est d’abolir toute religion ou adoration, idolâtrie, pneumatolâtrie, christolâtrie, anthropolâtrie, puisque d’un côté l’idée de Dieu, opposée à celle du mouvement, groupe, série, progrès, ne représente aucune réalité possible, et que de l’autre l'Humanité, essentiellement perfectible, jamais parfaite, restant constamment au des- sous de sa propre idée, reste par conséquent toujours au dessous de l’adoration, ce que je résume en cette formule à la fois posiuve et négative, et parfaitement claire dans notre langue : Remplacement du culte de l'Étre prétendu supréme par la culture de l'Humanité (1).

(1) Toute théorie sociale commence nécessairement par une théorie de la raison et par une solution du problème cosmothéologique. Aucun philosophe n’a manqué à ce devoir. C’est ce qui explique pourquoi les partisans de la hiérarchie politique et sociale procèdent tous d’une conception théosophique, tandis que les démocrates incli-

nent généralement vers une émancipation absolue de la raison et de la conscience. Pour démocratiser le genre humair, dit fort bien M. Charles Lemaire, 4} faut démonarchiser l Univers.

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Est-ce la peine à présent, monsieur, que je rappelle ici celles de mes propositions, qui, en politique, économie politique, morale, etc., ont fait le plus de bruit, causé le plus de scandale ; que je montre comment elles découlaient toutes de la notion du Progrès, identique dans mon esprit à celle d'ordre?

J'écrivais en 1840 cette profession de foi politique, aussi remarquable de laconisme que d'énergie : Je suis anarchiste, posant par ce mot la négation, ou mieux l'insuffisance du principe d'autorité. C'était dire, comme je Pai montré plus tard , que la notion d'autorité n’est, de même que la notion d’un être absolu, qu’une conception analytique, impuissante, de quelque part qu’on fasse venir l’autorité, et de quelque façon qu’elle s’exerce, à donner une constitution sociale. A l’autorité, à la politique, je substituais donc l’ÉCONOMTE, idée synthétique et positive, seule capable, selon moi, de conduire à une conception rationnelle et pratique de l’ordre social. Je ne faisais d’ailleurs en cela que reprendre la thèse de Saint-Simon, si étrangement défigurée par ses disciples, et combattue aujourd’hui, pour des raisons de tactique que je ne devine pas, par M. Enfantin. Elle consiste à dire, d’après l’histoire, et d’après l’incompatibilité des idées d'autorité et de progrès, que la société est en train d'accomplir pour la dernière fois le cycle gouvernemental; que la raison publique à acquis la certitude de l’impuissance de la poli- tique, en ce qui concerne l’amélioration du sort des

‘autorité a commencé de succéder dans l’opinion comme dans l’histoire la prépondérance des idées de travail et

masses; qu'à la prépondérance des idées du pouvoir et.

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d'échange; que la conséquence de cette substitution est de remplacer le mécanisme des pouvoirs politiques par l’organisation des forces économiques, etc., etc.

Je m'en fie à vous, monsieur, pour dire si dans mes déductions j'ai été logique, si véritablement, comme je le pense, l’idée de progrès, dont le synonyme est liberté, aboutit là.

C’est dans les questions économiques que J'ai poussé le plus loin le développement et l’application de mon principe. J’ai prouvé, et avec quelque succès, ce me semble, que la plupart des notions sur lesquelles repose en ce moment la pratique industrielle, et par suite toute l'économie des sociétés modernes, sont encore, comme les notions de pouvoir, d'autorité, de Dieu, de diable, etc., des conceptions analytiques, des sections mutuellement déduites lune del’autre par voie d'opposition, du groupe sociétaire, de son idée, de sa loi, et développées chacune à part sans frein et sans limite. D'où il résulte que la société, au lieu de reposer sur l'harmonie, est assise sur un trône de contradictions ; qu’au lieu de progresser avec certitude dans la richesse et la vertu, comme le veut sa destinée, elle présente un développement parallèle et systématique dans la misère et le crime.

Ainsi j'ai fait voir, je crois avoir fait voir, que la théorie malthusienne de la productivité du capital, justifiable comme moyen de police mercantile, et dans une certaine sesure favorable au mouvement économique , devient, si on l’applique sur une grande échelle , si on prétend la généraliser et en faire une loi de société, incompatible avec léchange, avec la circulation, et conséquemment avec la vie sociale elle-même; que pour faire cesser cette incom- patibilité, il faut récomposer l’idée intégrale, faire que chaque emprunteur devienne prêteur, chaque prêteur emprunteur, et que tous les comptes, au débit et au crédit,

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se balancent; que si la circulation n'est pas aujourd’hui régulière, si la rentrée des valeurs par la vente ne se fait pas pour chaque producteur avec la même facilité que leux sortie par l'achat; si les stagnations, les crises, les chômages, font de la banqueroute un moyen permanent d'équilibre, cela tient d’abord à ce que la valorisation des produits s’est arrêtée à l'or et à l'argent, à ce que toutes les marchandises ne sont pas, comme l'or et l'argent, prises pour monnaie, ce qui constitue au sein de. la richesse générale une inégalité destructive; — en second lieu, à la prélibation capitaliste, conséquence de cette prérogative du numéraire ; — troisièmement, à la rente foncière, clef de voûte, sanction et glorification de tout le système.

J'ai dit que ce droit du capitaliste, propriétaire où maître, qui arrête le mouvement économique et entrave la circulation des produits ; qui fait de la concurrence. une guerre civile, de la machine un instrument de mort, de la division du travail un système d’abrutissement de l’ouvrier, de l'impôt un moyen d’exténuation populaire, de la possession du sol un domaine féroce et insociable, n’était autre que le droit de la force, droit régalien ou divin, tel que le concevaient les barbares et qu’il résulte des définitions de la politique et des casuistes, expression la plus haute de l’absolu, négation la plus complète des idées d'égalité, d'ordre et de progrès.

Si quelque chose m’a surpris, dans le cours de cette polémique socialiste, c’est bien moins l’irritation produite par mes idées que la contradiction qui s’est élevée contre elles. J’eusse compris l’égoïsme; je ne conçois pas, en présence de la vérité et des faits, l'inscription en faux.

Pour tirer la société du cerele vicieux où elle souffre mort. et passion depuis tant de siècles, il faut, m’écriais-je, en- trer résolüment dans la voie de progression et de groupement; poursuivre l’abaissement de la rente et de l'intérêt

jusqu’à zéro ; réformer le crédit, en l’élevant de la notion tout AE de prét à colo toute sociale de réciprocité ou d'échange; liquider, d’ après ce principe, toutes les dettes publiques et privées ; purger toutes les hypothèques, unifier l'impôt, abolir octrois et douanes, créer le patrimoine du peuple, assurer le bon marché des produits et des loyers, déterminer les droits du travailleur, refaire l'administration corporative et communale, réduire et simplifier les attributions de l’État. Alors, continuais-je, le phénomènes économiques se produiront en mode inverse; tandis qu'aujourd'hui le débouché manque à la production, ce sera la production qui manquera au débouché ; tandis que la richesse augmente en raison arithmétique et la population en raison géométrique, on verra ce rapport interverti, et la production aller plus vite que la population, parce que c’est une loi de notre nature morale et esthétique que plus le travail acquiert d'intensité et l’homme de perfection, moins la faculté génétique a de fécondité, etc.

J'ai fait observer, entre temps, que déjà la société est engagée, sur tous les points, dans cette donnée du progrès industriel ; qu’ainsi la définition de la propriété, d’après la constitution de 1848, est en pleine contradiction avec le Code, et au fond justifie la mienne; que sous l’action des mêmes causes la jurisprudence tout entière tend à se rapprocher de plus en plus de l’idée de justice commutative et à déserter le tribunal civil pour le tribunal de commerce, etc., etc,

Pas une critique de ma part, pas une affirmation ou une

négation qui, dans cet ordre d'idées comme dans tous les

ë utres, ne s'explique, ne se justifie ou ne s'excuse, comme

il vous plaira de dire, par la même loi. Tout ce que j'ai dit de la centralisation, de la police, de la justice, de l'association, du culte, etc. découle de là. | ne

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