‹ Philosophie écossaiseChapitre 101 sur 199 · l'/tl., p. <;i · texte numérisé non relu

l'/tl., p. <;i

346 PHILOSOPHIE Éco.ss.usii:

immobile, tandis que les corps s'y meuvent en tous sens ; de même la durée particulière des événements que la mémoire nous rappelle, nous suggère nécessairement la notion d'une durée qui se serait écoulée uniformément quand aucun événement ne l'aurait remplie... Comme il faut qu'il y ait de l'espace partout où quelque chose d'étendu existe ou peut exister, et du temps partout où quelque chose dure ou peut durer, nous ne saui'ions, même en imagination, poser de limites ni au temps ni à l'espace; ils se dérobent à toute borne. L'un se perd aux yeux de notre esprit dans l'immensité, l'autre dans l'éternité... Le' commencement du temps implique contradiction... Nous pouvons concevoir que les révolutions du temps aient commencé et qu'il y ait eu un temps antérieur à elles, un temps qui n'était marqué ni divisé par aucun mouvement, par aucun changement; mais la supposition d'un temps qui aurait précédé tous les temps est absurde... Toute durée limitée est comprise dans le temps, et toute étendue limitée dans l'espace. Le temps et l'espace contiennent dans leur vaste sein toutes les existences finies , et ils ne sont contenus dans aucune. Les choses créées sont situées dans l'espace, et elles ont aussi leur lieu particulier dans le temps , mais le temps est en tout lieu et l'espace en tout temps ; ils s'embrassent l'un et l'autre, et enh-e eux cette union mystérieuse que les scholastiques avaient imaginée entre le corps et l'àme : chacun d'eux existe tout entier dans chaque partie de l'autre 2. »

On croirait lire un chapitre de VEsthétique ircmscendentale 3. Reid va plus loin ; il tombe, ainsi que Kant, dans l'exagération opposée à celle de Locke, lorsqu'il prétend que non-seulement l'idée de durée ne dérive pas, comme le veut Locke *, de l'idée de succession, mais que c'est bien plutôt l'idée de succession qui dérive de celle de durée. « Locke semble supposer que l'idée de

Page 1