‹ Philosophie écossaiseChapitre 105 sur 199 · Ibil., p. K · texte numérisé non relu

Ibil., p. K

dans des individus différents ou dans le même individu à des e'poques différentes, mais non la même passion, la même opération dans le sens où nous disons que nous sommes aujourd'hui la

même personne que nous étions hier Je* ne suis pas mes

pensées, mes actions, mes sensations, je suis ce qui pense, ce qui agit, ce qui sent; mes pensées, mes actions, mes sensations changent à chaque moment; leui' existence est successive et non continue; tandis que le moi à qui elles appartiennent reste permanent et conserve le même rapport avec toutes les pensées, toutes les actions, toutes les sensations successives que j'appelle miennes. »

Il est impossible de mieux connaître l'identité personnelle et le moi 2. Cependant cette opinion invétérée dans l'école écossaise, ce préjugé transmis de Locke à Hutcheson et d'Hutcheson à Reid, que la nature de toute substance nous est impénétrable, vient offusquer l'esprit de Reid et mêler son ombre aux lumières du sens commun. Vainement le sens commun enseigne à Reid ce que c'est que le moi ; il a l'air de conserver des doutes sur sa natm'e, en même temps qu'il le décrit avec la plus parfaite assurance. « Mon 3 identité personnelle suppose l'existence continue de ce quelque chose d'indivisible que j'appelle moi : quoi que ce soit, c'est quelque chose qui pense, qui délibère, qui se résoud, qui agit, qui sent. » Comment, quoi que ce soit ! Mais si vous ne savez pas quel il est, n'affirmez donc point que c'est quelque chose qui pense, qui délibère, qui se résoud, qui agit, qui sent ; ou si vous savez qu'il est tout cela, ne feignez pas d'ignorer cjuel il est : il est tel que vous venez de le dire. Il faut chcisir entre vos doutes et vos affirmations. Diiez-vous que vos affirmations tombent sur les attributs du moi et vos doutes sur sa nature? Cela même renferme une contradiction ; car la nature d'un être ne peut consister

l./btd., p. 67.

2. Voyez sur l'ideulilc du moi, Phejiiers Essais, p. li»l-lt>2.

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HUITIÈME LEÇOX. — REID 351

dans une entité abstraite, mais dans une existence réelle et déterminée; or, les déterminations d'un être sont précisément ses attributs ; de sorte que ses attributs et lui, sans se confondre, sont en réalité inséparables. Vouloir pénétrer par delà ses attributs jusqu'à sa nature seule, c'est, répétons-le pour la dixième fois, prétendre à l'impossible et à l'absm'de ; c'est méconnaître la réalité, c'est chercher à sa place une chimère, et du sein de l'existence aspirer au néant K

Cette ignorance imaginaire de ce qu'on connaît certainement, cette circonspection téméraire, cette pusillanimité systématique, si contraire au sens commun et qui se décerne à elle-même le nom de sens commun, empêchent Reid d'aller jusqu'au bout de ses convictions et de tirer la conclusion immédiate qui se présente d'elle-même à la suite de cette théorie irréfragable de l'identité personnelle. Si ce quelque chose que j'appelle moi est vraiment identique à lui-même, il est indivisible; il est donc juste le contraire de l'étendue que tout à l'heure Reid vient de nous donner comme indivisible à l'infini. Or lindivisibillté absolue et la divisibiUté à l'infini sont deux contradictoires. Si donc le moi est indivisible, il n'est pas étendu ; et aloi-s il n'est pas matériel, puisque l'étendue est pour nous l'attribut fondamental, la qualité primaire de la matière. Donc le moi est spirituel. Ou il faut renoncer à la théorie de l'identité personnelle, ou il faut accepter cette conclusion. Reid ne l'admet ni ne l'exclut. Dans tout ce chapitre de V Identité personnelle, il n'y a pas un mot sur la spiritualité de l'âme. Cependant, pour en établh' une démonstration péremptoire, eùt-il pu trouver des prémisses plus solides que cellesci ? « 2 L'identité personnelle est une identité parfaite qui n'admet point de degrés quand elle est réelle Tous les hommes placent leui- personnalité dans quelque chose qui ne peut être ni

1. Voyez plus haut, p. 540, etc., les doutes de Reid sur la substance maléiielle, et ceux d'Hutclicsou sur la nature de tuute substance, \\. 43; etc.

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