Ibid., p
ques sur la formation et sur l'usage des conceptions générales, aborde la question tant agitée de la réalité des universaux, et il institue sur ce point une assez longue controverse historique. Elle est médiocrement lumineuse, et nous n'y discernons pas bien l'opinion précise de Reid. Puisqu'il se sert du mot d'universaux, et qu'il expose la fameuse querelle des réalistes, des conceptualistes et des nominalistes, on peut lui demander de quel côté il se range. 11 est ouvertement contre lesnominalistes; il les combat avec force dans Hobbes, dans Berkeley, dans Hume. 11 prouve avec la dernière évidence que ce ne sont pas les mots généraux qui expliquent les conceptions générales, mais les conceptions générales qui expliquent les mots généraux. Le pouvoir d'abstraire et de généraliser ne vient pas des mots ; sans doute il est aidé et développé par eux, mais c'est lui primitivement qui leur a donné naissance. Reid ménage les conceptualistes, et il met Locke dans ce parti : « i Quelques-uns, mais en petit nombre, adoptèrent une opinion intermédiaire ; l'universalité que les réalistes plaçaient dans les choses et les nominalistes dans les noms, ils la mirent dans nos conceptions, prétendant qu'elle ne pouvait être ni dans les noms ni dans les choses; de là vient le nom qu'on leur donna; mais exposés au feu des deux partis rivaux, ils ne jouèrent qu'un rôle fort secondaire... Locke 2 devrait être placé parmi les conceplualistes : il ne prétend pas qu'il y ait des choses universelles dans la nature, mais il soutient que nous avons des idées générales que nous formons par abstraction ; e*. celte faculté de former des idées générales et abs^traites est, à son avis, ce qui distingue principalement l'intelligence humaine de celle des animaux.» Reid incline lui-même au conceptualisme ; il ne repousse les universaux qu'autant qu'on en ferait des êtres réels hors de l'esprit ou des images qui représenteraient les objets à l'esprit. Il démontre aisément que, si on peut concevoir distinctement les universaux, on ne