‹ Philosophie écossaiseChapitre 112 sur 199 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Platon? c'est l'essence -d'une espèce, l'exemplaire et le type de tous les individus de cette espèce ; elle est tout entière dans chaque individu, sans se multiplier ni se diviser ; de toute éternité, elle a été l'objet de la contemplation divine, et elle est un objet de contemplation et de science pour tous les êtres intelligents; elle est éternelle, immuable, incréée; et non-seulement elle existe, mais elle a une existence plus réelle et plus permanente qu'aucune des créatures sorties des mains de la Divinité. Prenez cette définition dans sa totalité, il faudra un Œdipe pour la débrouiller; retranchez-en la dernière phrase, rien n'est plus simple. 11 y a mille choses auxquelles s'appliquent sans effort tous les autres caractères qu'elle énumère. Prenons pour exemple la nature du cercle, telle qu'elle est définie par Euclide, et telle que tout être intelligent la conçoit, quoique jatnais aucun cercle, exactement conforme à ce type, n'ait existé : c'est l'exemplaire et le modèle de tous les cercles individuels qui ont jamais existé, car ils ont tous été tracés conformément à la nature du cercle; elle est tout entière dans chaque individu de l'espèce, sans multiplication ni division, car tous les cercles, considérés comme cercles, sont d'une seule et même nature ; de toute éternité, elle a été contemplée par l'intelligence divine, et elle peut être aussi un objet de contemplation et de vraie science pour tous les êtres intelligents ; elle est enfin l'essence d'une espèce, et, comme toutes les essences, elle est étemelle, immuable et incréée ; ce qui signifie qu'un cercle fut toujours un cercle et ne sera jamais qu'un cercle, et que c'est la nature des choses et non l'action d'une force créatrice qui fait qu'un cercle est un cercle. La description de l'idée platonicienne, à l'existence près, s'applique avec la même justesse à la nature de chaque espèce de substance, de qualité et de relation, et en général à tout ce que les anciens appelaient universaux *.»

1. Sur !e vrai sens des idées platonicienne?, voyez du Vrai, bu Beau et du Bien, l-e partie, leçon ive; 2e série, Histoire générale de la Philosophie, leçon vue, sur Platon et sur Aristote; Fbagments philosophiques. Philosophie ancienne^ Langue de la théorie des ide'es. Voyez aussi la leçon qui suit.

En résumé, dans la question des universaux, Reid chancelle entre la grande métaphysique réaliste et l'opinion boiteuse du conceptualisme; il n'est ferme que contre le nominalisme. C'est là l'image assez fidèle de sa situation générale en philosophie. Il repousse les excès de l'empirisme et les doctrines auxquelles il conduit; il incline de toutes parts au spiritualisme, mais il n'ose pas se décider d'une manière nette et précise. Sa sagesse se complaît en un juste milieu qui évite l'erreur, sans atteindre à toute la vérité. Ici il est et devait être conceptualiste, et ce sera toujours là l'opinion de ceux qui mettront toute la philosophie dans l'étude de l'esprit humain. Il est bien clair que, pour l'esprit humain, les universaux sont des conceptions ; reste à savoir si ces conceptions n'ont ni fondement, ni règle, ni modèle dans la nature. Le caractère psychologique de la doctrine de Reid éclate sur ce point comme sur tous les autres. La psychologie est en effet le seul point de départ légitime de la philosophie, mais elle n'en est pas la borne ; elle est la clef qui ouvre le sanctuaire, mais elle n'est pas le sanctuaire lui-même.

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