Plus haut, le(,'on vue, p. i287, etc. •i. T. V, p
notion abstraite, et que l'esprit humain débute par l'abstraction. — « Je ne saurais croire i ni à mon existence ni à l'existence des choses que je vois, ou que ma mémoire me rappelle, si je n'ai le degré de jugement nécessaire pour distinguer ce qui existe réellement de ce que mon imagination seule conçoit. Je vois un homme de six pieds, je conçois un homme de six pieds ; je juge que le premier objet existe parce que je le vois; je juge que le second n'existe pas, parce que je le conçois simplement; mais puis-je attribuer l'existence à l'un et la refuser à l'autre, sans savoir ce que c'est que l'existence? » Comment un esprit aussi judicieux que Reid a-t-il pu refuser à l'homme le plus ignorant le droit de croire qu'il existe, que cette pierre ou cet arbre existent, s'il ne peut pas dire ce que c'est que l'existence? Au reste, il ne faut pas plaindre ce pauvre homme de ne pouvoir remplir la condition que Reid lui impose; car le plus grand métaphysicien n'est pas plus avancé que lui. S'il faut attendre une définition de l'existence pour s'accorder à soi-même l'existence en toute sûreté de conscience, en vérité on attendra longtemps ; car je défie Reid ou qui que ce soit de donner une telle définition. Autre absurdité. Je n'ai l'idée générale d'existence que parce que, ayant porté un certain nombre de jugements particuliers, j'existe, cet homme existe, cette pierre existe, etc., en décomposant ces jugements, j'en ai extrait l'idée générale d'existence; et cette idée générale que je n'aurais pas eue sans ces jugements particuliers, Reid veut que je la possède et que je lui en rende compte pour avoir le droit de porter le premier de tous les jugements particuliers, j'existe. Il semble, à entendre Reid, que pour savoir si j'existe il faut que j'aie devant les yeux de mon esprit l'idée de néant et l'idée d'existence, afin de pouvoir m'altribuer non le néant, mais l'existence. Mais l'idée du néant est très-postérieure à celle de l'existence, comme la dernière des négations est postérieure à la première des affirmations. Sur la foi de ma conscience et de la loi qui y est at-