‹ Philosophie écossaiseChapitre 13 sur 199 · liowor, t. 11. p. i · texte numérisé non relu

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reçoivent un traitement fixe de la ville et un traitement éventuel des élèves qui fréquentent leurs cours \

Autrefois, même à Edinburgh, on exigeait des étudiants et des professeurs un serment d'adhésion à l'Église nationale, ainsi qu'au gouvernement du roi Guillaume. Peu à peu ces deux serments tombèrent en désuétude; et, après que la bataille de Culloden eut anéanti le parti jacobite, on ne demanda plus aucun serment ni aux étudiants ni aux professem's. C'est là peut-être la cause la plus puissante de la prospérité de l'université d'Edinbm'gh. Tandis qu'à Oxford et à Cambridge règne encore l'usage du serment religieux, qui ne laisse entrer dans ces universités que des professeurs et des étudiants dévoués ou soumis à l'Église anglicane, les universités d'Ecosse admettent des étudiants de toutes les communions. Ceux qu'on appelle les dissidents, dissenters, et ils sont nombreux dan? la Grande-Bretagne, exclus de toute participation à l'enseignement public, étaient réduits ou à se priver d'instruction pai- fidélité à leurs principes religieux, ou à demander l'instruction à des maîtres particuliers, ou bien à l'aller chercher dans le pays de la tolérance illimitée, en Hollande. L'Ecosse leur devint un asile naturel : l'université dEdinburgh les admit avec une libéralité qui a tourné à son honneur et à son profit. Il était juste que le presbytérianisme ouvrît ses écoles à des sectes qu'il a lui-même produites; mais il fallut plus d'un demi-siècle pour que l'esprit libéral, né du presbytérianisme, lui enseignât la tolérance, et que les enfants de ceux qui tant de fois s'étaient soulevés au nom de la liberté de conscience, la respectassent dans les enfants de leurs anciens advei"saires et même dans ceux de leurs anciens alliés.

11 importe de ne point oublier une circonstance qui a exercé une grande et presque souveraine influence sur le caractère et la destinée de la philosophie écossaise : cette philosophie est née dans les universités, et elle s'y est développée. Presque tous les

1. C'est à peu près l'oiganisalion des universités de Hollande et d'Allemagne. Voyez nos deux ouvrages sur l'inslruction publique en ces deux pays.

(8 l'IlILOSOPlIlIi ECOSSAlSi:

philosophes écossais ont passé par l'enseignement public. Hutchjpson, Smith, Reid, Ferguson, Beattie, n'étaient pas des pensem-s solitaires comme Descartes, Malebranche, Spinoza^ mais des magistrats de la jeunesse, lui parlant du haut d'une chaire, au nom et sous l'autorité de l'État. Le professeur a charge d'âmes. Tout l'avertit de respecter la jeunesse confiée à ses soins. Quand l'électeur palatin proposa à Spinoza une chaire de philosophie à l'université de Heidelberg, en lui promettant ime très-grande liberté, Spinoza, qui avait la pleine connaissance de sa doctrine, n'hésita pas à refuser; il remercia de la liberté qui lui était promise, mais il déclara qu'il lui en fallait une si grande qu'on ne pouvait la lui assurer ' . Collins et Dodwell auraient eu de la peine à enseigner, sous la protection de l'autorité publique, le fatalisme et le matérialisme. Ajoutez qu'une doctrine vague et obscure, ou subtile et quintessenciée, se prête mal à l'enseignement. 11 est permis de croire que Malebranche aurait beaucoup gagné à enseigner avant d'écrire : en lisant sur la figure même de ses auditeurs qu'ils ne le comprenaient pas ou qu'ils le comprenaient avec des peines infinies, il aurait senti le besoin de dégager sa pensée des brillants nuages où elle demeure quelquefois enveloppée, et de joindre à l'élévation qvii lui était naturelle la riguem- et la précision, sans lesquelles il n'y pas de professeur. Cette vertu salutaire de l'enseignement a certainement contribué à donner à la philosophie écossaise la parfaite clarté qui la distingue, comme la magistrature morale et sociale dont presque tous ses interprètes ont été revêtus leur imposait une doctrine morale et religieuse qui répondît à l'attente de leur auditoire, à celle du pays tout entier et des autorités civiles et religieuses dont ils relevaient.

Il en eût été ainsi quand même les professeurs de philosophie des universités écossaises eussent été des laïques , mais la plupart étaient ecclésiastiques. Nous le verrons : Hutcheson avait fait les premiers pas dans la carrière de l'Église ; Smith y avait été des*

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