‹ Philosophie écossaiseChapitre 135 sur 199 · Traduction fiang., t. II, p · texte numérisé non relu

Traduction fiang., t. II, p

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je pense, donc j'existe. Cet enthyrasme est composé d'un antécédent, je pense, et d'une conclusion qui en dérive, donc j'existe.

« Si l'on cherche à quel titre Descartes admet l'antécédent, il est évident qu'il l'admet sur la foi de sa conscience. Le premier principe adopté par lui dans cet enthymème célèbre est donc celui-ci : les pensées, les doutes, les raisonnements dont j'ai conscience existent certainement, car la conscience me l'atteste. Mais pourquoi s'arrêter en si beau chemin?- Pourquoi ne pas examiner s'il n'existe pas d'autres principes qui ont le même titre pour être reçus? Apparemment Descartes n'eu vit pas la nécessité; il s'en tint à l'autorité de la conscience, imaginant que ce premier principe pouvait porter à lui seul l'édifice entier de la connaissance humaine.

« Passons à la seconde partie de l'enthymème de Descartes. De l'existence de sa pensée, il infère sa propre existence ; par là, il adopte un autre premier principe, un premier principe nécessaire; et ce premier principe, c'est que toute pensée implique un être pensant ou un esprit.

« Ayant établi de la sorte sa propre existence, il en déduit l'existence d'un être suprême infiniment parfait; puis il conclut de la perfection de cet être que les sens, la mémoire, et toutes les facultés qu'il lui a données ne sont point trompeuses.

« Ainsi, quittant la voie battue suivie par tous les hommes depuis le commencement du monde. Descartes rejeta l'autorité de toutes nos facultés, hormis celle de la conscience, et soutint qu'elle devait être démontrée par le raisonnement. »

Nous avions besoin de présenter ces textes authentiques, de peur qu'on ne nous accusât de calomnier Reid. Maintenant nous déclarons qu'il n'y a pas une seule de ces affirmations qui ne soit destituée de tout fondement.

Nous défions Reid et qui que ce soit de trouver dans Descartes cette proposition générale et systématique, que toutes les vérités qui ne sont pas attestées par la conscience doivent être démon-

trées par le raisonnement. Une telle proposition, ni nulle autre semblable, n'est dans aucun ouvrage de Descartes.

Dira-t-ori que si Descartes n'exprime pas cette maxime, il la pratique ; qu'il déduit de la vérité de conscience, je pense, sa propre existence; que de sa propre existence il déduit celle de Dieu; que de la perfection de Dieu et de la véracité divine il conclut la véracité de nos facultés, de sorte que tout repose sur la conscience ou tout s'en déduit par le raisonnement ? Nous nions toutes ces propositions que Reid a entassées sans aucune preuve.

i° L'enthymème cartésien je /;eAise, donc je suis, n'est point un raisonnement. Nous l'avons démontré péremptoirement ^ De^cartes ne déduit pas son existence de la conscience de sa pensée, mais il dit qu'en fait on ne peut pas avoir la conscience d'aucune pensée sans être certain qu'on existe. Cette corrélation nécessaire de la pensée et d'un être pensant ne lui est pas donnée par le raisonnement; car évidemment la majeure d'un tel raisonnement ne peut être Je pense ; il faudrait que ce fût la proposition générale tout ce qui pense existe; or cette proposition générale, dans l'ordie de la connaissance, n'a pu être acquise qu'à l'aide de la vérité particulière : je sais que je suis parce queje sais que je pense. Mais Descartes dit expressément que la vérité particulière précède ici la vérité générale 2; il se défend de déduire l'une de l'autre. « Quand je dis : je pense, donc je suis, ']& ne déduis pas l'existence de la pensée par un syllogisme : neque, cum quis dicit : ego cogito ergo sum, existentiam ex cogitatione per syUogismum deducit 3. » Cela est-il clair? Il faut donc reconnaître que Descartes va de la pensée à l'être pensant par im tout autre procédé que le raisonnement, par une intuition simple ei direcle, s implici mentis intuitu^, laquelle ressemble beaucoup au sens commun de Reid. Le vrai sens de l'en-

1. Premiers Essais, p 27, et plus haut dans ce volume, p. 52, et Philosophie de Kant, leçon vi».

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