Ibid
i. Ibid.
thymème cartésien, expliqué et développé par Descartes lui-même, ruine donc cette affirmation hypothétique que Descartes déduit son existence de la conscience à l'aide du raisonnement.
2" L'erreur de Reid sur l'enthymème cartésien peut s'excuser jusqu'à un certain point; mais que dire de cette assertion inouïe, que Descartes déduit (c'est le mot même de Reid) de sa propre existence celle d'un être suprême infiniment parfait? D'abord cette déduction serait encore bien plus absurde que celle qui tirerait logiquement de l'existence de la pensée l'existence de l'être pensant. Je suis un être imparfait, donc il y a un être parfait, est un raisonnement impossible, à moins qu'on ne suppose la majeure : un être imparfait suppose nécessairement un être parfait. Mais cette vérité générale ne peut être invoquée ; car, dans l'ordre de la connaissance, elle a dû être précédée de la vérité particulière, mon être imparfait suppose un être parfait. Où Reid a-t-il trouvé dans Descartes la majeure de la déduction qu'il lui inipute? Elle n'y est point, elle n'y peut pas être. Descartes ne raisonne pas plus en s'élevant de son être imparfait à l'existence d'un être parfait qu'il ne raisonne en allant de la pensée à l'être pensant. Nous avons plus d'une fois expliqué le procédé cartésien, nous nous bornons à le lappelcr '. En fait, nous ne pouvons avoir la conscience des limites et des imperfections de tout genre de l'être que nous sommes, sans concevoir un être parfait ; il n'y a point là de déduction, mais un passage nécessaire. Quelle faculté autorise à franchir ce passage? Ce n'est évidemment ni la conscience ni le raisonnement ; c'est une autre faculté, la même qui nous fait passer sans raisonnement de la pensée à l'être pensant; et cette faculté, c'est la raison naturelle, ou le sens commun, comme parie Reid.
3*J Reid reproche plusieurs fois à Descartes de faire un cercle vicieux ridicule en concluant la véracité de nos facultés de la véracité divine, laquelle ne nous est connue que par nos facultés.
i. Plus haut. [I. 50, et Philosophie de Kam, legoii vie.
DIMÉMK LE«:0>. — KEID 405
Ceci a besoin d'explication ; et en la prenant du bon côté, on peut donner à la pensée de Descartes une tournure favorable. Avant d'avoir reconnu parmi les diverses perfections de Dieu sa véracité, Uescartes a cm à celle de ses facultés, non-seulement à celle de la conscience qui lui a attesté l'existence de sa pensée, mais à celle de la raison qui lui a révélé l'existence du sujet de sa pensée, et qui enfin, l'imperfection de ce sujet reconnue, lui a fait concevoir un être parfait. Voilà bien des connaissances certaines pour Descartes avant celle de la véracité de Dieu. Quand il parvient à cette connaissance nouvelle, les premières ne lui deviennent pas vraies de fausses qu'elles lui avaient semblé auparavant; mais l'idée d'un auteur de son être véi idique et bon le confirme dans la confiance qu'il avait accordée d'abord à ses facultés et l'encourage à s'y confier de plus en plus. La croyance à la véracité de Dieu ne peut pas être le fondement unique et premier de notre croyance à l'autorité de nos facultés ; il est évident qu'elle la suppose; mais il est évident aussi qu'elle la justifie et la fortifie; car il est impossible de ne pas être d'autant plus porté à croire à ses facultés qu'on les a reçues d'un être parfait et parfaitement bon, et qu'on fait partie d'un système dont l'autem- est un Dieu de vérité. Ainsi prise, la pensée de Descartes est fort acceptable, et je la retrouve dans Reid lui-même.
Essai 11^, chap. 20, Du témoignage des sens et de la croyance : u ' L'homme qui sait que sa constitution est l'œuvre de Dieu et qu'il est dans sa consfitution de croire à ses sens, peut trouver dans cette considération un nouveau motif à l'appui de la confiance qu'il leur accorde. » Mais voici ce qui est encore plus catégorique , cbap. 22 , Des erreurs des se}is 2 : « Des êtres d'une nature supérieure peuvent avoir des facultés intellectuelles qui nous manquent; ils peuvent posséder celles que nous avons à un plus haut degré et tout ù fait exemples des désordres acci-