‹ Philosophie écossaiseChapitre 138 sur 199 · T. m, p. iw · texte numérisé non relu

T. m, p. iw

même temps de nier cet être obtenu avec tant d'eiïorts et de n'admettre que la pensée ?

On peut maintenant apprécier cette assertion générale de Reid *, qu'il faut appeler cartésianisme toutes les doctrines postérieures à Descartes qui n'admettent que l'autorité de la conscience et du raisonnement et aboutissent au scepticisme. Parlons sérieusement : est-ce que Descartes aboutit au scepticisme? Estce qu'il n'admet pas les deux grandes vérités de l'existence de l'âme et de l'existence de Dieu? Ou bien, est-ce qu'il les admet à l'aide de la conscience et du raisonnement qui évidemment n'y peuvent atteindie? Est-ce que lenthymème cartésien tel que Descartes l'explique lui-même est ou une simple aperception de conscience ou un raisonnement? Est-ce que la conception nécessaire de l'être parfait eA aussi une aperception de conscience ou un raisonnement ? De bonne foi, tout cela peut-il être soutenu un seul moment en présence des monuments authentiques et subsistants du cartésianisme ?

Reid est-il plus dans le vrai quand il accuse Descartes d'être un partisan de l'hypothèse des idées représentatives? 11 convient que c'est Descartes qui a détruit la doctrine péripatéticienne de l'émission des espèces sensibles ou images. C'est beaucoup, ce semble; ce n'est pas assez pour Reid; il aurait voulu que Descartes ne laissât subsister aucune trace de cette hypothèse, et qu'après lui avoir poi1é le premier coup, il lui portât aussi le dernier et devançât l'œuvre de Reid. a L'admission des images, ditil -, a mis Destartcs et ses successeurs dans la nécessité de démontrer par le raisonnement la réalité des objets matériels. » Mais Descartes n'a point cherché à démontrer par le raisonnement la réalité des objets matériels. Pom' admettre cette réalité, il lui suffit de se fier à ses facultés perceptives autorisées par la véracité divine. 11 est vrai qu'il n'a pas absolument rejeté l'hypothèse

des idées images, mais il ne l'a pas non plus défendue. Il n'a jamais songé, comme Arnauld l'a parfaitement démontré à Malebranche*, à faire des idées des êtres représentatifs différents de nos perceptions. Mais il n'a pas songé non plus à nier que nos perceptions nous représentent les corps. C'est un reste de préjugé, ou plutôt c'est une manière de parler, passée dans l'usage universel, qu'il n'a ni inventée ni rejetée ; il en use sans y attacher beaucoup d'importance. Lui-même fait la remarque, Reid en convient 2, qu'il n'est pas plus nécessaire que les idées ressemblent aux choses, qu'il neJ'estque les mots ressemblent à ce qu'ils expriment. Cependant, dit-il, pour ne pas trop nous écarter des opinions reçues, nous pouvons leur accorder une certaine ressemblance. La théorie des idées représentatives est si peu, dans Descartes, à l'état de théorie réfléchie, elle y joue un si petit rôle, que, si on la supprimait, le système de Descartes subsisterait tout entier. Descartes et Arnauld gardent le mot plus que la chose, et encore par une sorte de respect humain, pour ne pas bouleverser le langage. Reid ^ se plaint que la manière dont Descartes s'explique, dans les différentes parties de ses ouvrages, sur la perception des objets extérieurs, n'est exempte ni d'obscurité ni d'incohérence ; c'est qu'à vrai dire Descartes n'a pas donné une attention suffisante à la question de la perception externe, par la raison très-simple que cette question n'existait pas de son temps. Encore une fois, le grand objet de Descartes, avec l'établissement de sa méthode, était de raffermir dans l'esprit de ses contemporains la foi à l'existence de l'àme et à l'existence de Dieu, et d'arrêter le scepticisme qui était l'opinion régnante au commencement du dix-septième siècle. Voilà ce qu'on ne doit pas perdre de vue lorsqu'on parle du cartésianisme. Il n'y a pas de plus sûr moyen d'embrouiller et de corrompre l'histoire de la philosophie, que d'imposer à un système des questions qu'il a ignorées; pour le bien comprendre, il faut l'étudier à son point

1. Traile des vraies tt des fausses idées, ■2. T. 111, |i. lC-2.

Page 1