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DIXIÈME LEÇOX. — REIl) 'i09
de vue et dans son temps, reconnaître les questions qu'il s'est proposées et les solutions qu'il en a données, ce qui, dans ce système, tient à la pensée même de l'auteur et ce qui lui est en quelque sorte indifiérent. Disons-le : les idées représentatives sont, dans Descartes, comme si elles n'y étaient pas; elles n'y ont aucune importance , et l'histoire ne peut les y remarquer que pour en tirer cette leçon que les esprits les plus indépendants retiennent toujours quelque chose des anciennes opinions.
Après avoir défendu si longuement Descartes, il nous est presque imposé d'ajouter au moins quelques mots d'apologie pour un autre émincnt personnage que Reid ne connaissait guère, et cju'il a encore moins compris que Descaries : nous voulons parler de Platon. Croirait-on que, dans sa préoccupation de l'hypothèse des idées représentatives, Reid l'ait fait remonter jusqu'à Platon et même au delà? Il fait plus : il prétend que les idées de Platon ne sont guère que les espèces d'Aristote. Voici d'abord comment il expose la théorie péripatéticienne :
Essai I'^'", chap. 1 ' : « Aristote enseignait que tous les objets de la pensée entrent d'abord par les sens; mais comme les sens ne peuvent recevoir les objets matériels eux-mêmes, ils n'en reçoivent que les espèces, c'est-à-dire les images ou formes dépouillées de toute matière; c'est ainsi que la cire reçoit l'empreinte du cachet sans aucune partie de la matière qui le compose. Ces images ou formes imprimées dans nos sens se nomment espèces sensibles : elles sont à ce premier degré les objets de la partie sensitive de l'àme. Là, divers pouvoirs s'en emparent, les raffinent et les spiritualisent; elles deviennent alors les objets de la mémoire et de l'imagination, puis ceux de l'entendement pur. Quand elles sont les objets de la mémoire et de l'imagination, elles prennent le nom d'images proprement dites, '^avrà^^a-ra ; quand un dernier travail les a dépouillées de ce qu'elles ont de particuliei-, et qu'elles
sont devenues par là objets de la science, on les appelle espèces intelligibles; de sorte que tout objet immédiat des sens, de lamémoire, de l'imagination ou du raisonnement est une image quelconque dans l'esprit.» Essai IV"", chap. 11 ' : Aristote pensait trèsprobablement que les formes intelligibles dans l'intellect humain procédaient des formes sensibles, ou plutôt qu'elles étaient ces mêmes formes spiritualisées par l'abstraction et d'autres procédés de l'entendement. Il enseignait qu'il n'y a point d'intellection sans formes intelligibles; point de mémoire ni d'imagination sans fantômes; poiiit de perception sans espèces sensibles. En traitant de la mémoire , il se propose cette diftkulté qu'il tâche de résoudre : comment un fantôme, qui est un objet présent, peut-il représenter une chose qui est passée? »
Que cette théorie soit ou non celle d'Aristote, il est difficile de comprendre quelle analogie Reid a pu y trouver avec les idées platoniciennes. « Aristote, dit-il. Essai IV^, chap. 11, rejeta les idées de Platon comme de pures chimères, mais ce qu'il mit à la place n'en diffère que par le nom et l'origine ; et même ce changement de nom se réduisait à très-peu de chose; car le mot grec ù^oç se lapproche tellement du mot ic?éa et pour le son et pour le sens, qu'en ne consultant que l'étymologie, il serait malaisé de leur donner des significations différentes. Tous deux viennent du verbe Êt(?w, qui signifie voir, et tous deux peuvent signifier vision, apparence. Cicéron, qui entendait apparemment le grec, traduit souvent le mot i^sa. par le mot latin visio. Les Latins ont généralement emprunté le mot grec «<?£« pour exprimer la notion platonicienne, et ils ont traduit le terme dont s'est servi Aristote par spenes et forma 2. » J'en demande bien pardon à Reid, mais il a parlé là de ce qu'il ne savait pas. Autant d'assertions, autant d'erreurs. 1» Il n'est point exact de dire que les Latins aient exprimé l'idée platonicienne par le mot idea, et l'idée péripatéticienne par species et fnriûa. L'ariiée dernière, quand je vous entretenais de l'idée du