T. IV, p
beau dans le sens platonicien ', je vous ai cité un admirable passage de Cicéron où il peint Phidias travaillant, non pas sur un modèle particulier, mais d'après l'idée même de la beauté. Cicéron traduisait presque une phrase du Timée, et il rend le mot platonicien sI(?oç par celui de spenes : Ipsius in mente insidebat species pulchritudinis. 2" l^ia. n'est pas plus souvent dans Platon que dSoç, il y est même moins souvent, de sorte qu'entre Platon et Aristote, il n'y a aucune difTérence dans les termes ; Reid aurait pu triompher de cette identité de mots; et pourtant il y a dans la pensée des deux philosophes une dilTérence essentielle. 3° Qu'importe que le verbe sï^w signifie voir? est-ce qu'il n'y a pas des vues de l'esprit comme des vues du corps? Dans le système d'Aristote, tel que l'a exposé Reid, les idées, avant d'être rendues intelligibles par l'action de l'intellect, sont d'abord des fantômes de l'imagination et des émanations sensibles des objets. Au contraire, les idées de Platon ne sont pas tirées des sensations et des images ; l'esprit ne les forme pas par l'abstraction et par une généralisation successive; il les conçoit parce qu'il a la faculté de les concevoir. Les espèces péripatéticiennes représentent les corps dont elles émanent et dont elles tiennent lieu. Les idées platoniciennes ne viennent en aucune façon des objets ; elles ne les représentent donc pas; ce serait bien plutôt les objets qui les représenteraient imparfaitement. Les idées sont les genres sous lesquels et à l'aide desquels l'esprit comprend toutes les choses particulières; elles sont les conditions de la définition, et par conséquent de la science ; mais elles ne sont nullement les conditions de la vision, de la perception, de la connaissance sensible. Celle-ci a lieu par l'application des sens aux objets ; mais elle n'est en elle-même qu'une connaissance confuse, indistincte, indigne du nom de connaissance ; la vraie connaissance n'est pas dans les choses particulières, mais dans les genres, dans les idées. Quand donc les hommes, esclaves de leurs sens et de leur imagination, s'attachent