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DIXIÈME LEÇO>. — REID 415

tionnel. De plus, dans la question des qualités extérieures et constitutives de la beauté, Hutcheson était arrivé au système plus spécieux que solide qui met la beauté dans le rapport de la variété et de l'unité. Reid a fait faire sur ces deux points un pas immense à l'esthétique: 1° dans l'analyse de l'idée du beau, il a placé le jugement à côté du sentiment ; 2» sans rejeter le principe de l'unité et de la variété, il s'est élevé à une pensée tout autrement grande, féconde et pratique : le premier, je crois, parmi les modernes, ou du moins en Angleterre et en Ecosse, il a réhabilité la théorie platonicienne qui ramène toutes les beautés à la beauté morale.

1° Reid ne repousse point, il emploie même plusieurs fois l'expression de sens du beau. Cette expression en effet a cela d'heureux qu'elle sépare l'idée du beau de toutes les autres et en fait une idée aussi simple, aussi primitive que celle de couleur ou de saveur. Mais Reid n'admet point que l'idée du beau vienne uniquement du sentiment que le spectateur éprouve. H comprend qu'une pareille théorie détruit ce qu'il y a de réel dans la beauté, et ouvre la porte au scepticisme dans l'esthétique, comme Locke, Berkeley et Hume ont introduit le scepticisme en métaphysique en réduisant la perception à la sensation.

Essai VIll*", chap. 1 ' : « Ceux qui prétendent qu'il n'y a rien d'absolu en matière do goût, et que le proverbe qu'on ne doit pas disputer des goûts est d'une application sans limites, soutiennent une opinion insoutenable. On pourrait prouver, par les mêmes raisons, qu'il n'y a rien d'absolu en matière de vérité. Il est aussi facile d'expliquer la diversité des goûts sans nier l'absolu du beau et la réalité du bon goût, qu'il l'est d'expliquer la diversité et la contradiction des opinions sans nier l'absolu du vrai et la réalité du bon sens.

« Il y a plus-, et, si nous voulons nous exprimer avec exacti-

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