‹ Philosophie écossaiseChapitre 15 sur 199 · I. Bowi-r, t. hr, p. 3b'J · texte numérisé non relu

I. Bowi-r, t. hr, p. 3b'J

20 PHILOSOPHIE ÉCOSSAISi:

d'Edinburgh, le célèbre médecin John Pringle, ayant résigné son emploi, il se présenta, pour lui succéder, un Écossais illustre , métaphysicien de génie et homme excellent , mais disciple conséquent de Locke , le sceptique David Hume. Il échoua. Les magistrats appelèrent Hutcheson , alors professeur à Glasgow ; et, à son refus, ils préférèrent choisir un homme obscur, William Cleghorn , plutôt que de livrer au scepticisme la jeunesse écossaise < .

De tous ces faits, de ce tableau fidèle des mœurs, des croyances et de l'enseignement public en Ecosse, ne faut-il pas conclure que la philosophie qui devait sortir d'un tel état social et religieux, et d'universités animées et gouvernées par cet esprit, devait être ce qu'elle a été en effet, c'est-à-dire une protestation du sens commun et de la conscience contre la philosophie de Locke ; protestation plus ou moins élevée dans l'ordre scientifique, selon qu'elle avait pour organes des hommes d'un génie plus ou moins rare, mais en elle-même excellente et bienfaisante, digne de s'étendre au delà du pays qui l'a produite et de paraître enfin sur la scène de la philosophie européenne ?

L'école écossaise était, il y a quelques années, profondément ignorée en France. Notre illustre prédécesseur, M. Royer-Collard, l'a le premier portée dans l'enseignement public. A son exemple, nous vous avons plus d'une fois entretenu de Reid- et de M. Dugald Stewart, Nous nous proposons, dans ce semestre, de vous présenter l'histoire de l'école entière depuis ses commencements jusqu'à nos jours, surtout dans sa partie morale qui est l'objet de ces leçons.

1. Nous avons suivi en cela le récit de M. Rower, i. Il, |i. 34:2. Cependanl M. Uitfhie, auteur de la Vie de Hume, Londres, 1807, allinne, |i. 49, que ce n'est pas à la moit de I*iinglc, mais à celle de Clegliorn, que Hume se présenta pour la chaire de philosophie morale de l'université d'Edinhurgh, et qu'il eut pour concurrent et pour vainqueur James Balfour, auteur d'un ouvrage intitulé : Esquisse de la nature et des obligations de ta moralité', aoec des réflexions sur les Rechrrehes de M. Hume louchatit les principes de la morale. Les deux récits t'ont également |iour la couclusi(ui que nous eu voulons tirer.

H. l'iiE^iiKHs KssAis, IV, Heid ; Du VnAi, Di Beau et du Bien, Passim.

PIlIOMli-Ui: I.FXON. — INTRODICIK» :2J

Nous ferons pour cette école ce que nous avons fait pour l'école sensualiste : nous en marcpierons surtout la suite ; nous ne nous arrêterons qu'aux hommes qui en forment la trame et la chaîne ; nous la considérerons dans trois personnages diflerents et semblables qui la contiennent et l'expriment à peu près tout entière, Hutcheson, Smith et Reid. Nous nous bornerons à quelques mots sur Beattie et sur Ferguson. A ces beaux noms la postérité joindra sans doute celui de M. Dugald Stewart; mais, grâce à Dieu, M. Dugald Stewart n'appartient pas encore à l'histoire K

Hutcheson est le fondateur de l'école ; Smith la développe et lui donne l'éclat de sa renommée ; Reid en est le métaphysicien : il la renouvelle, il la recrée en quelque sorte, et lui imprime un caractère à la fois plus précis et plus élevé. Avec Hutcheson l'école écossaise se distingue de celle de Locke ; avec Reid elle s'en sépare. C'est que successivement toutes les conséquences de la philosophie de Locke s'étaient fait jour. Il ne s'agissait plus seulement, comme au début , de combattre un matérialisme et un fatalisme grossier que repoussaient aisément le sens commun, le sens moral, les nobles instincts de l'humanité ; on avait vu paraître l'ingénieux ft brillant idéalisme de Berkeley, puis le scepticisme rafliné de Hume-. C'est le scepticisme de Hume qui contraignit l'école écossaise de rassembler toutes ses forces pour faire face au plus redoutable adversaire qu'elle eût jusqu'alors rencontré. De là cette polémique vigoureuse où se manifeste enfin dans toute son énergie l'esprit écossais. Reid est le héros de cette polémique, il est le représentant accompli du caractère de son pays. 11 n'y a pas une qualité du génie écossais qui manque à Reid. On peut dire de lui, sans aucime exagération, qu'il est le sens commun lui-même. Quelquefois, le sens commun y est un peu superficiel, quelquefois il y est profond, jamais il ne fait défaut. Le bon sens écossais est plein de finesse : aussi Reid a-t-il

Page 1