‹ Philosophie écossaiseChapitre 154 sur 199 · T. VI, [>. l'JS · texte numérisé non relu

T. VI, [>. l'JS

nier, n'est autre chose qu'une ou 'plusieurs circonstances antécédentes, constamment suivies d'un certain effet, la constance du résultat nous faisant juger qu'il y a une raison suffisante dans la natuie des choses pour qu'il soit uniformément produit dans ces circonstances. » Mais quand les faits sont en opposition avec les théories, c'est à celles-ci de céder. Quiconque connaît la valeur des termes sait parfaitement que ni l'antériorité, ni la concomittance uniforme, ni la réunion de ces deux circonstances n'impliquent la causalité La question même de savoir si nousavons

l'idée d'une cause efficiente prouve que nous l'avons. »

Sur toutes ces généralités, nous sommes entièrinnont de l'avis de Reid, mais il faut en venir au particulier, aux causes particulières, car c'est là qu'est la difficulté ainsi que la lumière. Il n'y a au fond que des causes particulières : ce sont celles-là qu'il s agit de reconnaître avec leur caractère réel.

D'après ce que Reid vient de dire contre Hume et Pricstley, on s'attend qu'il va démontrer l'existence des causes naturelles, des forces qui produisent les phénomènes dans l'ordre physique. Autrement toutes les généralités que nous avons résumées ne s'appliqueraient plus qu'à un seul ordre de causes, à la cause que nous sommes ; elles eussent donc été parfaitement inutiles; il eût sufli de s'occuper tout d'abord de la puissance active particulière que nous possédons. On s'attend, dis-je, que Reid va établir la réalité des causes naturelles. On est un peu surpiis de l'entendre déclarer, au chap. 4 de l'Essai F"", que nous ne connaissons pas ce que peuvent être les causes efficientes des phénomènes de la nature ', et que la vraie physique, lorsqu'elle parle de la cause d'un phénomène, entend seulement par ce mot de cause une loi de la nature dont ce phénomène est la conséquence. L'objet delà philosophie naturelle se réduit à ces deux chefs : premièrement, par une ja te induction, fondée sur l'observation, découvrir les lois de la nature ; secondement, appliquer ces lois à l'explication

des phénomènes. C'était là le seul but auquel Newton aspirait et qu'il croyait accessible ; et Reid cite un passage des Principes où Newton déclare que par les mots d'attraction et d'impulsion il ne faut pas entendre des causes et des forces i, mais seulement des lois mathématiques. Déjà nous avons vu Reid exposer en détail celte opinion dans la lettre à lord Kaimes -. A ce point de vue, il faudrait avouer que Newton, que Reid oppose sans cesse à Descartes, n'a fait après tout qu'achever l'ouvrage de Descartes. Descartes avait retranché de la physique la recherche des causes finales. Newton a retranché jusqu'aux causes efficientes, et n'a laissé subsister que la recherche des lois des phénomènes.

Mais entendons-nous : Reid veut-il dire que nous ignorons la nature des causes des phénomènes naturels, bien que ces causes existent réellement, comme le croit le vulgaire, c'est-à-dire l'humanité tout entière ? Reid dit tantôt oui et tantôt non ; il incline à penser qu'il n'y a pas de causes efficientes des phénomènes naturels, qu'il n'y a pas de forces et de puissances actives dans la nature, que pour les sens il n'y a que des phénomènes qui se succèdent et que pour la raison la seule vraie cause efficiente est Dieu. Remarquez bien le caractère précis de l'opinion de Reid. On peut dire, et nous le prouverions si on le contestait et si c'était le lieu, que les forces de la nature sont empruntées et dérivées, qu'elles supposent une force première, etc. ; cette doctrine ne détruit pas la réalité des causes efficientes naturelles, elle en fait seulement des causes secondes, ce qui est le sentiment universel. Des causes secondes sont toujours des causes, des forces dérivées sont toujours des forces; elles supposent Dieu, elles nous le révèlent derrière la scène de ce monde, mais elles le représen* lent sur cette scène, et elles agissent comme il appartient à des causes et à des forces secondaires. Les lois des phénomènes n'appartiennent pas non plus à la matière : elles la gouvernent, ellea

Page 1