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conscience. A la vérité, toute opération de l'esprit est l'exercice de quelque pouvoir ou faculté, mais nous n'avons conscience que de l'opération ; la faculté reste en dehors do la scène ; et si de l'opération nous pouvons à bon droit induire la faculté, il faut nous rappeler que cette induction n'est pas du ressort de la conscience, mais de la raison.» Il est à croire qu'il n'est pas ici' question du pouvoir de la volonté, car il serait trop étrange que Reid affirmât que nous connaissons notre propie volonté par induction et non pas par conscience.
Reid continue : Ibid. « Nous avons de très-bonne heure, en vertu des lois de notre constitution intellectuelle , une conviction ou une croyance qu'il existe en nous quelque degré de puissance active. Celte croyance toutefois n'est pas la conscience. »
Voici la preuve que Reid en donne : Ibid. « Un homme qui est frappé de paralysie pendant la nuit ignore communément qu'il a perdu la faculté de la parole jusqu'à ce qu'il essaye de parler ; il ignore qu'il ne peut mouvoir ses bras jusqu'à ce qu'il en fass6 l'épreuve. Si sans faire d'essai il consulte sa conscience avec toute l'attention dont il est capable, elle ne lui apprendra nullement s'il a perdu ces facultés ou s'il en jouit encore. Celte expérience prouve nettement que nous n'avons pas conscience de nos facultés. » Cette expérience ne prouve rien. La conscience n'atteste pas ce qui n'est pas, elle n'atteste que ce qui est; la conscience ne peut pas nous apprendre que nous n'avons pas le pouvoir de parler, que nous n'avons pas le pouvoir de mouvoir nos mains et nos bras, mais elle aperçoit immédiatement ce pouvoir lorsqu'il s'exerce et dans l'usage que nous en faisons; comme les sens n'atteignent point une propriété des corps qui n'existe pas ou ne parait pas, tandis qu'ils atteignent toutes les propriétés des corps qui se manifestent. Toutes les fois que Reid veut prouver que nous n'avons pas conscience de la puissance, même de celle qui est en nous, il prend pour exemple la puissance qui n'est pas en acte. Sans contredit, au moment où je parle, je n'ai pas la conscience de pouvoir marcher, car je ne marche pas; mais si je
marche, je prends sur le fait le pouvoir que j'ai de marciier, de sorte que plus tard, alors même que je ne marche pas, j'ai, non plus la conscience, mais la conviction que je puis marcher Si nous n'avions jamais eu conscience de cette puissance réalisée dans une action actuelle et déterminée, il n'y a pas de loi de noire constitution intellectuelle qui nous en eût donné la moindre idée; et la con\iction que nous avons de bonne heure de l'existence d'une telle puissance en nous, vient de ce qu'elle nous est attestée de bonne heure par des actes multipliés qui la livrent à notre conscience. En un mot, la puissance qui ne se manifeste pas encore échappe à la conscience, mais dès qu'elle se manifeste en agissant, la conscience l'atteint, et la réflexion qui succède à la conscience la conçoit peu à peu comme pouvant se manifester, alors même qu'elle ne se manifeste point, et subsistant sans paraître. Ainsi se forme la croyance générale à la puissance active qui est en nous ; la racine de cette croyance est dans la conscience. Cette croyance, née de la conscience, et qui y tient de toutes paris, une fois formée et achevée, ne nous abandonne plus; nous la portons partout avec nous, et toutes nos actions, toutes nos paroles témoignent de notre foi vive, profonde, inaltérable en la puissance active que nous possédons.
Reid associe la puissance active qui est en nous à la volonté, mais sans les confondre. Essai V^ , chap. S*^ ' : a La seule idée claire que nous ayons de la puissance active est prise de cette force intérieure par laquelle nous imprimons certains mouvements à notre corps ou certaines directions à nos pensées, et cette force intérieure ne peut se mettre en exercice que par un acte de la volonté ou une volition. » Voilà bien la puissance active à la fois rapprochée et distinguée de la volonté. Elle est au service de la volonté, mais elle n'est pas la volonté. Qu'est-elle donc ? Si notre analyse est fidèle et complète, elle ne peut être que la puissance de penser et déjuger, ou la puissance organique; or ni l'une ni
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l'autre de ces deux puissances n'ont et ne peuvent avoir le caractère de liberté.
Autre passage où Reid exprime nettement le rapport intime et en même temps la différence de la puissance active et de la volonté i : «L'effet produit et la volonté de le produire sont des choses qui diffèrent beaucoup de la puissance active, mais nous ne pouvons concevoir ce dernier phénomène que dans son rapport avec les deux premiers. »
Reid, plutôt que de placer la puissance active dans la volonté, nie les faits les plus incontestables. Je veux mouvoir mon bras et je le meus; dans ce fait, la puissance de la volonté agit efficacement sur la puissance musculaire, laquelle exécute le mouvement. La volonté est donc la cause, et l'elfort musculaire est l'effet produit par cette cause. Comment la volonté agit-elle sur la puissance musculaire? Nous l'ignorons; comme nous ignorons comment cette cause seconde qu'on appelle le feu produit dans notre âme le phénomène de la douleur. Le comment de ces deux faits nous échappe, mais les deux faits sont certains et se jouent de tous les systèmes. La sensation est l'effet, dans mon âme, d'une cause efficiente physique et extérieure , et l'eflort musculaire est la production d'un effet physique par une cause spirituelle qui est ma volonté. Nier ces deux grands faits de causation , parce que nous en ignorons le comment, est une erreur profonde ; c'est la même erreur systématique qui, soumettant les faits à leur explication, a produit les causes occasionnelles et l'harmonie préétablie.
Croirait-on que Reid arrive presque à ces deux hypothèses ? « La volition 2 est un acte de l'espiit; mais exerce-t-elle une action physique sur les nerfs et sur les muscles, ou bien est-ce seulement l'occasion d'un effet produit sur ces instruments par quelque autre force, en vertu des lois établies par la nature ? C'est un secret pour nous. » Non : Reid place mal notre ignorance. Nous