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Reid se fût épargné tous ces tâtonnements, ces incertitudes, ces obscurités, ces contradictions, ces erreurs souvent bien giaves, si, au lieu de disserter en général sur la puissance active, il eût recherché d'abord les diverses puissances particulières que nous connaissons ; si, après avoir distingué en nous la puissance de la volonté de la puissance de penser et de juger, et surtout de la puissance organique et physique dont nous sommes doués, il eût reconnu dans la volonté, non pas le type unique, mais le type primitif et éminent d'une puissance active et causatrice, incontestablement libre, tandis que la faculté déjuger et de penser a ses lois que nous n'avons pas faites et que nos facultés organiques et locomotives ont aussi leurs lois nécessaires. Nous pensons comme nous pouvons et non pas toujours comme nous voulons. Nous ne sommes pas libres de penser d'une manière ou d'une autre. D'un autre côté, la puissance nerveuse et musculaire qui est à notlc service n'y est pas toujours; si elle est une cause efficiente , comme toutes les causes de la nature, comme elles aussi, elle n'a pas en soi le principe de son action. Il n'y a qu'une cause qui possède en soi le principe de son action, qui ne reconnaisse pas de lois nécessaires, et soit constamment h notre service sans craindre ni paralysie ni défaillance, c'est cette cause singulière et extraordinaire qu'on appelle la volonté. Et celle-là, nous ne la connaissons pas par simple induction, ou en vertu du principe de causalité ou de tout autre principe général; nous la connaissons par le témoignage immédiat et direct de la conscience. La conscience atteint lu volonléàla fois dans son elfetquiestune volition, dans son opération qui est le vouloir même, et dans la puissance causatrice de la volonté se réalisant par le vouloir et s'y manifestant sans s'y épuiser. Cette puissance causatrice est la seule puissance libre. Mais c'est avoir trop insisté peut-être sur la partie défectueuse des trois Essais consacrés dans Reid à la liberté. 11 nous reste une tâche plus agréable et plus facile, c'est de faire connaître ce qu'ils renferment d'irréprochable, d'observations vraies et de raisonnements concluants et décisifs en faveuî" de la liberté.
L'Essai 11'", De la volonté ^ est à nos yeux un modèle d'analyse psychologique et de sens commun.
Reid commence par remarquer que, dans la division ordinaire des facultés de Tàme en facultés de l'entendement et facultés de la volonté, le mot de volonté comprend non-seulement la résolution d'agir ou de ne pas agir, mais les passions, les désirs, les affections qui sont alors donnés comme des modifications diverses de la volonté, ce qui tend à confondre des choses très-diflérentes de leur nature. Il sépare la volonté de tout ce qui n'est pas elle et la définit : « la détermination de faire ou de ne pas faire une chose que nous concevons être en notre pouvoir. 2 »
Voici les caractères qui distinguent la volonté des autres phénomènes de l'esprit :
lo3 L'exercice de la volonté suppose l'intelligence, la connaissance de son objet. Comme un homme ne peut penser sans penser à quelque chose . ni se souvenir sans se souvenir de quelque chose; de même il ne peut vouloir sans vouloir quelque chose; donc tout acte de volonté doit avoir un but, et il faut que celui qui veut ait une conception plus ou moins distincte de ce qu'il veut. Par là les choses faites volontairement sont distinguées de celles qu'on fait par instinct ou par habitude.
2» ^ L'objet immédiat de la volonté, doit être quelque action qui nous soit propre. Par là la volonté se distingue profondément du désir.
Reid rend cette justice à Locke, qu'il a établi entre la volonté et le désir une distinction eflàcée depuis par des écrivains qui ont représenté le désii- comme une modification de la volonté ».