‹ Philosophie écossaiseChapitre 167 sur 199 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

avec justesse à des avocats plaidant à la barre. Or, ce serait mal raisonner que de dire que tel avocat est le plus puissant orateur, parce que la sentence a été rendue en sa faveur ; car la sentence est au pouvoir du juge et non de l'avocat. »

Supposez que les hommes soient vraiment libres : est-ce que pour cela ils s'aviseront de ne pas préférer, entre les actes qui sont en leur pouvoir, ceux qui répondent le mieux à leur inclination présente ou ceux qui leur promettent dans l'avenir un bien réel, quoique plus éloigné? Même dans l'empire de la liberté, ne jugerait-on pas insensé celui qui, ayant à choisir entre deux avantages, préférerait le moindre? La sagesse ne consisterait-elle pas à préférer le plus grand? C'est ce que font les hommes aujourd'hui, en général; il est donc absurde de prétendre que les hommes ne sont pas libres, parce qu'ils se comportent comme ils le feraient encore, s'ils l'étaient.

Tirer un argument contre la liberté de la conformité des actions d'un être intelligent avec les motifs raisonnables d'agir, c'est prétendre que le bon usage de la liberté détruit la liberté, et que la liberté ne consiste que dans son abus.

Enfin Reid, pour en finir avec l'argument des motifs, prétend qu'il peut y avoir une action sans motifs. Sans doute une telle action est très-frivole, mais elle a de l'importance dans la question de la liberté; car si jamais action pareille s'est rencontrée, il s'ensuit que les motifs ne sont pas les seules causes des actions humaines. Or, Reid en appelle à la conscience de tout homme. « Quant à moi, dit-il, je fais chaque jour un grand nombre d'actions insignifiantes, sans avoir conscience d'aucun motif qui m'y détermine. Que si l'on objecte que je puis être influencé par un motif dont je n'ai pas conscience, non-seulement on met en avant une supposition arbitraire, dépourvue de toute preuve, mais on admet que je puis être convaincu par une raison qui n'est jamais entrée dans mon esprit ^.. N'y a-t-il dans le monde ni entêtement,

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