‹ Philosophie écossaiseChapitre 17 sur 199 · LOGIQUE. — PSYCHOLOGIE. — THÉODICKE. — ESTHÉTIQUE · texte numérisé non relu

LOGIQUE. — PSYCHOLOGIE. — THÉODICKE. — ESTHÉTIQUE

Vie d'Hutcheson : Ecossais, pasteur, dissident, libéral. — Professeur de philosophie morale à (Uasgow de 1729 à 1747. — Son esprit général et sa méthode : Hutcheson n'admet d'autre autorité en philosophie que celle de nos facultés naturelles, et (onde toute philosophie sur l'étude de ces facultés. — Sa logique est a peu prés celle de Port-Royal. — Sa psycholoi-'ie est celle de Locke. — Théorie des idées représentatives. — Confusion de la volonté et du désir. — Opinion équivoque sur la liberté. — De la maxime que la nature des êtres nous est absolument inaccessible.

— Spiritualité de l'ùme et son immortalité. — Théodicée : Hutcheson rejette la preuve cartésienne. Sa polémique contre le syllogisme cartésien. Défense de ce syllogisme. Une d'ailleurs la preuve cartésienne n'est pas une preuve logique fondée sur des propositions générales et abstraites; vrai caractère du procédé de Descaries. — De la preuve a posteriori admise par Hutcheson. — Théorie des attributs de Dieu un peu trop scholastique, et mal d'accord avec la maxime que nous ne pouvons connaître la nature des êtres. — De l'incompréhensibilité de Dieu.

— Esthétique. Ce que c'est que le sens du beau, selon Hutcheson. — Exposition de la théorie d'Hutcheson sur les trois points suivants -. 1° Caractères de l'idée du beau; 2° origine de l'idée du beau; 5" éléments constitutifs de la beauté. — Examen de cette théorie, particulièrement en ce qui regarde l'origine de l'idée du beau. Den.v parties, nne négative, qui réfute fort bien la fausse origine de l'idée du beau que donne l'école sensualiste, et une «utre qui assigne à cette idée une origine, non pas fausse, mais inexacte et incomplète. — Du jugement et du sentiment dans la perception du beau. — Hutcheson n'a connu que le sentiment. Mérite et défaut de sa théorie.

Hutcheson est le fondateur de la philosophie appelée, à bon droit, écossaise, puisqu'elle est née et s'est développée au sein de l'Ecosse, et qu'elle en réfléchit le caractère. C'est Hutcheson qui amis au monde cette philosophie; mais il ne lui a pas donné d'abord sa perfection, et même, à vrai dire, il ne l'a pas le premier conçue : il en a emprunté l'idée à Schaftesbury. Hutcheson est en quelque sorte Schaftesbm-y transporté en Ecosse et dans une chaire d'université. Schaftesbury avait tiré de l'antiquité, de Platon,

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de Cicéron, de Marc Aurèle, et pout-êtrc à son insu de Cudworth et de Cumberland, il avait surtout tiré de son âme des idées généreuses opposées à la philosophie de Locke. Hutcheson recueille ces idées ; il les féconde par un sentiment aussi noble, aussi profond que celui qui leur avait donné naissance, et il y ajoute l'ordre et la méthode ; il en fait un système, il fonde une école. A ce titre, sinon comme penseur du premier ordre, du moins comme propagateur puissant, Hutcheson mérite une attention toute particulière.

11 est né en Irlande, mais il est Écossais par son origine, par son éducation, par toute sa carrière.

Et non-seulement il est Écossais, mais il est presbytérien, et presbytérien dissident.

Il tient de toutes parts à la révolution de 1688 ; il a reçu, il a conservé et il a répandu avec ardeur les principes de la liberté civile et religieuse.

Voilà ce que nous apprend sur Hutcheson un homme qui avait passé avec lui une partie de sa vie, qui avait été son collègue dans la même université, et qui en a donné, quelrfue temps après sa mort, une biographie exacte et pour ainsi dire authentique, le révérend William Leechmann, professeur de théologie à l'université de Glasgow. Nous empruntons à cette biographie la plupart des détails qui vont suivre.

Hutcheson appartenait à une ancienne famille du comté d'Ayr en Ecosse. Son grand-père avait quitté son pays pour venir s'établir dans le nord de l'Irlande ; on ne dit pas pourquoi, mais on sait que c'était un pasteur du parti des dissidents ; et, à cette époque, en Ecosse, les dissidents étaient, ce me semble, les Indépendants ou les Finit ainfi. Le père de Hutcheson était aussi ecclésiasticpie et pasteur d une congrégation de dissidents. Tel est le berceau de Francis Hutcheson.

11 naquit dans le nord de l'Irlande, en tfi9k II fut élevé sous les yeux et sous la c'iiection de son grand-père. En 1710, on l'envoya en Ecosse, à l'université de Glasgow, pour achever ses études. Il y demeura six ans, cultivant ;i peu près toutes les parties des

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connaissances humaines, la philosophie, la physique, les littératures latine et grecque, auxquelles il s'appliqua avec le plus grand succès. Ensuite il se tourna vers la théologie, dont il voulait faire sa profession.

C'était alors le temps où le li\Te de Clarke, sur l'existence et les attributs de Dieu, soulevait une ardente polémique. Hutcheson lut avidement ce livre ; mais, tout en approuvant la conclusion, il lui vint peu à peu des doutes sur la solidité du principal argument, appelé l'argument a priori; et il écrivit au célèbre docteur pour lui soumettre ses doutes et lui demander des éclaircissements. Il ne parait pas que Clarke lui ait répondu, ou du moins il ne le convertit pas à sa métaphysique. Dès lors, Hutcheson en porta précisément le même jugement que Reid ^ : il la trouva plus sublime que solide, et il chercha l'évidence dans une route plus humble et plus sûre. Nous verrons bientôt Hutcheson dememer fidèle à cette pensée de sa jeunesse, et à son exemple toute l'école écossaise répugner aux preuves a priori de l'existence de Dieu, de quelque côté qu'elles viennent, soit de Descartes, soit même de Newton dont Clarke était le disciple et l'interprète. L'école entière, comme son fondateur, s'élève à Dieu en partant de l'homme et du monde, et non d'une idée quelle qu'elle soit, oubliant peut-être qu'une idée, si elle est naturelle et nécessaire, si elle fait partie de la constitution intellectuelle et morale de l'homme, est aussi un phénomène qu'il s'agit d'expliquer et qui peut nous conduire à Dieu tout aussi légitimement que les phénomènes de notre constitution physique et ceux du monde extérieur. Nous examinerons plus tard cette opinion de l'école écossaise; en ce moment, bornonsnous à la reconnaître en 1717 dans le jeune étudiant de Glasgow. De retour en Irlande, Hutcheson passa les examens nécessaires pour entrer dans le saint ministère, et il allait être nommé pasteur d'une petite congrégation de dissidents, quand on lui offrit de venir à Dublin diriger un établissement particulier d'éduca-

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