Ibid., [1. \-2j
présent, accepter un mal actuel pour éviter un plus grand mal ou pour obtenir un plus grand bien futur, c'est, au jugement de tous les hommes, une conduite sage et raisonnable ; et si quelqu'un en agit autrement, chacun s'accorde à l'accuser de folie et de déraison.... De là, cette maxime fondamentale de la prudence, que les passions doivent rester sous l'empire de la raison. »
La fin du principe de l'intérêt bien entendu est très-différente de celle des principes animaux, quels qu'ils soient : ceux-ci aspirent toujours à un objet particulier, abstraction faite de tout autre, et sans considérer si leur satisfaction doit, en défini live, procurer plus de bien que de mal. Le principe de l'intérêt bien entendu implique une connaissance étendue de la vie et une appréciation exacte des biens et des maux dont elle est semée sous le triple rapport de leur valeur intrinsèque, de leur durée et de leur possibilité.
On conçoit donc l'importance de la culture de la raison, puisque c'est elle qui, en discernant les biens durables des biens passagers et les biens apparents des biens réels, nous éclaire sur la roule du vrai bonheur.
Il est vrai que l'intérêt bien entendu ne peut engendrer par luimême aucune alTection bienveillante j mais si de pareilles alléctions font partie de notre nature, l'intérêt bien entendu nous porte à les cultiver avec d'autant plus de soin que toute allection bienveillante fait du bonheur d'autrui notre bonheur propre *.
Nous admettons cette apologie du principe de l'intéièt bien entendu : comme il relève de la raison, il lui emprunte une supériorité manifeste sur tous les autres principes particuliers. Toutefois, est-il vrai que ce principe enseigne à l'homme un but nouveau (pie les autres principes ne lui montrent point? c'est ce qu'Hutcheson et Hume avec lui ont contesté. Ils ont prétendu que, dans l'intérêt bien entendu, la raison n'intervient que pour se mettre au service d'un principe étranger. En effet, quel but