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3, Ibid., p. 155.
notion du bien et du mal moral, antérieure et supérieure à tout raisonnement. Il invoque en morale comme dans toute autre science la nécessité de principes premiers indémontrables. Rien de plus certain ; mais comment, en vérité, rapporter à un sens quel qu'il soit des principes égaux en dignité et en certitude aux principes nécessaires du raisonnement ?
Mais, hâtons-nous de le dire, l'erreur de Reid dure à peine un moment. Après cette concession passagère à la tradition ou plutôt à la langue de l'école écossaise, il arrive à une théorie de la perception morale parfaitement semblable à sa théorie de la perception du beau. Dans le chapitre S, de î'.lppvobation et de la désapprobation morale, il établit formellement, comme il l'a fait dans l'esthétique, la distinction radicale du jugement et du sentiment. Cette distinction est le fond et le dernier mot de sa pensée. Cela est si vrai, qu'à la fin du V" Essai dont nous parlerons tout à l'heure, il consacre un dernier chapitre à cette distinction, tant il y attache d'importance! C'est elle en effet qui sépare la morale comme l'esthétique de Reid de l'esthétique et de la morale d'Hutcheson et place son entreprise à côté de celle de Kant.
On ne peut s'exprimer plus clairement que ne le fait Reid dans les passages suivants : « * Nos jugements moraux ne ressemblent point à nos jugements spéculatifs. Ceux-ci sont de pures décisions de l'intelligence qu'aucune émotion n'accompagne, au lieu que pai- leur nature les jugements moraux sont suivis d'affections bienveillantes ou malveillantes et d'émotions de plaisir ou de peine... Quand nous approuvons les bonnes actions et désapprouvons les mauvaises, cette approbation et cette désapprobation ne renferment pas seulement un jugement moral de l'acte, mais encore une affection bienveillante ou malveillante envers l'agent, et une émotion intérieure de plaisir ou de peine. »
Il y a même ici deux distinctions pour une. Non-seulement Reid distingue le jugement du sentiment, mais dans le senti-