‹ Philosophie écossaiseChapitre 182 sur 199 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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pour que j'aperçoive cette vérité. On ne peut rien dire de pareil des sensations, parce que le vrai et le faux sont des attributs qui leur sont étrangers... Si ce que nous appelons jugement moral n'est pas un jugement réel, mais ime sensation, il s'ensuit que les principes de la morale que nous avons l'habitude de considérer comme des lois immuables, auxquelles sont soumis tous les êtres intelligents, n'ont d'autre base que la constitution arbitraire de l'esprit humain ; d'où il résulterait que par le seul eftet d'une modiiication dans notre constitution, ce qui est immoral pourrait devenir moral, la vertu se transformer en vice et le \\ce en vertu; d'où il résulterait encore que des êtres différemment constitués pourraient avoir, selon la variété de leurs sensations, des mesures difl'érentes et même opposées du bien et du mal moral. »

U était impossible que Reid ne rencontrât pas le problème de la lutte des deux principes qui gouvernent l'homme, l'intérêt et le devoir. Ordinairement ces deux principes s'accordent; quand ils viennent à se contredire, auquel des deux l'homme doit-il obéir? Reid écarte toute solution extrême. « D'une part, dit-il % l'amour désintéressé de la vertu est indubitablement le principe le plus noble qui soit en nous; il ne doit jamais fléchir devant aucun autre. D'une autre part. Dieu n'a point mis en nous des principes mauvais ; il n'en est aucun qui méritât d'ètie supprimé, en supposant que cette suppression fût en notre pouvoir. Tous sont utiles, tous sont nécessaires dans l'état actuel. La perfection ne consiste pas à les abolir, mais à les contenir dans les bornes légitimes et dans la dépendance de? principes régulateurs. Quant à l'hypothèse d'une contradiction possible entre ces principes, c'est-à-dire entre l'intérêt bien entendu et le devoir, elle est pureraeul imaginaire. Une telle contradiction est impossible. S'il est vrai que le monde soit gouverné par un Dieu sage et bon, il est impossible qu'on compromette son bonheur en accomplissant son devoir. Quiconque croit en Dieu peut donc faire son devoir en

l. Ibid., p. 181.

toute assurance, et laisser à la Providence divine le soin de son bonheur. La raison nous dit que la meilleure manière d'assurer l'un est de ne songer qu'à l'autre. » Nous ne cherchons point à multiplier les rapprochements entre Reid et Kant, mais il nous est impossible de ne pas faire remarquer que l'auteur de la Critique de la raison pratique agite le même problème, et qu'il le résout également par l'accomplissement désintéressé du devoir soutenu de la confiance en Dieu.

Il nous reste à vous entretenir du Vf et dernier Essai intitulé: De la morale.

11 a été établi que l'homme est libre, et qu'il a été pourvu d'un certain nombre de principes naturels d'action, pairni lesquels deux se présentent comme des principes régulateurs de la conduite humaine. La morale n'est pas autre chose (jue le recueil des règles que ces deux principes, le principe de l'intérêt bien entendu et celui du devoir, nous conseillent ou nous imposent dans toutes les situations où nous pouvons être placés. De là les diverses parties de la morale, les devoirs privés et les devoirs sociaux, le droit naturel, le droit politique, et même les principes de l'économie politique. Reid, comme Hutcheson et Smith, avait dû enseigner à Glasgow toutes ces parties de la philosophie morale ; mais ses ouvrages ne reprodui-ent pas tout son enseignement. Satisfait d'avoir posé les fondements, il n'a pas élevé l'édifice. Après avoir établi le principe du devoir, l'existence d'une loi obligatoire, il ne se demande pas et ne nous apprend point en quoi précisément cette loi consiste, ce qui est bien, ce qui est juste, et quels sont les caractères constitutifs de la justice et de la bonté morale. Laisser dans sa généralité et dans son abstraction l'idée du devoir, c'est bien nous dire que la destinée humaine a un but sublime, mais sans nous enseigner quel est ce but. Sans doute il y a une loi morale pour 1 homme, mais que nous prescrit-elle V A-t-elle des préceptes généraux qui s'appliquent à tous

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