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Voyez pins haut, leçoa vie, p

Son principal poëme, Is Méneslvel, ou h s Progrès du génie, le place assez haut parmi les poëtes contemporains, dans l'opinion des meilleurs juges. Ses Essais sur la poésie et la mvsique ^, sur le rire et les compositions amusantes, et sur l'utilité des connaissances classiques, qui parurent en 1776, ainsi que ses Dissertations morales et critiques, à savoir : De la mémoire et de l'imagi' nation, du rêve, du langage, de la fable et du roman, de l'attachement des parents pour leurs enfants, éclaircissements sur le sublime, publiées en 178o, attestent un critique cminent et instruit, bien digne d'être mis à côté de ses deux collègues Gérard et Campbell. Il a aussi composé un Traité sur l'évidence du christianisme, mis au jour en 1786, et on trouvera un grand nombre de ses lettres, fort importantes pour l'histoire de la philosophie en Ecosse, dans l'ouvrage étendu et intéressant que M. Forbes a consacré à la vie et aux écrits de son illustre ami "'.

Comme philosophe, Beattie a certainement fourni une carrière utile; mais, sans nuire à sa mémoire, on peut dire aujourd'hui qu'il manque d'originalité; il suit Reid et le développe avec éloquence, mais sans y ajouter des vues nouvelles.

Le plus célèbre de ses ouvrages est l'Essai sur la nature et Vimmutabilité de la vérité, contre les sophistes et les sceptiques, 1770. C'est à cet Essai que le nom de Beattie demeure attaché en métaphysique. Le fond en est excellent : l'auteur y continue la polémique du grand philosophe écossais contre le scepticisme de Hume, et en général contre le scepticisme moderne, dont le principe est la prétention de tout démontrer. Nous vous devons au moins une brève analyse de ce livre qui a eu bien des éditions, et suscité dans le temps une très-vive controverse.

Il estdiviséen trois parties. La première partie se compose de deux chapitres. Le premier contient une analyse de la perception de la vé-

1. Il y a une traduclion française de ces divers Essais : Essais sur ta Poésie et la Musique, l'aiis, in-S", an vi.

2. An Account of t lie Life and Writings of James Bcallie, including iiinny of his original Le l ters, eic, û vol. iri-i». F.dinbargb, 180C.

DOLZIÈMIC LEÇON. — BEAnili 489

rite en général. Beattie y établit que la croyance est un acte simple de l'esprit qui n'admet pas de détinition, que la vérité est ce que la constitution de notre nature nous détermine à croire, et l'erreur ce qu'elle nous détermine à ne pas croire. La vérité est de deux espèces, celle que nous percevons par l'intermédiaire d'une preuve et celle que nous percevons immédiatement. La faculté qui nous fait percevoir la vérité de la première espèce est la raison, ou cette faculté qui nous rend capables de chercher, d'après des rapports ou des idées que nous connaissons, une idée ou un rapport que nous ne connaissons pas; faculté sans laquelle nous ne pouvons faire un pas dans la découverte de la vérité au delà des premiers principes. Celle qui nous fait apercevoir la vérité de la seconde espèce, ou les vérités évidentes par ellesmêmes, est le sens commun. On entend par là cette faculté de l'esprit qui perçoit la vérité ou qui com.mande la croyance par une impulsion in^tantanée, instinctive, irrésistible, laquelle ne vient ni de l'éducation ni de l'habitude, mais de la nature. En tant que cette faculté agit indépendamment de notre volonté, elle est un sens, et en tant qu'elle agit de la même manière dans tous les hommes, elle s'appelle le sens commun. Le second chapitre de cette première partie est destiné à prouver qu'en fait tous les raisonnements s'arrêtent à des premiers principes, dont l'évidence est intuitive. Beattie considère séparément l'évidence des sciences mathématiques, l'évidence des sens externes, de la conscience et de la mémoire, l'évidence des raisonnements par lesquels nous remontons de l'etlet à la cause, l'évidence des raisonnements probables et fondés sur l'analogie, enfin cette espèce d'évidence qui nous porte à croire au témoignage des hommes; et il arrive à cette conclusion suprême, que nous ne pouvons absolument rien croire si nous ne croyons beaucoup de choses sans preuves, que tout bon raisonnement repose en dernière analyse sur les principes du sens commun, c'est-à-dire sur des priiuipes iiiiuilivement certains ou iiiluilivcment probables, et conséquemir.ent que le sens commun eet le juge en dernier ressort

de la vérité, et que la raison, que Beattie confond partout avec le raisonnement, doit lui être subordonnée.

La seconde partie de YEssai sur la vérité est un examen de la philosophie sceptique dont la ruine était le grand objet de tous les travaux de l'éloquent professeur d'Aberdeen. 11 présente une esquisse historique des progrès de cette philosophie dans les temps modernes. Suivant une eneur de Reid que nf)us croyons avoir péremptoirement réfutée i, il voit la première apparition du scepticisme dans les écrits de Descartes, et il en trouve avec raison le développement le plus complet dans les écrits de Hume. 11 montre que le scepticisme suit des procédés entièrement contraires à ceux qui président aux recherches des mathématiciens et des physiciens, qu'il substitue l'évidence du raisonnement à celle du sens commun, et aboutit à des conclusions qui contredisent les principes les plus légitimes et les plus universels de la croyance humaine.

Dans la troisième paitie , Beattie répond d'avance aux objections qu'il prévoit, et en se défendant il poursuit ses attaques contre la philosophie sceptique, avec une vivacité qui n'est pas toujours exempte d'un peu de violence et de déclamation.

L'un des défauts les plus graves de l'Essai sur la vérité est celui de la philosophie écossaise à ses débuts : avec Hutcheson et Smith, Beattie absorbe le jugement dans le sentiment. Sous ce rapport, il y aun progrès marqué dans son dernier ouvrage, les Éléments de la science morale, 2 vol., 1790 et 17932. Là, à l'exemple de Reid 3, il distingue parfaitement le sentiment et la raison : « Quelques philosophes, dit-il, ont soutenu que l'approbation morale est un sentiment agréable et rien de plus, et que la désapprobation morale n'est qu'une émotion pénible. La vérité est que l'approbation morale est un phénomène complexe dont l'un des éléments est

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