Logicœ compendium et synopsis metaphysicœ. Glasgow
5. PhilosophuF mnralis instilulio compendiaria, ethices et jurisprudentiœ natiiralis eUmenta continens, etc. Glasgow, 1742. 11 y en a en bien des éditions. Nous eu avons sous les yeux une troisième, imprimée par les Foulis, en 1755.
4. A short introduction to moral philosophy in three booliSj containing ihe élément» of ethics and the law of nature^ with the principles of économies and politiks. Glasgow, 1747.
5. A System of moral philosophy in three books, written by the tate Francis Hutcheson, etc. Tu u:hich ia prefixed an account of the life, writings and character of the aulhor, by révérend Willi-im Leechman prof^saor of dicinity in tlie same unicersity. Glasgow, 1755. 2 vol. ili-4°.
M) l'iiii.osor'iiiK ÉcossAist:
et amplifié. Mêmes divisions générales, même suite de chapitres et presque de paragraphes. On n'y troiive absolument rien de nouveau. Hutcheson est tout entier dans les Recherches sur longim de nos idées de beauté et de vertu ; ce sont elles qui ont fait sa réputation ; elles ont été traduites dans toutes les langues ; elles sont auprès de la postérité le titre d'Hutcheson, et on les doit considérer comme le premier monument de la philosophie écossaise.
Depuis 1729 jusqu'à sa mort, Hutcheson n'a guère été qu'un professem', mais un professeur éminent, qui jeta un éclat inaccoutumé dans la carrière académique en Ecosse.
M. Leechman, qui écrivait en i~'6o et quand Adam Smith professait déjà, n'hésite point à déclarer Hutcheson « un des maîtres les plus puissants et les plus aimables qui aient paru de son temps. » 11 possédait une grande quantité de connaissances diverses qui lui permettaient d'appliquer sa doctrine aux diflérentes matières enseignées dans l'université. 11 n'était pas étranger aux sciences mathématiques et physiques ; il était très- versé dans les littératures anciennes ; sa morale touchait de toutes parts à la jurisprudence ; il avait fait une sérieuse étude de la théologie ; de sorte que les élèves des quatre facultés pouvaient profiter à ses leçons. Ils y venaient presque tous puiser des principes et des directions utiles. Il était communicalif et expansif, ce qui est en quelque sorte le naturel du professeur. Mais c'est surtout du vrai professeur qu'il faut dire : Vir bonus dicendi peritus. Hutcheson aimait et honorait l'humanité, et il en inspirait le respect et l'amour à son jeune auditoire. Toutes ses leçons étaient dirigées vers ce grand objet.
parlait au cœur autant qu'à l'esprit, et en cela il était conséquent à son propre système. Il se complaisait particulièrement à développer les motifs que nous avons de croire à la divine Providence. Ami zélé de la liberté civile et religieuse, il s'appliquait à en faire sentir l'importance pour le bonheur de l'humanité. Il le faisait, dit M. Leechman, avec une telle conviction et une si grande abondance de développement, qu'il y avait bien peu d'élè-
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ves, même parmi coux qui étaient venus avec les picjugés contraires, qui ne finissent par embrasser son opinion.
Et il ne faut pas croire qu'on fit à Glasgow, comme aujourd'hui eu France, une ou deux le(,:ons par semaine ; le cours régulier de philosophie morale comprenait cinq leçons par semaine sui* la lelùjion naturelle, la morale, la jurisprudence naturelle et le gouvernement. Outre cela, trois fois pai- semaine , Hutcheson tenait des conférences où il expliquait les plus beaux morceaux des grands écrivains de l'antiquité grecque et latine sur des sujets de morale. Enfin , il faisait le dimanche soir une leçon sur l'excellence du christianisme, en s'appuyant, dit son biographe, sur le Nouveau Testament plutôt que sur les opinions systématiques et scholasliques des temps modernes. C'était la plus fréquentée de ses leçons, parce que les étudiants de toutes les facultés et de tous les âges, étant libres ce jom-là , se faisaient comme une fête de l'écouter, bien sûrs de trouver toujours chez lui plaish- et instruction.
On conçoit que des occupations ausbi nombreuses laissent peu de loisir pour la composition; mais quelle influence ne donnentelles pas! Celle d'Hutcheson fut immense. Chaque année de nombreux élèves accouraient de toutes les parties de l'Ecosse à Glasgow pour l'entendre ; il en venait même de l'Irlande et de l'AngleteiTe. De 1729 à 1747, c'est-à-dire pendant plus de quinze ans, il forma une foule de jeunes gens qui devinrent plus tard des professeurs, des jurisconsultes, des théologiens, et jouèrent un rôle considérable dans leui' pays. 11 contribua ainsi à la renommée de l'miiversité de Glasgow. 11 lui était attaché par les services mêmes qu'il lui rendait. Aussi, lorsqu'en 17 i3 l'université d'Edinburgh lui offrit la première chaire de philosophie de l'Ecosse, il déclina cette offre brillante et avantageuse , et se contenta de la situation modeste où il faisait tant de bien.
Ce n'est pas qu'à Glasgow aussi il n'eût excité quelques ombrages. « Il y avait bien des gens, dit M. Leechman, auxquels la liberté de sa parole ne plaisait guère, d'autres qui étaient jaloux de sa réputation, d'autres qui le jugeaient avec leurs préjugés.
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d'autres enfin avec leur bigoterie. » A ce langage du docte principal de l'université de Glasgow, parlant ainsi quelques années après la mort d'Hutcheson et pour ainsi dire sur sa tombe, on peut conjecturer que les anciennes accusations qui s'étaient élevées à Dublin contre le pasteur dissident, le gendre d'un officier de la révolution , le partisan déclaré de la liberté civile et religieuse, l'avaient suivi en Ecosse et jusque dans une université presbytérienne.
L'extérieur d'Hutcheson était comme une image de son âme. Sa stature au-dessus de la moyenne, une contenance naturelle et aisée mais virile, donnaient de la dignité à toute sa personne. Ses ti-aits étaient réguliers, son regard exprimait le sentiment, l'esprit, la bonté et la gaieté. Dès le premier aspect, toutes ses manières prévenaient en sa faveur.
Nous entrons dans ces détails, parce qu'ils peignent le fondatem- de l'école écossaise, et parce que tous ces traits honoiables et aimables se retrouvent à peu près dans ses successeurs et composent le caractère général de l'école.
L'enseignement public, quand on y porte le zèle et le feu qui lui donnent tant d'intérêt et de charme pour le maître et pour les élèves, ne peut pas se prolonger impunément. La chaire enflamme et dévore comme la tribune. Hutcheson, tout robuste qu'il était, n'y put tenir longtemps, et périt en 1747, au milieu de ses florissants travaux et d'une renommée toujours croissante, à l'âge de cinquante-trois ans.
Vous comprenez qu'il nous est impossible de vous faire connaître en détail les ditférents ouvrages d'Hutcheson; nous n'en voulons marquer que les traits caractéristiques. Nous y chercherons particulièrement les germes que le temps a développés. Nous prendrons donc librement dans les écrits d'Hutcheson ce qui pourra nous servir à vous doimer une idée exacte de l'esprit et de la méthode de la philosophie nouvelle, de ses principes généraux, de leur appHcation à ce qu'on appelle la métaphysique, surtout à la théorie du beau et à la morale.
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Comme la philosophie ne recheiche (jue les vérités de l'ordre naturel, par une conséquence nécessaiieelle ne les recherche qu'à l'aide des facultés naturelles de l'homme; son seul instrument est la raison naturelle , sa seule évidence est l'évidence naturelle. Elle respecte et elle aime la théologie ; elle en est la sœur, mais elle n'en est point la servante. Toi est le génie propre de la philosophie moderne et de toute vraie philosophie. Cela posé, la méthode philosophifjue n'est plus à chercher, elle est trouvée. Si les facultés naturelles de Ihonune sont les seuls instruments de la philosophie, la première de toutes les connaissances est celle de ces mêmes facultés : l'étude de la nature humaine est donc le point de départ de toute saine philosophie. Voilà la vraie méthode philosophique, et elle dérive de l'idée même de la philosophie. Cette méthode n'est autre que la méthode d'ohscrvatioii appliquée à l'homme; l'observation sensible pour nos facultés physiques; l'observation intérieure pour nos facultés intérieures aussi, pour nos facultés intellectuelles et morales. Aujourd'hui nous nommons la méthode d'observation qui prend l'àme pour objet, la méthode psychologique. Le mot n'est rien, la chose est tout ; et la chose, c'est Descartes ijui l'a découverte ou renouvelée, et qui l'a enseignée à tout son siècle , Locke y compris tout aussi bien queMalebranche.
La première question qui se présente à nous est celle-ci : L'école écossaise est-elle une vraie école philosophique, lidèle, aussi bien que l'école anglaise de Locke et de ses disciples, à la vraie et immortelle notion de toute piiilosophie? A celte question, nous répondons, Hutcheson à la main, que l'école écossaise est une école tout aussi libre que celle de Locke, en possession comme elle de la M'aie méthode, mais la connaissant et la pratiquant mieux.
Ici les citations surabondent, et nous ne sommes embaiTassé que du choix : il faudrait trop citer ou ne rien citer. Quiconque a jeté le regard le plus superficiel sur les ouvrages d'Hutcheson;, y reconnaît un homme qui se propose de conduire ses lecteurs aux
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vérités de l'ordre le plus élevé, mais qui prétend les y conduire à l'aide de leurs facultés naturelles. Hutcheson est un théologien, mais jamais en lui le théologien n'usurpe la place du philosophe. Sans cesse Hutcheson en appelle à l'évidence naturelle, à l'autorité de nos facultés. Nous le verrons attribuer à l'une d'elles une autorité immense; mais cette faculté, sur laquelle il appuie toute la philosophie, est enfin une de nos facvdtés naturelles. Selon lui, c'est des mains de cette faculté que nous tenons l'idée du beau et celle du bien qui nous révèlent plus particulièrement les desseins de Dieu sur nous. La volonté de Dieu nous est attestée par cette faculté et par les idées qu'elle nous suggère; mais ce n'est pas la volonté de Dieu qui, nous étant d'abord déclarée comme un ordre souverain, nous impose l'idée du bien et l'obligation qui y est attachée. Par là, Hutcheson n'a pas craint de braver l'apparence de l'impiété et de s'exposer aux plus tristes accusations. La peur de la calomnie ne lui put faire sacrifier la première de toutes les vérités philosophiques, à savoir, que toutes nos idées sont l'ouvrage direct de nos propres facultés, et par conséquent reposent sur l'autorité naturelle de ces facultés. Sans doute, dans l'ordre éternel , Dieu est le premier et le dernier principe de toutes choses; tout vient de lui, tout nous mène à lui; mais, dans l'ordre historique de la connaissance humaine, ce sont nos facultés, ces facultés que nous tenons de Dieu sans le savoir d'abord, qui, par leur développement naturel, et suivant des lois qu'elles ignorent elles-mêmes, nous découvrent immédiatement des Aérités de tout genre, lesquelles ensuite nous découvrent Dieu. Ainsi la théologie naturelle n'est pas même , pour Hutcheson , le fondement de la philosophie, ni à plus forte raison la théologie proprement dite.
La méthode d'Hutcheson est la méthode expérimentale. Les réfiexions et les doutes qu'avait fait naître dans son esprit l'examen de l'argument de Clarke, le conduisirent à l'idée de traiter la morale comme une science de faits. « Quand il vint à Glasgow pour enseigner la philosophie morale, dit son biographe^ auquel nous
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céderons un moment la parole ^, il appliqua à cette science la méthode qu'il s'était faite : au lieu de rechercher les relations abstraites et les convenances éternelles des choses, il s'adressa à l'obsenation et à l'expérience, et se demanda quelle est en fait la présente constitution de la nature humaine, quel est l'état du cœur humain, et quelle est la destinée qui répond le mieux à la nature de l'homme ? 11 avait vu que l'honneur et l'avantage de notre siècle est d'avoir mis de côté la méthode des hypothèses dans la philosophie naturelle, d'avoir commencé des expériences sur la constitution du monde matériel et reconnu les forces et les lois qui s'y rencontrent : il avait clairement aperçu que c'est en s'attachant inflexiblement à cette méthode que la philosophie naturelle était parvenue à une perfection inconnue aux âges précédents, et qu'on n'y pouvait faire de nouveaux progrès qu'en persistant dans la même méthode. De même, il était convaincu que la vraie philosophie morale ne peut être l'ouvrage du génie ou de l'invention, ou le fruit d'une grande précision de raisonnements métaphysiques, mais qu'il la fallait fonder sm- l'observation exacte des différentes facultés et des différents principes d'action dont nous avons conscience en nous-mêmes, et que nous ne pouvons méconnaître, à des degrés divers, dans toute l'espèce humaine. Une telle méthode, appliquée à la science morale, exige impérieusement qu'on étudie la nature humaine comme un système composé de diverses parties, qu'on observe l'office et la fin de chacune de ces parties et leur subordination natmelle, pour en conclure le dessein général et la fin du tout. Selon lui, c'était cette étude sévère des divers principes ou dispositions naturelles de l'humanité^ tout à fait semblable à l'étude d'un animal, d'une plante ou du système solaire, qui seul peut produire une théorie morale plus solide et plus durable; et il pensait qu'une pareille théorie, bâtie sur des fondements aussi simples et aussi fermes, serait la source de la plus vive satisfaction pour tout ami sincère de la vérité, w
■ 1. Tome I>^r, p. VI et p. \iii.
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U est impossible de se faire une idée plus nette de la vraie méthode philosophique. Reste à savoir si Hutclieson l'a aussi bien pratiquée qu'il l'a conçue. Ici, n'oublions pas qu'Hutcheson u'est point Reid, et que nous en sommes au début et non à la fin de l'école écossaise. N'oublions pas non plus ce que c'était alors qu'un cours de philosophie dans les universités d'Ecosse. On en était encore à cette scholastique dégénérée et abâtardie, qui régnait partout en Europe avant Descartes. Un Cursus pJdlosophicus commençait par la logique; venait ensuite la métaphysique ou onto- Jogie, divisée en physique et en pneumatologie. La pneumatologie avait elle-même deux parties, l'homme et Dieu. Le tout était terminé par la morale. Hutchescjn a bien dû accepter ce cadre convenu d'un cours de philosophie, en 1729, à Glasgow. Ne vous en étonnez pas : c'était encore celui où, avant la révolution française, presque tous les professeurs de philosophie de France jetaient leur enseignement. En effet, voici le Manuel de logique d'Hutcheson, intitulé Logicœ Compendium , et Y Esquisse de métaphysique, Synopsis metaphysicœ, réimprimés, en 1771, à Strasbom'g, évidemment pour l'usage des étudiants. U faut voir d'ailleurs ce qu'Hutcheson a su placer dans ce vieux cadre.
Le Manuel de logique, Compendium logicœ, est un abrégé de la Logique de Port-Royal, précédé d'une courte introduction de philosophiœ origine ejusque inientorihus aut excidioribus prœcipiiis. Parmi ces inventeurs et promoteurs de la philosophie, Hutcheson met, entre autres. Bacon, Descai'tes, Newton, Schaftesbury et Locke. U définit la logique l'art de diriger l'esprit dans la connaissance des choses ou de la vérité. Or, l'esprit a trois opérations ; pour diriger ces opérations, il faut les connaître ; de sorte que nous voilà ramenés à la psychologie comme fondement delà logique. Les trois opérations de l'esprit sont, pour Hutcheson comme pour Port- Royal, l'idée qu'il appelle appréhension, le jugement et le raisonnement. Suit un appendice sur la méthode, sur l'erreur, ses causes et ses remèdes. Vous le voyez : c'est le plan même de Port-Royal. La première partie de YEsquisse de métaphysique traite de
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l'être, suivant la tradition péripatéticienne. Rien de plus vide à la fois et de plus dangereux que Tontologie ainsi considérée à part de la physique et de la pneumatologie , à part des corps, de l'homme et de Dieu. Otez la matière, l'homme et Dieu, que restet-il, je vous prie, en fait d'être? Une idée générale purement abstraite qui ne répond à rien, sinon aune opération particulière de l'esprit de l'homme. On est donc là dans l'abstraction, c'est-àdire précisément dans le néant de l'être. Mais comme ce néant on l'appelle l'être en soi , il est tout naturel qu'on Unisse par lui attribuer l'existence; que dis-je? l'existence suprême et absolue. On ne se doute pas de la foule d'erreurs et d'erreurs monstraeuses qui, depuis Aristote, sont sorties à toutes les époques de cette prétendue science de l'être placée avant celle de tout être particulier, même de Dieu. Qu'a fait Spinoza après tout ? Rempli de cette ontologie partout enseignée, il s'y est arrêté comme à la vraie théodicée ; et il a mis de côté la partie de la pneumatologie qui traite de Dieu, comme très-superflue lorsqu'on est en possession de l'être en soi.
Hutcheson a suivi l'usage en commen(;ant la métaphysique par l'ontologie, et en cela il a violé la méthode expérimentale qui veut qu'on commence l'élude générale de l'être par l'étude des êtres particuliers, et d'abord par celle do l'être particulier que nous sommes. Plus tard, nous verrons la philosophie écossaise briser tout ce cadre artiûciel de la philosophie scholastique et rejeter les derniers restes du péripatétisme. Ici, tout ce qu'a pu faire Hutcheson, c'est do déclarer l'ontologie une science fort mince % nimis exilem, et de répéter plusieurs fois que l'idée de l'être n'est qu'une abstraction, et que la connaissance des êtres réels s'acquiert par la sensation et par la conscience.
On reconnaît là le grand principe de l'Essai sur l'entendement humain. Locke avait mis toute la puissance de l'entendement à opérer sur les idées qui lui sont fournies par les sens et par la