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Épaminondas, et laisse mon sang couler. » Dans quelle situation, à quelle école se forme cet étonnant caractère? Est-ce au sein de la frivolité, de l'affectation, de la vanité où s'enfante la mode, où l'on ne vante que le bon goût ? Est-ce au milieu de ces cités immenses et opulentes où l'on se dispute la magnificence des équipages et des habits, et la réputation de richesse ? Est-ce enfin au milieu de la pompe des cours où l'on apprend à caresser sans affection, à rire sans plaisir, à blesser avec la triste férocité de l'envie et de la jalousie, et à s'ériger une importance personnelle par des moyens que souvent il est difficile de concilier avec l'honneur? Non, c'est dans une situation où les grands sentiments du cœur sont mis en mouvement, où le caractère des hommes, et non leur condition et leur fortune, constitue les principales distinctions; où les sollicitufles de l'intérêt et de la vanité sont absorbées par de plus fortes émotions, et où l'âme, ayant rencontré et reconnu ses vrais objets, ne peut plus se rabaisser à des désirs qui laisseraient dans l'inertie ses talents et sa vigueur. »
Cette noblesse et cette élévation de sentiments et de pensées se retrouvent dans les deux ouvrages qui contiennent la philosophie de Ferguson , et représentent son enseignement à l'université d'Edinburgh. Le premier est un manuel intitulé : Institutions de philosophie morale, à l'usage des étudiants de l'université d'Edinburgh, qui fut imprimé en 1769, a eu bien des éditions, a été traduit presque en toutes les langues, et en français, à Genève, en 1775. Le second est un développement du premier, le manuel converti on un livre , et en un livre fort étendu : Principes de la science morale et politique, 2 vol. in-4o, Edinburgh, 1792.
Déjà, dans l'Essai sur l'Histoire de la société civile, Ferguson, à l'exemple de Montesquieu , citait avec éloge les moralistes de l'école stoïcienne. Ici il renouvelle fréquemment cet éloge; et, sans dissimuler les exagérations et les paradoxes où sont tombés les stoïciens, en déclarant qu'il entend bien se maintenir exempt de tout esprit de secte, et qu'il prendra dans toutes les écoles ce qui lui paraîtra raisonnable et vrai , il laisse paraître sa préfé-
rence pour le stoïcisme. Institutions , IV^ partie , section V^ : Divers systèmes sur l'explication des termes de bien et de mal *. « Ces systèmes peuvent être réduits à trois : l'épicurien, le péripatéticien, le stoïcien. Les épicuriens n'appliquaient les termes de bien et de mal qu'aux jouissances et aux souffrances : ils soutenaient que la sensation animale est la source originelle de toute jouissance, et que la jouissance intellectuelle n'est que la réminiscence et la contemplation de nos sensations. Les péripatéticiens se conformaient à l'usage ordinaire quant à l'application des termes de bien et de mal : ils comprenaient, sous le premier, la jouissance, les perfections et la prospérité, et sous le second la souffrance, les défauts, l'adversité ; mais ils estimaient que la vertu et le vice étaient plus importants que le reste. Les stoïciens limitaient à la vertu et au vice les termes du bien et du mal. Selon eux, la bonté bien entendue est le seul bien, et le manque de bonté et de sagesse le seul mal. Le reste ne mérite pas ces noms ou ne dépend pas de notre choix. Dieu s'en est réservé la distribution et ne nous a confié que le choix de nos intentions et de nos efforts, qui , en toutes circonstances et dans tous les cas, peuvent être également honnêtes. Cette manière de regarder comme le seul bien ce que les autres considèrent plutôt comme un devoir qui fait souvent renoncer au bien , les a entraînés dans le paradoxe et les a fait tourner en ridicule par des esprits superficiels; mais malheur à qui les entend et s'en moque ! » Principes de la science morale et politique, t. 1'', introduction 2^ p. 7 : « On pourrait croire que l'auteur est prévenu en faveur de la doctrine des stoïciens; mais il a pris la vérité partout où il l'a trouvée... Les stoïciens comparaient la vie humaine à une table de jeu : le mérite et l'amusement du joueur consistent à user avec habileté et avec attention des chances qui lui viennent, et ils ne dépendent
i. Traduction française, p. 114.
2. Les Prmc!>.î n'ont pas été traduits en français, et ils méiiteraient bien de l'ètie. La Bibliothèque britannique en a donné des extraits fort insuffisants, t. H, Lilii-ralure, année 1796, et t. XXVIII et XXIX, année 1803.
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nullement de la force de son enjeu (Discours d'Épictète, dans Arrien, liv. II, chap. o). L'auteur a vu jouer ce jeu dans les camps, sur les vaisseaux, à la \ue de l'ennemi, avec plus d'aisance qu'on n'en trouve souvent chez ceux qui agissent dans une situation tranquille. Longtemps il s'est occupé à expliquer ce phénomène, avant d'avoir fait attention à la comparaison d'Épictète. Si ces recherches l'ont conduit aux mêmes maximes professées il y a deux mille ans par une secte de philosophes, il regarde cet accord comme une confirmation de ses pensées, sans se soucier de l'opinion que les heaux esprits de notre temps peuvent se former du stoïcisme. Cicéron, dans ses spéculations^ était académicien : il faisait profession de douter de tout; mais lorsqu'il fut question de donner à son fils des leçons de morale et de le préparer à la vie active, il s'attacha au stoïcisme. C'est dans cette école que les jurisconsultes romains puisèrent les principes de leurs lois et leurs décisions sur le juste et l'injuste. De nos jours, au bout de plusieurs siècles, et malgré le discrédit où cette antique doctrine est tombée, elle a été respectée de ceux qui en ont connu le véritable esprit, de Schaftesbury, de Montesquieu, de Hutcheson. »
Au début de la philosophie écossaise, Hutcheson confond encore la volonté avec le désir, et la liberté lui est un problème très-difficile. Smith ne traite nulle part de la liberté. Grâce à l'étude du stoïcisme, Ferguson sépare sévèrement la volonté des penchants , des appétits même rationnels , comme il les appelle, et du désir : il en fait une faculté dont la liberté est l'essence.
Institutions, V^ partie, XIIl^ et dernière section Yolition ^ « La volition est l'acte de volonté dans les déterminations libres. La détermination est libre toutes les fois qu'elle est volontaire. Les motifs d'après lesquels nous choisissons ne détruisent point notre liberté ; car agir par ces motifs de la manière que nous approu-