Traduction française, p
vons nous-mêmes; vouloir, agir volontairement, être libre dans une action, sont des termes synonymes. » LesPrincipes delà science morale et politique développent avec autant de bon sens que de force ces aphorismes. li*" partie, chap. H, sect. 13, p. 132 : De la volonté et de la liberté de choisir. « L'homme a la conscience de pouvoir choisir parmi les objets qui se présentent à lui ; et il a la conscience des motifs d'après lesquels, dans chaque cas particulier, il a fait son choix. Il peut avoir des inclinations auxquelles il ne cède pas, des tentations auxquelles il est capable de résister; il peut être contraint de demeurer en telle ou telle place; il peut être entraîné dans telle ou telle direction ; il peut ressentir des passions qui lui font faire ce qu'il aurait voulu ne pas faire; mais il a la conscience que dans chaque cas particulier le fait de vouloir ou ne pas vouloir ne peut procéder d'aucune autre cause que de lui-même ; il a la conscience que la part qu'il veut prendre à tout cela est à lui, et que seul il est responsable du choix qu'il a fait.
« Le pouvoir de choisir est un fait dont notre esprit a conscience; il a donc la plus haute évidence dont un fait quelconque soit capable. Tout effort pour l'appuyer par des arguments est vain, et tout effort pour le renverser par des arguments est absurde.
« L'axiome que tout effet doit avoir une cause, ne peut apporter aucune lumière sur ce sujet. L'axiome lui-même n'est pas mieux connu que le fait, que la volonté est libre, et ces deux vérités doivent assurément s'accorder l'une avec l'autre. Vous dites que la conscience de la liberté est un sentiment trompeur; mais alors pourquoi l'axiome, que tout effet doit avoir une cause, n'estil pas aussi une déception? L'axiome est une vérité nécessaire; oui, mais il le faut bien entendre. L'effet est corrélatif à la cause, et tous deux sont inséparables ; mais cela empêche-t-il que la volonté puisse agir sans autre cause que l'esprit même qui veut? Sans doute toute action rationnelle a son motif, mais l'esprit ne peut-il se déterminer lui-même, et, parmi les considérations
et motifs qui se présentent à son choix, être la cause de sa propre détermination ? De ce qu'il y a toujours quelque considération d'après laquelle l'esprit veut ou ne veut pas, il est absurde de prendre la volition comme un acte de nécessité et non de choix. L'analogie d'une balle dont le mouvement est toujours en raison composée des différentes forces qui la poussent, est un sophisme qui consiste à conclure de ce qui se passe dans l'ordre matériel à ce qui doit se passer dans l'ordre moral. Pour que la conclusion fût bonne et l'analogie parfaite, il faudrait que la balle, au milieu des forces opposées qui agissent sur elle, se rendit compte de leur nombre, de leur direction, de leur puissance, et, après avoir fait une belle appréciation de celle qui peut davantage, choisît de se mouvoù' dans la direction de telle ou telle force déterminée.
« L'argument que le pouvoir infini doit avoir préordonné toutes les opérations de la volonté, et que par conséquent ces opérations ne sont pas libres, est un argument à côté du sujet et qui a la prétention de renverser, à l'aide d'une pure conjecture, un fait dont nous avons conscience.
« L'argument tiré de la prescience de Dieu est du même ordre. Est-il légitime de rejeter un fait, qui est parfaitement à notre connaissance, sur l'autorité d'un argument emprunté à ce qui est placé au-dessus de notre portée? Nous ignorons la nature de l'omniscience divine ; et si le Tout-Puissant a permis qu'il y eût, au milieu de cet univers soumis à des lois nécessaires, un ordre de faits contingents et d'actes libres, nous devons supposer que cet ordre-là est une perfection de plus dans son ouvrage. Qui peut douter que l'intelligence ne soit la qualité la plus élevée dans l'échelle de la création? Or la liberté du choix est essentielle à l'intelligence. »
Ferguson ayant établi la libre volonté comme le sujet et le fondement de toute moralité, il est assez naturel qu'il appelle lois de la volonté celles qui s'appliquent à toutes les actions des hommes, actions qui ne sont morales que parce qu'elles partent d'un être libre. Ces lois sont au nombre de trois : la loi de con-
scrvalion, la loi de sociabilité et la loi de la perfection. Inslitutiom, Rp partie, chap. 2, section 2 *.
Selon Ferguson, ces trois lois rendent compte de tous les faits moraux et de tous les systèmes de morale, et elles lui servent à re'fiiter à la fois et à concilier les principes trop étroits admis par ses devanciers.
Contre les philosophes qui réduisent l'idée du bien moral à celle de l'utile, Ferguson montre, avec Hutcheson, que si l'utilité et la vertu se réunissent souvent pour nous pousser dans la inr-mo direction, souvent aussi elles se disputent et se contrarient, et que la vertu, tout en étant ce qu'il y a de plus utile en définitive et de plus sûr pour notre bonheur, ne se confond néanmoins dans notre esprit avec aucune idée d'intérêt privé. Même objection contre ceux qui fondent la morale sur l'intérêt public. « L'utilité, dit Ferguson 2, ni privée ni publique, ne peut rendre compte du phénomène de l'approbation morale. En effet, la seule tentative que fait un homme vertueux pour sauver son ami ou son pays, est un objet d'estime morale, non-seulement s'il a échoué dans son projet, mais même si le résultat est funeste pour lui ou pour les autres. Celui qui meurt avec son ami en essayant de le sauver, celui qui s'ensevelit sous les ruines de sa patrie en la défendant, n'obtiennent pas moins l'approbation morale assurément que le plus heureux aventurier. » Ferguson n'admet pas davantage que la sympathie puisse être le principe de la morale; et tout en reconnaissant que la sympathie est un sentiment social très-louable qui se rencontre fréquemment avec les inspirations de la conscience, il prouve aisément que sympathiser avec une personne ou l'approuver sont des choses fort différentes. Enfin, il condamne les philosophes qui, pour expliquer l'idée du bien ou du mal, ont recours soit à la raison, comme Clarke, soit à un sens moral spécial, comme Hutcheson. 11 adresse à Clarke cette objec-