‹ Philosophie écossaiseChapitre 194 sur 199 · Tiaduclion française, p. lîO · texte numérisé non relu

Tiaduclion française, p. lîO

chants de la nature humaine est celui qui tend à nous perfectionner. Les phénomènes de ce penchant sont l'émulation, l'orgueil, la vanité, l'estime et le respect pour les autres, l'enthousiasme, la grandeur d'âme et le contentement de soi. Pour satisfaire à ce penchant, les hommes renoncent à tout autre plaisii', se soumettent à toute sorte de souffrances. C'est le principe de l'honneur dans les monarchies, de l'ambition et de la vertu dans les républiq^ues. La bienveillance, la bonté de cœur est la plus grande des perfections, et c'est en même temps la source des plus grandes jouissances. » Principes, etc., part. II, ch. 2, sect. 3 : a Si l'on nous demande quel est le principe de l'approbation morale dans l'esprit humain, nous pouvons répondre : c'est l'idée de perfection ou d'excellence que l'être intelligent, placé dans la société de ses semblables, se forme à lui-même et qu'il prend pour règle dans chacun de ses sentiments d'estime ou de mépris et dans chacune de ses expressions de louange ou de blâme. Mais, dira-t-on, le genre humain n'est pas d'accord sur ce sujet : les hommes ne diflerent pas moins dans ce qu'ils admirent que dans ce qui leur fait plaisir. Il est vrai que l'idée de perfection peut être associée à des choses dénuées de mérite; mais malgré l'effet que peuvent avoir de pareilles associations d'idées en égarant le jugement , la vertu est approuvée comme la perfection spécifique ou excellence de notre nature; et comme on n'a jamais demandé pourquoi la perfection était estimée, on comprendra difficilement pourquoi on chercherait une autre explication de l'approbation morale. » Et ailleurs, ibid.: « L'idée de la perfection est une lumière qui guide nos progrès, et l'objet de la philosophie morale est de déterminer cette idée. » Voici maintenant comment Ferguson la détermine. Imtitutions, part. II, chap. 1 , sect. 8 : « La perfection de l'homme consiste dans l'excellence de ses talents et de ses dispositions naturelles ; en un mot elle consiste eu ce qu'il soit une partie excellente du système auquel il appartient. » On reconnaît aisément ici, jusque dans les termes mêmes dont il se sert, l'admirateur et le disciple du stuïcisme.

DOUZIÈME LEÇON. —FERGUSO:* 511

Feiguson met parfaitement en lumière le caractère de la loi morale iFrincipes, etc., part. I, ch. H, sect. 14 laUne loi physique est l'expression générale de ce qui est commun à un certain ordre de choses, tandis que la loi morale, considérée par rapport aux êtres qu'elle gouverne, n'établit pas ce qui est, mais commande ce qui doit être, ce qu'il faut faire ou éviter. »

Enfin, selon notre moraliste, et c'est là le trait le plus caractéristique de sa doctrine, l'idée de la perfection, quoique essentiellement distincte de l'idée de notre bonheur particulier et de l'idée du bien public, les exclut si peu que se perfectionner, faire son bonheur, faire celui d'autrui, c'est, au fond et dans la vraie morale, une seule et même chose, et Ferguson conclut par la théorie stoïque de l'identité du bonheur et de la vertu. « Le bonheur, dit-il, avec Marc Am'èle et Epictète, est la possession du plus grand bien, ou la possession d'une âme bienveillante, sage, courageuse. . . Les définitions du parfait bonheur et de la parfaite vertu sont les mômes. » Institutions, part. IV, chap. 3, sect. 2 et 3.

Il reste à examiner quelle origine Ferguson assigne à l'idée du bien et de la perfection, c'est-à-dire, selon la philosophie écossaise, à quelle faculté il rapporte cette idée. En bon écossais, Ferguson ne s'explique qu'en passant sur cette question, et il se contente d'affii'mer que c'est l'intelligence, en général, qui nous fait distinguer la perfection de l'imperfection, le bien du mal. Pmcîpes, etc., part. II, chap. 2, sect. 3 ; «Nous sommes environnés de choses qui nous paraissent belles ou laides, excellentes ou imparfaites. Nous n'avons point de noms pom* les facultés particulières à l'aide desquelles nous distinguons ces objets ; ou plutôt la distinction est conçue exister dans la nature des choses, et l'intelligence elle-même est supposée capable d'apercevoir cette distinction. Le silence général des langues relativement à une autie faculté est une présomption qu'il ne faut pas ici chercher d'appellation spéciale telle que le sens moral. »

L'idée de la perfection morale naît dans l'intelligence à la vue de telle ou telle action ; elle a donc d'abord le caractère ùune idée

particulière, mais elle ne la garde pas longtemps. L'esprit la dégage des circonstances qui l'enveloppent, la généralise, et l'impose enfin comme une loi à notre conduite. Le procédé ^ qui élève ainsi les idées de leur forme particulière et déterminée à une forme abstraite et universelle, est le même qui, dans l'étude du monde physique, démêle un phénomène avec sa condition essentielle des circonstances accidentelles qui l'environnent, et l'érigé en une loi qui s'applique toujours et partout. La philosophie morale et la philosophie naturelle partent toutes deux de l'observation de faits particuliers, et aspirent à des lois générales, et l'un et l'autre y parviennent par le même chemin : « L'excellence morale dont nous avons l'idée nous apparaît dans des actions accidentelles, passagères ; mais nous n'avons pas de peine à l'abstraire de ce qu'il y a de défectueux et d'imparfait dans ces actions pour la faire servir comme une règle d'appréciation morale. » Principes, etc., part. II, chap. 2, sect. 3.

Telle est la doctrine générale de Ferguson, aussi simple qu'elle est élevée. On retrouve dans sa méthode la sagesse et la circonspection de l'école écossaise avec quelque chose de plus mâle et de plus décisif dans les résultats. Le principe de perfection est un principe nouveau, plus rationnel à la fois et plus compréhensif que la bienveillance et la sympathie, et qui, selon nous, place Ferguson comme moraliste au-dessus de tous ses devanciers. Donnons ici quelques-unes des vues ingénieuses, nobles, souvent profondes semées dans ses différents écrits.

Institutions, III^ partie, chap. ter, sect. 5 2 : « Le mal moral est le désaccord de la nature de l'homme avec la notion qu'il a de la perfection.

« La plainte du mal moral est l'indice d'une nature perfectible.

1. Voyez une descri;iliou exacle el la théorie de ce procédé, du Vrai, du Beau et DU Bien, leçon ne, p. is, etc.

-2. Trart. fr., p. 103.

« Un être qui n'apercevrait aucun mal m(«ral, aucun défaut, n'aurait aucun principe pour se perfectionner.

« Pour détruire la plainte du mal moral, il faudrait ou que les hommes fussent délivrés de toute imperfection, ou qu'ils fussent insensibles aux imperfections qu'ils ont. Le premier est impossible - les hommes doivent avoir les imperfections d'mie nature créée, et nous ne savons pas quelle est leur moindre mesure possible D'un autre côté, si l'homme n'apercevait pas ses défauts, ce serait une imperfection dans sa nature. Le sentiment énergique de ses défauts et de ses erreurs est la source de ses plaintes et de .on avancement : c'est une beauté dans sa nature.

Ibid., IVe partie, chap. 2, sect. 6 i : « 11 ne faut pas mesurer le vrai bien d'un homme par les jouissances qui sont en son pouvoir : les qualités personnelles en sont la vraie mesure... La vertu est par elle-même le plus grand avantage, la possession la plus sûre ce qui rend les hommes le plus capables d'user de leurs autres avantages, de leurs autres possessions. Le vice est malheureux par lui-même et tourne en malheur toutes nos circonstances extérieures. « Ibid., chap. 3, sect. l , 2, 3 : « ^ Le plus grand bien dont la nature humaine soit capable, c'est une âme juste et bienfaisante. »

Essai sur la société civileK « Suivant les notions communes, faire du bien est un devoir, en recevoir est un bonheur Mais s. le bonheur réside dans la bienfaisance et la fermeté d ame, il s'ensuit que le bien qu'on fait produit infailliblement le bonheur dans celui qui le fait, tandis qu'il ne le produit pas toujours dans celui qui le reçoit. Il s'ensuit aus.i que le plus grand bien que puissent faire à leurs semblables les personnes douées d un cameère ferme et bienfaisant, c'est de leur communiquer cet heuieux clractère. Voulez-vous, dit Epictèle, rendre le plus grand service

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