Trad. fr.,t. l.lp. l
à votre ville, mettez vos soins, non pas à élever de superbes édifices, mais à exalter l'âme de vos concitoyens. J'aime bien mieux de grandes âmes logées dans de petites maisons que de vils esclaves rampant dans de magnifiques palais. »
Comme Beattie, Ferguson divise les devoirs en deux classes, ceux qui peuvent être exigés par voie de contrainte et ceux qui ne regardent que la conscience et ne peuvent être que recommandés par voie de persuasion.
Les devoirs qui emportent de la part des autres le droit de contrainte, sont les fondements du droit naturel et la matière des lois proprement dites. C'est par là que Ferguson entre dans la politique.
Il commence par délivrer la science politique de l'idée fausse et désastreuse que Rousseau y avait introduite, celle du contrat social. Institutions, V^ partie, chap. 10, sect. 3 ^ : « Le contrat social duquel on déduit, suivant quelques écrivains, les devoirs des hommes qui vivent en société, n'est qu'une fiction de théorie, semblable à ces fictions de jurisprudence par lesquelles une action qui dérive d'une source est soutenue comme si elle dérivait d'une autre. Ainsi l'action réciproque de tutem- et de pupille, qui dérive de l'équité, était soutenue dans le droit romain comme dérivant d'un contrat. 11 n'y a point eu réellement de contrat avant l'établissement de la société... Les fictions de droit peuvent être commodes pour arranger les actions civiles, mais ne sont d'aucun usage pour expliquer les lois naturelles. Les droits originaires des hommes, fondés sur l'humanité et sur le pouvoir inhérent à chaque homme de se défendre, sont si loin d'acquérir de la force par une prétendue convention, qu'ils en sont réellement affaiblis. Les hommes sentent l'obligation qu'ils ont de s'abstenir de faire du tort antérieurement à celle d'être fidèles à leurs engagements. La dernière est comprise dans la première et fondée sur elle. Aucun contrat, aucune situation ne peuvent priver un homme de tous
t. Trad. franc., p. 165.
DOUZIÈME LEÇO!». — FERGUSON 515
ses droits et le faire devenir la propriété d'un autre. Personne ne naît esclave, parce que tout homme est né avec tous ses droits originaires. Personne ne peut devenir esclave , parce que nul homme ne peut cesser d'être une personne, et devenir, comme dit le droit romain, une chose, un objet de propriété. La prétendue propriété du maitie sur l'esclave est donc une usurpation et non un droit. »
Fcrguson établit aisément que, loin de diminuer la liberté naturelle, la société la garantit et la développe. « La loi, dit-il, Institutions, Vie part., chap. 3, sect. 3 \ donne en différentes sociétés des droits inégaux à ceux qui en sont membres ; mais la liberté consiste à jouir sûrement des droits que la loi nous donne. »
Parmi les diverses maximes qui, selon Ferguson, dominent toute la science politique, il faut surtout remarquer celle-ci : Les institutions politiques qui assurent le plus efficacement la sûreté et le bonheur d'une nation, sont celles qui sont le mieux adaptées au caractère de cette nation et aux circonstances où elle se trouve. Si donc on suppose un État d'une grande étendue, où les rangs et les conditions sont très-divisés, cet État-là est plus fait pour la monarchie tempérée.
Ferguson ne se lasse point de combattre et de flétrir les gouvernements despotiques : «Les gouvernements, dit-il 2, qui dépouillent les hommes de leurs droits, qui mettent de l'arbitraire dans leurs propriétés, qui supposent que la force est le seul moyen de gouverner, ceux-là tendent à produire la tyrannie et l'insolence dans le souverain , l'abjection et l'esprit servile dans le sujet, à couvrir de pâleur tous les visages, comme dit Montesquieu (Esprit des lois, liv. VI, chap. 5), à remplir tous les cœurs d'abattement et d'effroi. »
Ferguson parlait ainsi en 1769, avant que la Révolution fran-