‹ Philosophie écossaiseChapitre 3 sur 199 · IV AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

IV AVERTISSEMENT

indéterminée et indéterminable, c'est-à-dire un pur néant. Leibniz, plus cartésien que Spinoza et Malebranche, quoiqu'il s'efforce de ne le pas paraître, doit à la méthode réflexivesa principale gloire en métaphysique, la définition précise de l'idée de la substance et de l'être par celle de la force, dont le type nous est donné en nous-mêmes dans le sentiment de la force intelligente et volontaire que nous sommes. Mais jamais Leibniz n'avait régulièrement exposé la vraie méthode; loin de là, il s'était fatigué à réduire on syllogismes achevés les vérités de conscience et de réflexion découvertes par Descartes *. 11 aspire à donner à la philosophie le caractère et la certitude des mathématiques; il travaille à perfectionner la démonstration, au lieu de puiser sans cesse aux sources vives de l'observation intérieure et delà réflexion, d'où dérivent toutes les vérités essentieUes, toutes les évidences primitives sans lesquelles la démonstration elle-même n'est qu'une forme vide appliquée à des abstractions, La fortune de Locke, cet autre disciple infidèle de Descartes , est d'avoir combattu cette manière de piiilosopher , et rappelé la pliilosophie sur la terre , comme de son temps l'avait fait Socrate. Mais on sait comment Locke, en se jetant à l'extrémité opposée, a corrompu bien vite et égaré l'observation 2, et par quelle suite de procédés extraordinaires, substitués à la méthode expérimentale, son interprète Gondillac a fini par réduire la philosophie à une science presque algébrique , et au nominalisme le plus vain et le phis scholastique qui fut jamais ^. Le vrai Socrate n'a donc pas été Locke ; c'a été

i. Voyez Philosophie de Kant, leçon vie, Dialectique transeendfutale. •2. Phii.osopiih; semsualiste, i'« leçon, etc. .". Ibid., lie el me leçons.

AVEIITISSEME.NT.

ce modeste et laborieux pasteur d'une pauvre paroisse d'Ecosse, qui, après avoir passé quinze ans dans une retraite prolonde à s'étudier lui-même, à se bien rendre compte des opérations de son esprit, des sentiments et des convictions de son cœur, parvenu peu à peu à dissiper à cette pure lumière les fantômes mensongers des plus célèbres systèmes, sortit de sa solitude, alla porter les fruits de l'enseignement qu'il s'était donné à lui-même dans l'humble chaire de la petite université d'Al)erdeen, et là, el un peu plus tard à Glasgow, accomplit dans l'ombre une grande et durable révolution. Reid a eu, comme Socrale, la pleine conscience de l'entreprise qu'il formait et qu'il avait longtemps mûrie en silence; il a exposé avec une clarté suprême sa méliiode , à laquelle , ainsi que Descartes, il déclare qu'il doit tout ; il l'a constamment pratiquée sans l'abandonner jamais ; il l'a léguée à ses successeurs, qui l'ont fidèlement recueillie; c'est de lui qu'elle relève aujourd'hui dans le monde ; c'est de lui que nous la tenons, et que nous avons peut-être appris à la reconnaître et à la mieux comprendre ilans Descartes. La philosophie spiritualiste du dix-neuvième siècle se rattache assurément à Descartes, et c'est ce grand nom , tout national et tout français, que nous portons sur notre drapeau; mais nous serions bien ingrats si nous ne confessions que nous devons beaucoup aussi à Reid, car nous lui devons M. Royer- CoUard. C'est là, ce semble, un assez bel ouvrage du philosophe écossais et de sa métliode.

Voici maintenant deux autres services mémorables de Reid, deux applications originales de la vraie méthode philosophique qui, selon nous, mettent le nom de leur auteur parmi les noms immortels : c'est d'abord l'absolue et

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