VI AVERTISSEMENT
définitive destruction de la théorie des idées représentatives, et en même temps la restitution de la puissance naturelle de l'esprit humain dans la connaissance.
Le scepticisme triomphait d'avoir ébranlé l'apparente solidité de l'intermédiaire convenu des idées représentatives \ par lesquelles seules jusqu'alors les philosophes permettaient à l'esprit de connaître les choses et de se connaître lui-même. Ce n'est pas une médiocre gloire à Reid d'avoir le premier fait voir que ce* triomphe du scepticisme était vain, parce qu'il n'était remporté que sur une chimère, sur un procédé artificiel qui n'a rien à démêler avec celui qui sert de fondement à la foi du genre humain. Non certes, il n'est pas vrai que les idées représentent les objets extérieurs et qu'elles leur ressemblent ; mais il n'est pas vrai non plus que nous songions le moins du monde à cette prétendue représentation et à cette impossible ressemblance, lorsque nous prenons connaissance des objets extérieurs. Que l'homme de l'école bâtisse un système, que le disciple de Démocrite ou d'Aristote imagine des espèces sensibles et le disciple de Locke des idées, pour expliquer une connaissance qui lui paraît si difficile à acquérir et à justifier : l'homme naturel n'a pas tous ces scrupules, et il connaît le monde extérieur, placé devant ses sens, sans aucun intermédiaire qui le lui représente et qu'il croie y être conforme. Pour cela, il lui suffit de la faculté innée de connaître qui lui a été donnée, et à laquelle il se fie avec une entière sécurité. Lorsque nos sens ont reçu l'impression des objets et que la sensation est une fois accompfie, cette faculté de connaître entre à son tour en exercice,
1. Voyez, pour le détail, et pour la pleine intelligence de ce niorrean, loulo la leçon VIP et le commencement de la leçon viiie.