Philusophy of Rlietoric^ vol
4. Eisuys on poetry and music as they affccl ihe miiid ; on luughter and liidicrou» composilions ; on the iitility of classical Icaining. Edinbnrgli, 1776. VEstai sur la poésie et la musique a été traduit en français en 1798.
5. Dans l'excellent recueil intitulé Phil^saphical Ea.iays^ \SiO.
Recherches, Part, l, chap. I, § 12 : « La beauté nous frappe dès la première -voie, et la connaissance la plus parfaite ne saurait ajouter à ce plaisir. Elle peut seulement ou y en joindre un second fondé sur la raison, ou produire cette espèce de joie intérieure que nous sentons en voyant augmenter nos connaissances. » — § 13 : « Les idées que la beauté excite dans notre âme nous plaisent nécessairement et immédiatement, de même que les autres idées sensibles. Il n'y a ni résolution de notre part, ni aucune vue de profit ou de dommage qui puisse altérer la beauté ou la laideur d'un objet. Car, comme dans les sensations extériem'es, aucune vue d'intérêt ne nous peut faire trouver un objet agréable, et qu'aucune crainte d'un mal, distingué de la douleur qui accompagne immédiatement la perception, ne saurait nous le faire haïr; de même quelque récompense et quelque châtiment qu'on propose aux hommes, on ne viendra jamais à bout de leur faire aimer un objet hideux, ou de leur en faire éviter un qui leur plaise. On peut bien les forcer à dissimuler leurs sentiments, à fuir l'un et à rechercher l'autre en apparence; mais on n'empêchera jamais que les sentiments et les perceptions qu'ils ont des objets ne soient toujours essentiellement les mêmes. «
Hutcheson insiste longuement sm- le caractère désintéressé de l'idée du beau. IMd., § 14 : « Le plaisir que la beauté produit en nous est tout à fait distinct de cette joie que nous sentons à la vue de quelque avantage. Combien de fois ne nous arrive-t-il pas de néghger ce qui est utile et convenable pour obtenir ce qui est beau, sans nous proposer d'autre avantage dans cette poursuite que le plaisir qui accompagne les idées que l'objet excite en nous ! Cela prouve que, quoique nous puissions rechercher ce qui est beau pai' amour-propre et dans la seule vue de nous procurer des plaisirs
i. Nous nous servons de la traduction française, Amsterdam, t7-i9, parce qu'elle est tri's-répandue, bien qu'elle soit au-dessous du médiocre. Elle a été faite, dit le traducteur, sur la le édition anglaise; et pourtant elle ne donne ni l'excellente préface de la 3e édition, qui est sous nos yeux, ni la fin de l'ouvrage, qui contient la partie politique.
DEIXIÈME LEÇON. — Hl TCHESON 67
(jui nous flattent, ainsi qu'il arrive à l'égard de l'architecture, du jardinage et de plusieui's autres objets semblables, il ne laisse pas d'y avoir un sentiment de beauté antérieur à la considération de ces avantages... Le sentiment de la beauté des objets est fort différent du désir que nous avons de les posséder. Ce désir que nous sentons de posséder ce qui est beau peut être contre-balancé par les récompenses et les châtiments ; mais les uns ni les autres n'auront jamais de pouvoir sur le sentiment que nous en avons.» — Ibid., § lo : « Si nous n'avions point en nous le sentiment de la beauté et de l'harmonie, nous trouverions peut-être les édifices, les jardins, les habits et les équipages convenables, utiles, chauds ou commodes : mais jamais nous ne les regarderions comme beaux. » — Chap. 4, § 7 : «11 est étonnant que l'ingénieux auteur de 1'^/ciphron ait osé avancer que toute beauté en général n'est fondée que sur l'utilité qu'on découvre ou qu'on imagine dans l'objet où elle se rencontre. Sa raison est que l'idée de l'utile se présente continuellement à notre esprit, lorsque nous jugeons de la forme des chaises, des portes, des tables et de quelques autres ustensiles d'une utilité évidente ; mais on voit, au contraire, que dans ces objets-là même, on cherche la conformité des parties, quoiqu'on eût pu s'en passer. Par exemple, les pieds d'une chaise ne laisse* raient pas de servir également, quoique d'une forme toute différente, s'ils avaient la même longueur, et quoique l'un fût droit et l'autre courbe, l'un tourné en dedans et l'autre en dehors. Quelle utilité retire-t-on de l'imitation des ouvrages de la nature dans l'architecture ? Pourquoi un pilier qui tient des proportions du corps humain nous plait-il davantage qu'un autre? ce pilier est-il destiné au même usage que l'homme ? A quoi bon imiter les autres objets naturels et réguliers dans l'entablement ? N'est-ce pas parce que limitation nous plaît partout où elle se trouve, indépendamment de l'avantage que nous pouvons en tirer ? L'homme n'aimet-il que la fîgm'e des animaux dont il espère recevoir de l'utilité ? La figure d'un cheval ou d'un bœuf peut bien être un garant des services que le propriétaire a droit de s'en promettre ; mais sera^
t-il le seul a être charmé de la beauté de ces animaux? Ne découvre-t-on pas de la beauté dans les plantes, les fleurs et les animaux dont l'usage nous est inconnu? »
L'idée du beau est universelle. Chap. 6, § 4: « Pour montrer que ce sentiment est universel, il suffit de faire voir que tous les hommes aiment mieux l'uniformité dans les sujets les plus simples que son contraire, lors même qu'ils n'en espèrent aucun avantage... Voyons si jamais quelqu'un a été privé de ce sentiment. On a fait quelques essais dans les exemples les plus simples de l'harmonie, parce que, dès qu'on rencontre une oreille incap6d)le de goûter les compositions complexes telles que sont nos airs, on ne se donne plus la peine de les lui faire sentir. Mais il n'en est pas de même dans les figures; et l'on n'a jamais vu un homme choisir, de propos délibéré, un trapèze ou quelque courbe irrégulière pour en faire le plan de sa maison, ou négliger le paiallélisme et l'égalité dans la construction des murailles opposées, à moins qu'il n'y ait été obligé par quelque motif de convenance. De même, on ne s'est jamais servi de trapèze ou de courbes irrégulières pour les portes ou les fenêtres, quoique ces figures eussent pu également être employées au même usage, et souvent épargner aux ouvi'iers du temps, du travail et de ladépense. Malgré la bizarrerie qui règne dans les modes, il ne s'en est jamais imaginé aucune où l'on n'ait pu remarquer quelque symétrie, ne fût-ce que dans la ressemblance des deux côtés du même habit et dans quelque convenance avec la figure du corps. Les grotesques ont toujours une beauté relative fondée sur leur ressemblance avec des objets qui souvent sont beaux dans leur origine... Qui jamais s'est plu dans l'inégalité des fenêtres d'un même étage, ou dans celle des jambes, des bras, des yeux ou des joues d'une maîtresse? »
U. De l'origine de l'idée du beau.
Hutcheson réfute à merveille la fausse origine que l'école sensualiste donne à l'idée du beau. 11 fait justice de cette peur ridicule des idées innées qui fait méconnaître l'idée naturelle de la beauté. U reprend à ce sujet la polémique de Shaftesbury contre Locke.
PKIXIÈMK I.nCON. — !irr( IlESON 69
Ibid., § 8 : « Rien n'est plus ordinaire à ceux qui rejettent avec M. Locke les idées innées, que d'alléguer que le plaisir que nous goûtons à la vue de la beauté et de l'ordre n'a d'autre principe que l'utilité, la coutume et l'éducation, sans qu'ils appoilent d'autres preuves de leur sentiment que la variété des idées qu'on remarque parmi les hommes ; d'où ils concluent que nos idées ne naissent point de la faculté naturelle d'apercevoir ou du sens qui est en nous ^. » ^ 10 : «On observera, une fois pour toutes, tju'un sens intérieur ne présuppose pas plus une idée innée que celui qui est extérieur. Ils sont tous deux des facultés naturelles d'apercevoir, ou des déterminations de l'esprit à recevoir certaines idées à la vue des objets. » Cliap. 7,^ 1 : «Bien des gen? prétendent que la coutume, l'éducation et l'exemble sont la cause du goût que nous avons pour ce qui est beau... Mais je vais montrer qu'il y a dans nous une faculté naturelle d'apercevoir, eu im sens de beauté antérieuià la coutume, l'éducation ou l'exemple. >>
« La coutume ne donne aucun sens nouveau... La coutume peut très-bien attacher l'idée d'ime crainte religieuse à certains édifices, mais elle ne fera jamais recevoir ces sortes d'idées à un être natiuellement incapable de craindre... Jamais elle ne fera aimer à un aveugle les objets à cause de leur couleur, ou à un homme qui n'a pas de goût les mets à cause de leur délicatesse... .Jamais la coutume ne nous ferait trouver agréables les liqueurs et les remèdes qui irritent et qui enivrent, s'ils n'étaient. pas tels au goût. De même, si nous n'avions point un sens naturel de la beauté, la coutume ne nous eût jamais fait imaginer de la beauté dans les objets, comme elle ne nous eût jamais fait goûter les charmes de l'harmonie, si nous eussions été sans oreilles. La coutume peut nous rendre capables d'avoir des idées plus complètes de la beauté des corps ou de l'harmonie des sons, en augmentant notre attention et la faculté d'apercevoir qui est en nous, mais elle parait
1. Il fam t:adiiirp : TCiir.c farnltc^ natnielle de perception on d'un fcns qui snil en non s
70 PHir.osoiMiii: kcossaîsi;
plus capable d'ailaiblir que de fortifier les idées du beau ou les impressions agréables que les objets réguliers font sur nous. Serait-il possible autrement qu'une personne sortîi en plein air par un beau soleil, ou pendant une nuit fort claire, sans éprouver ces transports que Milton nous peint dans nos premiers parents, au moment de leur création? La coutume peut aussi nous aider à découM'ir plus aisément l'usage d'une machine composée, et nous en faire connaître l'utilité; mais elle ne sam'ait jamais nous la faire imaginer comme belle, si nous n'avions aucun sentiment naturel de la beauté. Nous pouvons de même, avec son secours, découvrir avec plus de facilité la vérité des théorèmes composés, mais nous éprouvons que leur beauté nous frappe aussi vivement dès la première fois qu'après les avoir examinés avec plus d'attention. Elle nous rend aussi capables de retenir et de comparer les idées complexes, et par conséquent de discerner certaine uniformité plus compliquée qui échappe à ceux qui ne sont point encore versés dans aucun art ; mais tout cela suppose un sentiment naturel de beauté fondé sur l'uniformité. »
Ibid. , ^ 3 : H L'effet de l'éducation est denous attacher à des opinions quelquefois vraies, quelquefois fausses, et de nous faire souvent regarder des objets qui n'ont aucune qualité réelle comme la cause du plaisir ou de la douleur que nous ressentons. Elle fait encore que certaines associations d'idées, qui ont été produites volontairement ou par hasard, ne peuvent s'effacer qu'avec la plus grande peine. C'est à elle qu'on doit attribuer l'antipathie de certaines personnes pour l'obscurité, pour certains mets, et pour certaines actions indifférentes, ainsi que la sympathie mal fondée qu'on remarque dans quelques autres ; mais, dans ces exemples, l'éducation ne nous fait jamais concevoir des qualités que nos sens sont réellement incapables d'apercevoir... On n'a jamais vu un aveugle-né aimer ou haïr un objet à cause de sa couleur. Il peut avoir entendu mépriser une couleur, et la concevoir comme une quahté sensible tout à fait différente des autres sens; mais c'est tout. De même, un homme qui naturellement n'a aucun goût ne
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saurait recevoir l'idée de ce sens parle secours de l'éducation... L'éducation d'un Goth peut bien lui persuader que l'architecture de son pays est la plus parfaite, et la haine qu'il a conçue contre les Romains lui faire de même attacher quelques idées désagréables à leurs édifices et l'exciter à les démolir; mais jamais il n'eût été sujet à de pareils préjugés s'il n'avait eu aucun sentiment de de la beauté. Un aveugle a-t-il jamais raisonné sur la préférence que mérite le pourpre ou l'écarlate?... L'éducation et la coutume ne peuvent influer sur nos sentiments intérieurs qu'à la condition qu'elles les précèdent. La connaissance de l'anatomie, l'étude de la nature, une observation exacte de l'air du visage et des attitudes du corps qui accompagnent les sentiments, les actions et les passions, peuvent nous mettre en état de juger de la justesse de l'imitation; mais si nous n'avions aucun sentiment naturel de la beauté qui s'y trouve, nous n'en serions pas plus touchés que de l'arrangement d'une centaine de cailloux jetés au hasard... »
« L'exemple ne donne pas davantage un sens intérieur... L'exemple peut nous porter à conclure sans réflexion que nos compatriotes ont atteint la perfection dans leurs ouvrages, ou qu'il y a moins de beauté dans l'ordonnance des édifices et des tableaux des autres nations, en sorte que nous nous contentions d'ouvrages fort imparfaits. La crainte que nous avons de passer pour des gens dépourvus de goût et de génie nous fait souvent approuver les ouvrages des artistes qui ont le plus de réputation dans notre pays, ce qui détourne ceux qui ont beaucoup de talent ou un sentiment délicat d'aspirer à la perfection. L'exemple est cause aussi que des personnes qui n'ont aucun goût prétendent avoir une perception plus vive qu'elles ne l'ont en effet ; mais tout cela suppose une faculté naturelle de recevoir les idées de la beauté et de l'harmonie. »
Hutcheson justifie aisément cette proposition, que la faculté qui nous donne l'idée du beau ne peut être confondue avec aucune autre, que c'est un sens différent des autres, et surtout des sens externes et physiques. Chap. 1, § 1 1 : « On croit assez com-
munément, dit-il, que les animaux sont doués des mêmes perceptions que nous, quant aux sens extérieurs; on soutient même qu'il y en a en qui elles sont plus vives, mais il en est peu et même point qui possèdent cette faculté d'aperception que nous nommons sens intérieur... » Ibid.,, § 10 : « On pourrait appeler les idées que nous avons de la beauté et de l'harmonie, perceptions des sens extérieurs de la vue et de l'ouïe ; mais il faut bien les distinguer des autres sensations qui appartiennent également à la vue et à l'ouïe, et que les hommes peuvent avoir sans aucune perception de la beauté et de l'harmonie Une raison qui nous
empêche d'attribuer l'idée du beau aux sens extérieurs, c'est que, dans quelques autres perceptions où ces sens ont très-peu de part, nous décou\Tons encore de la beauté, par exemple dans les théorèmes, dans les vérités universelles, dans les causes générales, et dans quelques principes applicables à un grand nombre d'objets... Puisqu'il y a tant de facultés différentes d'apercevoir, et puisque les perceptions les plus parfaites des sens extérieurs ne produisent pas le même plaisir qu'une personne de bon goût trouve dans la beauté ou dans l'harmonie, on peut avec raison désigner par un autre nom ces perceptions plus subtiles et plus agréables qui proviennent de ces deux qualités, et appeler la faculté que nous avons de recevoir ces sortes d'impressions, sens intérieur. La différence qu'on remarque entre les perceptions suffit pour autoriser l'usage d'un nom différent, surtout lorsqu'on a soin d'en fixer la signification. »
On le voit : si Hutcheson distingue le sentiment du beau des autres sensations , du moins est-ce toujours à la sensibilité qu'il rapporte la perception particulière de la beauté. « C'est, dit-il, ajuste titre qu'on donne le nom de sens à cette faculté d'apercevoir, puisque, semblable aux autres sens, elle procure un plaisir tout à fait différent de celui qui provient de la connaissance dos principes, des proportions, des causes ou de l'usage des objets. »
m. Reste à savoir on quoi consiste la beauté, quelles sont les
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qualités qui, se rencontrant dans un objet, le font beau, et plus ou moins beau, selon que cet objet les possède plus ou moins.
Après avoir distingué la beauté naturelle, qu'il appelle absolue, de la beauté d'imitation, qu'il appelle relative ou comparative, Hutcheson trouve les éléments essentiels de Tune et de l'autre dans l'accord de la variété et de l'unité, qu'il nomme improprement uniformité.
Chap. 2, ^ 3 : « 11 semble que les figures les plus propres à exciter en nous l'idée de la beauté sont celles dans lesquelles l'uniforraité se trouve jointe à la variété. Ce que nous appelons beauté dans les objets, à parler mathématiquement, parait être en raison compf)sée de l'uniformité et de la variété, de sorte que là où l'iuiiformité des corps est égale, la beauté s'y découvre à proportion de la variété, et vice versa. Ceci s'éclaircira par des exemples. »
Hutcheson cite d'abord des exemples empruntés aux tigm-es de la géométrie ; puis il passe à la beauté naturelle. Ibid., § .'i : L'idée que nous avons de la beauté qui règne dans les ouvrages de la nature a le même fondement. On remarque dans chacune des parties de l'univers que nous appelons belles, une uniformité surprenante, jointe à une variété presque inlinie. » 11 passe en revue les principaux objets de la nature, sur lesquels il vérifie sa théorie. Il l'applique ensuite aux créations de l'art. Chap, 3, § 8 : « On peut observer la même chose dans tous les ouvrages de l'art, sans en excepter les ustensiles les plus communs, car on trouve que la beauté de chacun d'eux dépend uniquement de l'uniformité et de la variété sans lesquelles ils paraissent mesquins, irréguliers et difformes. »
Hutcheson termine dignement ses Recherches sur la beauté en les rattachant à la Théodicée. Il établit que la beauté des êtres créés n'étant autre chose que la variété ramenée à l'imité, témoigne d'une régularité universelle où il est impossible de ne pas voir l'œuvre d'une cause intelligente. Partout se rencontre le beau à quelque degré, et toute beauté est une combinaison régulière ; il y a donc partout im dessein manifeste, une Providence. La force
/( l'ini.osoi'Hir, ixossAisi:
de cet argument augmente à proportion de la beauté qui se découvre dans la nature. Plus une machine qui fonctionne est compliquée, plus on est obligé de supposer de sagesse dans sa cause, suivant la multiplicité des parties et la convenance de leur structure, alors même qu'on y aperçoit quelque mal ou qu'on ignore entièrement l'intention du tout. La mesure de la beauté étant le rapport de la variété à l'unité, il y a d'autant plus de beauté dans la nature que nous voyons un grand nombre d'effets utiles ou agi'éables résulter d'une cause générale. Qui est-ce qui ne trouve pas plus de perfection et de beauté dans une horloge qui marque les heures, les minutes, les secondes et les jours du mois, à l'aide d'un seul ressort ou d'un seul poids, que dans une machine qui ne produit le même effet et ne satisfait aux mêmes fins que par des mouvements plus composés? Or, l'étude de la nature nous décou^Te plusiem's exemples de causes universelles, de principes d'une simplicité admirable. Entre autres exemples, Hutcheson cite la gravitation. Chap. 3, § 21 : « Le principe uniforme de gravité retient tout à la fois les planètes dans lem"s orbites, unit les parties de chaque globe, et raffermit les montagnes ; élève les vagues, les abaisse de nouveau et les arrête dans leur lit; délivre la terre de son humidité superflue en faisant couler les rivières ; élève les vapeurs par le moyen de son influence sur l'air, et les fait retomber ensuite en forme de fluide, procure une pression uniforme à notre atmosphère, pression nécessaire à nos corps en général, mais encore plus à la respiration, et nous fournit un mouvement universel, applicable à une infinité de machines. Cette mécanique n'est-elle pas incomparablement plus belle que si l'on supposait dans la Divinité autant de volontés que d'effets particuliers, dont chacune prévient quelques-uns des maux accidentels qui émanent de cette loi générale? On pourra follement s'imaginer que cette dernière manière d'opérer nous eut été plus avantageuse et n'eût point distrait la toute-puissance ; mais alors l'univers eût été privé de la beauté qu'on y remarque, et les hommes n'eussent trouvé aucun plaisir dans la contemplation de ce spectacle
DKlMKMi: l.KCON. — Hl HIIKSON /.)
qui leur est maintenant si agréable. Il n'est personne qui n'aime mieux être exposé aux maux inséparables de l'humanité, que de ne pas jouir de cette forme harmonieuse qui a été une somxe inépuisable de plaisirs dans tous les siècles. « Nous pouvons ici reconnaître la belle âme que M. Leechman nous a peinte attenlive et infatigable à s'élever elle-même et à élever ses auditeurs et ses lectem-s à l'idée d'une divine Providence. La beauté lui en était une occasion bien naturelle ; Hutcheson la saisit avec empressement ; et comme la femme sacrée de Mantinée dans le Banquet ' de Platon, de beautés en beautés il remonte à lem- type immortel et s'y aiTète avec complaisance. Nous n'avons pas eu le courage de l'interrompre ; il faut pomtant revenir au point de départ, aux trois questions sm' lesquelles nous avons successivement fait connaître là doctrine du philosophe écossais.
Nous commencerons par la dernière, et même nous en dirons fort peu de chose.
La théorie qui fait consister le beau dans l'accord de l'unité et de la variété n'est pas nouvelle. Plotin, dans l'antiquité, a déjà exposé cette théorie, et il n'est pas le premier à qui l'idée en fût venue. Hutcheson a du moins le mérite de se l'être appropriée, en l'appuyant sur une multitude d'exemples qui la confirment ou qui l'expliquent. Quoiqu'il y ait plus d'une beauté, pai- exemple celle d'un acte héroïque, celle d'un vers d'Homère ou de Corneille, où le mélange d'unité et de vaiùété semble assez difficile à saisir, cette théorie est néanmoins, parmi toutes celles que les philosophes ont inventées pour déterminer les caractères intimes de la beauté, la plus raisonnable et la moins contraire a l'expérience 2.
Restent les deux autres questions toutes différentes de celle-là, et qui ne sortent pas des bornes de la psychologie, à savoir: quels
1. De Vru. Di- lÎEvi- ET Di BiF.N . 2e partie, le(;on vue, et le tome VI de notre tradactioii de Platon.