‹ Philosophie écossaiseChapitre 5 sur 199 · AVERTISSEMENT. VII · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. VII

et elle perçoit l'existence des objets extérieurs et de leurs qualités par la vertu qui est en elle, et sur la seule autorite de la véracité dont elle a été douée par le bienfaisant auteur de notre être. 11 en est de même de la connaissance de l'esprit. Il se connaît lui-même sans aucun autre intermédiaire que la conscience et à l'aide de la lumière naturelle qui y est attachée. Toutes nos connaissances premières sont des jugements qui emportent avec eux une absolue conviction de leur propre légitimité et de la réalité de leurs objets. Plus tard, nous pourrons comparer entre elles deux connaissances préalablement obtenues, pour vérifier leur convenance ou leur disconvenance, en porter de nouveaux jugements , en tirer de nouvelles connaissances. Mais il ne faut point intervertir ici l'ordre d'acquisition de nos connaissances, et confondre les jugements simples et indécomposables qui nous donnent les notions premières, avec les jugements toul différents et les autres procédés de l'esprit auxquels nous devons les notions dérivées et postérieures. Le jugement comparatif, le raisonnement, la déduction, l'induction, sont des modes de connaître légitimes et certains, qui chacun ont leur emploi et leur autorité. Mais ces divers modes de connaître qui se développent successivement dans le progrès de la vie intellectuelle, supposent tous une puissance de connaître qui agit instinctivement, s'applique directement à ses objets, et est à elle-même sa propre garantie. C'est cette puissance que nous avons nous-même si souvent rappelée et décrite sous le nom d'intuition et de spontanéité \ et dont nous avons trouvé dansReid le germe fécond .

1. Voyez Premiers Essais, Avertissement, p. xvii, et le fragment intitulé De la spontanéité' et de la re'fli'xion, p. 230, etc.; De Vrai, DU Beau et du Bien, ne leçon. p. 42, etc., Philosophie de Kaxt, leçon viiie et leçon xie, etc.

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Plus on y pense, plus on est frappé de la position neuve et hardie que Reid a prise dans la longue polémique instituée sur la théorie des idées représentatives. Au lieu de contester les arguments élevés contre celte théorie sur laquelle reposait le dogmatisme de l'école régnante, il les a acceptés, accrus, fortifiés ; il s'est joint à Berkeley et à Hume pour arracher les derniers appuis qui restaient à ce dogmatisme, et sur ses ruines il a rétabli le dogmatisme de la nature, inaccessible et inébranlable à tous les efforts du scepticisme , renversant ainsi du même coup Locke, Berkeley et Hume , accablant à la fois toutes les fausses pliilosophies et relevant la véritable, celle qui veut bien se réduire à n'être que l'interprète de la nature et de Dieu. C'est de lui qu'on aurait pu dire avec une rigueur parfaite : Le genre humain avait perdu ses titres en philosophie, Reid les lui a rendus.

Nous omettons bien d'autres mérites éminents du philosophe écossais. 11 a porté dans la morale le même esprit que dans la métaphysique. Partout il a restitué des faits importants, oubliés ou dénaturés par les systèmes des philosophes. Son analyse est à la fois solide et pénétrante. Il décrit si exactement ce qui se passe en nous, qu'à force d'être fidèles, ses descriptions nous semblent toutes simples, et qu'on ne se doute i)as des longs efforts de patiente réflexion qu'a dû lui coûter cette connaissance limpide et sincère. En nous montrant à nous-mêmes tels que nous sommes, il nous inspire, avec l'humiUté qui nous convient si bien, une fierté légitime. On sent, en le lisant, qu'on appartient à une noble race qui a ses misères, mais aussi ses grandeurs ; on est pénétré de reconnaissance envers le suprême auteur de toutes choses qui, en nous appe-

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lant à l'existence, a daigné nous communiquer un rayon affaibli de son intelligence , de sa liberté , de sa bonté désintéressée; et il serait juste aussi de reporter un peu de sa reconnaissance sur l'homme laborieux, réfléchi et modeste, qui, en retraçant notre image, s'est effacé luimême , pour s'attacher à son modèle et le faire paraître dans toute sa vérité.

Nous l'avouons de borme foi : Reid n'a point l'étendue, l'éclat, la force, la hauteur de vues et de langage qui placent à la tète de l'histoire de la philosophie Platon et Aristote, Descartes et Leibniz. Mais devant ces noms-là tout autre languit, et au-dessous d'eux il y a place encore à une juste gloire. Reid est incontestablement un des plus grands connaisseurs de la nature humaine qu'il y ait jamais eu, et, avec Kant, le premier métaphysicien du dix-huitième siècle. Nous ne nous défendons pas de les honorer et de les aimer presque également l'un et l'autre. Nous les avons plus d'une fois comparés ; le temps n'a fait que contirmer à nos yeux les frappantes analogies que nous avions autrefois signalées entre eux , et nous pouvons répéter ici ce que nous disions dans une de ces leçons de l'année 1819 ^ : «Tous deux ont eu la même simphcité de mœurs, le « même attachement à la vérité et à la vertu, la même « modestie et la même indépendance , la même pa- « tience de méditation et la même méthode diversece ment appliquée. Leurs doctrines ont des différences « sensibles et des affinités profondes. Us relèvent l'un et « l'autre d'un maître commun qu'ils suivent sans le bien con- « naître , le NTai fondateur de la méthode psychologique,

l. \osei, eu ce \oluiue, la le(;on vie, |i. 272, elc.

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