I. Plus haut, p. loG
avons rassemblé bien des pages précieuses à cet égard. Nous nous bornerons à citer les suivantes qu'on pourrait rapporter à Kant i aussi bien qu'à Smith. On y verra la sympathie instinctive et invincible du cœur humain pour la vertu, conduisant naturellement à la croyance légitime en un Dieu et une autre vie. Smith n'interrompt donc point, il continue et il fortiOe la tradition de la théodicée écossaise.
« Quoique l'homme, semblable aux divinités des poètes, cherche continuellement des moyens extraordinaires de soutenir la vertu contre le vice, quoiqu'il s'efforce comme eux de détourner le trait qui menace la tête de l'homme vertueux, et d'accélérer les causes qui peuvent anéantir le méchant, il est néanmoins hors de son pouvoir de rendre le destin de l'un et de l'autre tel qu'il le désirerait. Le cours naturel des choses ne peut pas être entièrement dirigé par ses efforts impuissants ; leur mouvement est trop rapide et trop fort pour pouvoir être arrêté par lui, et quoique les lois qui dirigent ce mouvement semblent avoir été choisies dans les vues les plus utiles et les plus sages, elles peuvent amener des efiets qui blessent tous nos sentiments naturels. Que les combinaisons d'un grand nombre d'hommes l'emportent sur les combinaisons d'un seul; que ceux qui ont formé ime entreprise , étant assurés de tous les moyens de succès, réussissent jîlutôt que ceux qui ont négligé de les prendre ; que chaque fin soit atteinte, uniquement à l'aide de ce que la nature avait pré* paré pour y arriver ; tout cela parait être conforme à une règle immuable, nécessaire, et même utile et propre à exciter l'activité et l'attention des hommes. Cependant lorsque, en conséquence de cette règle, nous voyons la violence et la fraude prévaloir sur la justice et sur la bonne foi, quelle indignation s'élève dans tous les cœurs ! Quel intérêt et quelle compassion ne nous inspirent pas les souffrances de l'innocent, et quel ressentiment et quelle fureur ne s'élèvent pas en nous à la vue du triomphe de l'op-