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CINOnÈMK LEfON. — SMITH 201
bonheur des autres, dans la bienveillance. Il considère la bienveillance comme un principe d'action déjà bien préférable à la prudence. Il le fait remonter avec raison jusqu'à l'école platonicienne. Nous citerons ce morceau à l'usage des personnes qui s'imaginent que l'amour et la charité ne sont entrés dans la philosophie morale qu'avec le christianisme ' : « La nature divine 2, selon les platoniciens, n'agit que par un principe d'amour ou de bienveillance, et ce principe dirige les ellets de toutes ses autres qualités. La sagesse de Dieu était occupée à trouver les moyens qui conduisent aux fins que sa bonté lui faisait choisir, et sa puissance à mettre ces moyens en œuvre. La bienveillance, cependant, était loujoiu's l'attribut suprême et principal de la Divinité, celui duquel dérivait toute l'excellence, et, si l'on peut s'exprimer ainsi, toute la moralité des actes divins. La perfection et la vertu de l'homme consistaient à avoir quelque ressemblance et quelque similitude avec la perfection divine, et conséquemment à posséder, à quelque degré, le même principe d'amour et ds bienveillance qui déterminait toutes les actions de la Divinité. Les actions des hommes, qui provenaient de ce motif, étaient les seules dignes de louanges, les seules dignes des regards de la Divinité. Ce n'est que par des actes de charité et d'amour que nous pouvons, autant qu'il nous est possible, imiter la Divinité et exprimer notic admiration et notre respect pour ses perfections infinies; ce n'e:;t qu'en nourrissant nos cœurs du même principe qui l'anime que nous pouvons donner à nos ailections quelque ressemblance avec ses attributs divins, et devenir nous-mêmes les objets propres de l'amour et de l'estime jusqu'à ce que nous arrivions à cette communication intime avec la Divinité, qui était le principal objet de cette philosophie. »
Smith n'hésite point à reconnaître que, parmi les modernes, Hutcheson est celui qui a développé le système de la bienveil-
t. Sur la charité, voyez Du Vrai, du Beau et nu lîiFy>', leçon xve, et Philosophie SENSIAI.ISTE, Aiipendice \e^,ju.<iliee et charité'. i. Tuiduction l'iuiiç , t. 11, jt. 20f.
lance de la manière la plus ingénieuse et la plus philosophique. Il rappelle les faits suivants : que dans toute action, le mélange d'un motif d'intérêt personnel, comme l'alliage dans la monnaie, détruit ou au moins diminue à nos yeux sa valeur; que le bien public est envisagé comme la règle générale à laquelle on doit tout rapporter, et que personne n'a jamais douté que ce qui tend au bonheur du genre humain ne soit moralement bon. En un mot, il se complaît à mettre en lumière tout ce qu'il y a de vrai « dans ce système aimable i, qui tend particulièrement à nourrir et à fortifier dans le cœm" de l'homme les affections les plus douces et les plus généreuses, qui ne se borne pas à réprimer les injustices de l'amom- de soi, mais qui affaiblit puissamment ce motif, en nous rappelant que son influence ne peut ennoblir aucune de nos actions. « Après avoir ainsi rendu hommage à son devancier et au principe de la bienveillance, Smith n'a pas de peine à faire voir que ce principe n'explique pas les vertus d'un autre ordre, la tempérance, la constance, la fermeté; qu'il n'envisage les actions que par leurs effets bienfaisants ou nuisibles, sans pouvoir rendre compte de leur propriété ou de leur impropriété, de leur convenance ou de leur inconvenance. La bienveillance, et, selon l'expression chrétienne, la charité, peut être le seul motif d'action d'un être tout-puissant, indépendant et parfait ; mais il n'en est point ainsi de l'homme. Nous aussi, nous croyons avoir solidement établi cette critique 2 de la théorie d'Hucheson. Mais elle a pom- Smith mi inconvénient, c'est qu'elle tourne contre son propre principe. La sympathie en effet ressemble fort à la bienveillance. Selon Hutcheson, elle n'est qu'un côté de la bienveillance; et selon Smith, la bienveillance n'est qu'un côté de la sympathie. Sans rechercher laquelle des deux explique l'autre, il est évident que toutes les deux sont également insuffisantes à exphquer la vertu. Comme il y a des actes
^. Ibid., p. 20s.