‹ Philosophie écossaiseChapitre 58 sur 199 · Ibid.^ p · texte numérisé non relu

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3. Soi' Hobbes, voyez Philosophie sexsualiste, les trois dernières leçons.

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trouve d'injuste, de blâmable et de vicieux. La loi, comme Tobseive très-bien le docteur Cudworth, ne peut pas être la source primitive de ces distinctions; car il peut être juste de lui obéir, injuste de lui désobéir, ou indifférent de faire l'un ou l'autre. Or, il est évident qu'une loi à laquelle il peut être indifférent de se soumettre ou non, n'est pas la source de la distinction qu'il y a entre le bien et le mal; elle ne l'est pas davantage, s'il est véritablement juste de lui obéir et injuste de lui désobéir, puisque cette justice et cette injustice supposent nécessairement l'existence d'une idée antécédente du bien et du mal à laquelle l'obéissance et la désobéissance sont conformes. Ainsi, puisque l'idée de la distinction du bien et du mal existe dans notre esprit antécédemment à toute loi, il s'ensuit nécessairement que cette idée est le résultat de la raison qui nous fait connaître la différence du bien et du mal, de même que celle de l'erreur et de la vérité. » Smith a l'air de partager cette opinion de Cudworth, mais au fond il ne l'approuve que négativement, dans ce qu'elle a de contiaire à l'opinion de Hobbes. Comme Hutcheson, il a méconnu la nature propre de la raison; il la confond avec le raisonnement ou du moins avec la réflexion : selon lui, elle consiste à tirer des inductions de l'expérience et à former par là successivement un certain nombre d'idées générales, de maximes, de règles, que nous appliquons ensuite aux actions. C'est dans ce sens seul que la raison lui paraît être le principe de l'approbation et de la désapprobation, mais il déclare absurde et même inintelligible de supposer que nos premières notions du juste et de l'injuste viennent de la raison. Voici le seul argument qu'il donne et qui lui paraît invincible : « La raison ne peut par elle-même rendre aucun objet agréable ou désagréable à l'esprit; elle peut bien nous montrer que telle chose est le moyen d'en obtenir une autre qui naturellement nous plaît ou nous déplaît et nous rendre l'une agi'éable en vue de l'autre, mais elle ne nous rend aucun objet agréable ou désagréable en lui-même, quand le sentiment immédiat ne parle pas pour ou contre. Lors donc que la vertu dans quelque cas particulier, plaît

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par clle-rnême à notre cœur et que le vice lui déplaît, ce n'est pas la raison, mais le sentiment immédiat qui nous attache à l'une et qui nous éloigne de l'autre. Le plaisir et la peine sont les principaux objets du désir et de l'aversion, et ce n'est point la raison, c'est le sentiment immédiat qui les discerne. Si la vertu est désirable pour elle-même et le vice haïssable par lui-même, ce ne peut pas être non plus la raison qui les distingue, c'est le sentiment immédiat. »

Cet unique argument, tant de fois répété, tombe en ruine dès qu'on éclaircit la confusion sur laquelle il repose. Non certes, ce n'est pas la raison qui rend un objet agréable ou désagréable et qui est la source du plaisir et de la peine, ni par conséquent du désir et de l'aversion, de l'amour et de la haine ; mais il reste à prouver que le bien moral n'est autre chose que l'agréable et le mal moral ce qui est désagréable, que le juste est ce qui plait au cœur et l'injuste ce qui lui déplaît, et que la haine du vice et l'amour de la vertu sont nos seuls moyens de distinguer la vertu et le vice. Ce système emporte la destruction de toute notion constante et immuable de la vertu, ainsi que nous l'avons fait voir tant de fois, puisqu'il met la vertu à la merci de la sensibilité et fait du sentiment lui-même un effet sans cause. Car comment le cœur aime-t-il la veilu et hait-il le vice, si la veitu n'est déjà connue pour ce qu'elle est et le vice pour le vice? Il répugne que des sentiments d'amour ou de haine, de sympathie ou d'antipathie puissent être éprouvés pour des actions qui ne seraient pas jugées bonnes ou mauvaises. Or est-ce au cœur qu'appartient la faculté de juger et de connaître? La raison et le cœur ont des fonctions dillerentes; c'est un grand tort de les confondre, et sur cette confusion d'établir cette critique étrange que la raison ne nous fait pas connaître le bien et le mal moral parce qu'elle est incapable de nous rendre les objets agréables ou désagréables; ce qui est aussi bien raisonné que si nous accusions le cœur de ne pas nous rendre un objet aimable ou haïssable parce qu'il ne peut juger si cet objet est bon ou mauvais en soi, comme le fait la rai-

son avec la lumière et l'autorité qui sont en elle. Mettre le principe de l'approbation morale dans le sentiment est aussi contraire au bon sens que de mettre dans la raison le principe de l'amour et de la haine. Mais si Smith eût admis cette distinction, c'en était fait de son système, car ce système repose sur le sentiment seul. 11 fallait d(jnc que le sentiment suffit à tout et que le sentiment sympathique fût le principe de l'approbation, comme la propriété d'exciter la sympathie avait été déclarée l'essence du bien, et le désir d'obtenir la sympathie le motif déterminant de la vertu. En plaçant le principe de l'approbation dans le sentiment, Smith se proclame lui-même un disciple d'Hutcheson. Mais, en même temps, il rejette cette multitude de sentiments divers et par conséquent de sens différents, intérieurs et moraux, qu'admet Hutcheson; sens relatifs à la beauté et à la difformité, sens moral, sens de la honte et de la pudeur, sens du ridicule, etc. A tous ces sens, et particulièrement au sens moral, il substitue le principe général de la sympathie, c'est-à-dire le rapport du sentiment que nous éprouvons au sentiment qu'éprouve la personne observée ou l'observateur imaginaire qu'il faut toujours se représenter. «C'est la coïncidence ou l'opposition de nos sentiments avec ceux de l'observateur et de la personne observée qui constitue l'approbation et la désapprobation morale ^ . » 11 n'est donc pas besoin d'une puissance nouvelle de perception, d'un sens nouveau, pour expliquer un phénomène qui rentre sous la loi générale de la sympathie. Nous voilà ramenés à l'hypothèse sur laquelle est fondée toute la Tlmrie des sentiments moraux, que nous approuvons ou désapprouvons nos propres actes par l'effet qu'ils produisent sur les autres, hypothèse que nous avons laissée se développer librement - et porter toutes ses conséquences, mais qui ne résiste pas au moindre examen. Il ne s'agit pas ici de nous perdre dans l'obscure origine de nos sentiments, il faut rester

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