‹ Philosophie écossaiseChapitre 65 sur 199 · THOMAS REID · texte numérisé non relu

THOMAS REID

Les Recherches eurent le succès que Reid eût pu lui-même désirer. On vit des mathématiciens et des physiciens célèbres, des

1. On leconriait ici que Reid, comme ses amis d'Aberdeen, comme Locke et aussi Newton, étaient unitaiies déclarés; car ce n'est pas ici une sorte de politesse que Ueid lait à Hume pour lui montrer que si lui et ses amis sont des adversaires de sa philosophie, il n'a pourtant pas affaire à des intolérants; non, Reid ramène la critique d' Athanase jusqu'au milieu des matières les plus étrangères. Recherches sur l'entendement humain^ cliap. 6, sect. 24, en parlant d'uu des articles les plus difficiles à admettre du symbole des sceptiques, Reid dit : « To me il (This article of the sceptical creed) appears lo require as much faith as thaï of Alhanasius. » M. JoulTroy, t. II, p. 355, s'est contenté d'une sorte d'imitation : « Je ne sache point de dogme qui exige une loi [dus robuste. » Nous pensons qu'ici le sage Reid cédait aiix préjuges de son Église et de sou pays, et qu'il n'eut pas parlé ainsi de la trinité chrétienne si, an lieu de s'en tenir sur ce grand sujet aux i)remières vues d'un sens commun supeiticiel, il eût consulté une réflexion plus profonde, une saine et foi te psychologie. Xous le renvoyons ;i la fois au lutheiien Leibnitz, Defensio Trimtatis, etc., et à Bossuet, Elévations SLR LES MYSTERES, seconde semaine.

professeurs même de philosophie, frappés de l'excellence de la méthode employée, la recommander publiquement*. On reconnut aussi que les bases du scepticisme étaient dans la philosophie de Locke, et qu'il fallait accepter Locke et Hume tout ensemble ou les abandonner tous les deux. Le livre de Reid fut à la fois un sujet d'éludé et de réflexion pour les penseurs et un point de ralliement et d'espérance pour cette foule d'honnêtes gens, de bons citoyens, de pasteurs attachés à leurs croyances, que les arguments de Hume épouvantaient sans qu'ils trouvassent à y répondre : ils avaient enfin rencontré un représentant, un interprète, un défenseur. Reid devint ainsi le chef d'une école nouvelle, considérable dans la science par ses principes et par sa méthode, et en même temps profondément écossaise et populaire par ses résultats.

L'Université de Glasgow, où la réaction contre la philosophie de Locke avait commencé dans la personne d'Hutcheson, et où elle s'était continuée par l'enseignement de Smith, acheva son ouvrage en choisissant Reid pour remplacer l'auteur de la Théorie des sentiments moraux dans la chaire de philosophie morale qu'il venait de laisser vacante. Reid eut de la peine à quitter son pays, ses habitudes, les amis de sa jeunesse, les compagnons de ses travaux ; mais il sentit qu'un grand devoir l'appelait à Glasgow. H y vint en 1704 et y professa sans interruption jusqu'en 1780, c'est-à-dire jusqu'à l'âge de soixante-dix ans, grâce à une santé incomparable et à la force de corps qu'il avait apportée de ses montagnes, qu'il avait entretenue par un séjour de quinze ans à la campagne, à New-Machar, et qu'il conserva à Aberdeen et à Glasgow par l'habitude d'une grande sobriété, par une vie bien réglée, surtout par la paix de l'àme.

La chaire de philosophie morale de l'Université de Glasgow permit à Reid de concentrer ses efforts sur un certain nombre d'objets, au lieu de les disperser, comme à Aberdeen, sur une

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