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I. Voyez la notice rie M. Uugnld Sipw.iit

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sorte d'encyclopédie scientifique. Nous avons vu que déjà, du temps d'Hutcheson, la philosophie formait à Glasgow un enseignement entièrement séparé de celui de la physique et des mathématiques ; elle avait même deux chaires, l'une de logique, l'autre de philosophie morale. Celle-ci, depuis Hutcheson et Smith, comprenait des vues génér.-iles qui aboutissaient à la théologie naturelle, ensuite la morale, enfin le droit naturel et politique, avec des leçons plus ou moins étendues d'économie politique. Reid accepta ce cadre en mettant sur le premier plan, selon l'esprit général de sa doctrine, des recherches sur les facultés intellectuelleb et morales de l'homme.

Quant à son talent comme professeur, nous le laisserons apprécier à M. D. Stewart qui suivit ses leçons pendant l'hiver de 1772. « Le mérite de Reid, comme professeur, tenait principalement à ce fonds inépuisable de vues originales et instructives qu'on trouve dans ses écrits, et à son zèle infatigable pour inculquer les principes qu'il croyait essentiels au bonheur de l'humanité. Son élocution et son mode d'enseignement n'avaient rien de particulièrement remarquable. Il se livrait rarement , pour ne pas dire jamais, à la chaleur de l'improvisation ; et sa manière de lire n'était pas faite pour augmenter l'effet de ce qu'il avait confié au papier. Toutefois, tels étaient la clarté et la simplicité de son style, la gravité et l'autorité de son caractère et l'intérêt que ses jeunes élèves portaient généralement aux doctrines qu'il enseignait, que les nombreux auditoires aiuquels ses leçons furent adressées l'écoutèrent toujours avec le plus grand silence et la plus respectueuse attention. »

Monsieur D. Stewart nous apprend que les leçons de Reid ne formaient pas un tout fort régulier et qu'elles étaient plutôt juxtaposées que soumises à un plan et à un enchaînement rigoureux. Reid en effet était beaucoup plus propre à pénétrer profondément dans certaines questions qu'à embrasser un vaste ensemble. Lui-même ne recherchait pas la gloire des systématiques en philosophie : il la fuyait bien plutôt, et regardait la prétention de

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tout expliquer et de tout enchaîner comme la source de la plupart des erreurs. Il voulait porter la lumière sur quelques points essentiels, où il croyait être parvenu à des résultats certains : sur tout le reste il se contentait de présenter des observations justes et solides sans essayer de leur donner une liaison artificielle. Mais ses leçons n'étaient pas pour cela dépourvues d'harmonie et d'une certaine unité, puisqu'elles ofl'raient partout une seule et même méthode, la méttiode expérimentale appliquée à l'étude de l'esprit humain, un seul et même esprit, l'attachement inflexible au sens commun, et que dans toutes leiu's parties elles conspiraient à un seul et même but et inculquaient à l'auditoire le goijt du vrai et du bien, la foi dans l'excellence de la vertu et dans la dignité de la destinée humaine. Une telle unité vaut bien celle d'un principe unique qui brille un moment et que le temps emporte.

Pendant les seize années qu'il fut professeur à Glasgow, Reid ne composa aucun ouvrage. Ses leçons et quelques autres occupations absorbaient tout son temps. Son goût pour les mathématiques s'était réveillé dans les entretiens du vieux Robert Sympson ; et, à l'âge de cinquante-cinq ans, on le vit suivre, avec la curiosité et l'enthousiasme d'un jeune homme, les cours du docteur Blacke qui ouvrait alors à la physique et à la chimie des voies nouvelles. 11 s'était formé à (ilasgow, comme à Aberdeen, une société j)hiIosophique dont il était un membre actif, et à laquelle il lut divers mémoires, entre autres, dit M. L>. Stewart, quelques essais ingénieux sur des questions d'économie politique ; car l'exemple de son illustre prédécesseur et le goût public avaient dirigé son attention de ce côté. Malheureusement aucun de ses essais n'a vu le jour.

Il parait que Reid entretenait aussi une correspondance avec plusieurs personnages considérables de l'Ecosse, amateurs de recherches philosophiques. On rencontre plus d'une trace d'une pareille correspondance dans la notice de M. Dugald Stewart. Un de ceux avec lesquels Reid avait contracté la liaison la plus

intime était Henri Home, lord Kames, auteur estimé de plusieurs ouvrages de philosophie, d'histoire et de jurisprudence, et dont les opinions s'accordaient en général avec celles de Reid, et en différaient aussi sur plusieurs points importants. Un recueil précieux qui jette un grand jour sm' l'histoire des lettres en Ecosse pendant la dernière moitié du dix-huitième siècle, les Mémoires sur la vie et les écrits de lord Kames^, par Alexandre Fraser Tytler, depuis lord Woodhousclee, contiennent un bon nombre de lettres adressées par Reid à lord Kames pendant cette époque de sa vie. Elles introduisent encore mieux que ses ouvrages destinés au public dans l'intérieur de son àme, et révèlent la tournure particulière de son esprit et le bon sens vraiment admirable qu'il portait dans toutes les matières. Permettez-moi de mettre sous vos yeux quelques fragments de ces lettres peu connues.

Nous avons vu qu'au début de l'école écossaise, faute d'avoir bien distingué les questions spéculatives des questions psychologiques, Hutcheson chancelle sur la liberté, et que Smith ne se donne pas même la peine d'avoir ou d'exprimer une opinion à cet égard, comme s'il ne s'agissait pas du fond même de toute moralité. Lord Kames , stoïcien en morale et malheureusement aussi en métaphysique, inclinait à la doctrine de la nécessité : les deux amis étaient en querelle ouverte sur ce point. Le disciple de TurnbuU considérait la doctrine de la nécessité comme destructive de la morale ; lord Kames alléguait la puissance de la passion qui, selon lui, ôtait toute liberté et supprimait la responsabilité. Car il n'y a rien de moins nouveau que l'entreprise de certains casuistes de ce temps-ci qui se font les défenseurs complaisants du crime en supposant le criminel hors d'élat de résister à la passion qui l'assiège, et en lui prêtant une folie commode qui arrive à point nommé pour lui faire commettre le crime impunément. Reid sépare avec force le vrai du faux dans celte doctrine relâchée.

1. Memoirs o[ Ihe life and writings of lord Kames, 2 vol. in-4°, Ediliburgh,

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« Collège de Glasgow, 3 décembre 1772.

« Milord * , le cas que vous posez est très-propre à mettre en

lumière notre dissentiment sur l'influence de la doctrine de la nécessité relativement à la morale. Un homme, dans un accès de passion, poignarde son meilleur ami; immédiatement après, il se condamne lui-même, et plus tard il est condamné par une cour de ju4ice, quoique sa passion ait été aussi irrésistible que s'il avait été poussé par une force extérieure. Mon opinion est celle-ci : Si la passion a été réellement aussi irrésistible que vous le dites, tant dans son commencement q\n- dans ses progrès, l'homme est innocent aux yeux de Dieu qui sait qu'il a été poussé comme par un tourbillon, et qu'aussitôt qu'il a été maitre de lui-même il a abhorré son action comme un honnête homme doit le l'aire. En même temps, il a pu laisonnablement se condamner lui-même et être condamné par une cour de justice. 11 se condamne luimême parce qu'il puise dans la conscience de sa nature la convielion que sa passion n'était pas irrésistible. Tout homme a cette conviction, tant qu'il sait qu'il n'est pas réellement fou. Fût-il fataliste en spéculation , cela n'empêche pas plus cette conviction naturelle, quand sa conscience le presse, que le scepticisme spéculatif n'empêche un homme d'appréhender le danger, quand une charrette vient à sa rencontre. La cour de justice le condamne pour la même raison parce qu elle sait que la passion n'était pas irrésistible. Mais s'il était prouvé que cet homme était réellement incapable de résister à sa passion, c'est-à-dire qu'il était réellement fou, alors la Justice ne doit pas le punir comme criminel, mais le renfermer comme fou.

« Qu'est-ce que la folie, milord? Selon moi, c'est la défaillance du pouvoir de se gouverner soi-même; c'est une telle force de passion que l'homme est incapable de se conduire. Si la folie continue assez longtemps pour qu'elle devienne évidente par toute la

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