‹ Philosophie écossaiseChapitre 67 sur 199 · Memoiis of lord Kaiites^ vol. I, Appeiidix, n° v, p. H · texte numérisé non relu

Memoiis of lord Kaiites^ vol. I, Appeiidix, n° v, p. H

teneur des actions d'un homme, il n'est pas soumis à la loi criminelle parce qu'il n'est pas un agent libre. Cette folie réelle, ne durât-elle qu'un moment, rend l'homme incapable de crime tant qu'elle dure, aussi bien que si elle durait pendant des années, Mais une folie d'un moment ne peut avoir l'effet d'acquitter un homme devant une cour do justice parce qu'elle ne peut être prouvée, et elle ne peut l'empêcher de se condamner lui-même parce qu'il ne peut reconnaître qu'il était fou.

tt En un mot, si, par un accès de passion. Votre Seigneurie entend une folie réelle, quoique momentanée et non permanente, l'homme n'est pas responsable de ce que produit cet accès de folie ; et une cour de justice ne le rendra pas responsable de son action, si le cas de folie réelle est prouvé. Mais si, par un accès de passion, vous entendez seulement une forte passion qui pourtant laisse à un homme le pouvoir de se gouverner lui-même, alors il doit compte de sa conduite à Dieu et aux hommes. Tout homme de bien, et même tout homme qui veut éviter les crimes les plus horribles, doit savoir faire violence à la plus forte passion ; mais il serait trop dur, en vérité, qu'il nous fût demandé, soit par Dieu, soit par les hommes, de résister à des passions irrésistibles.

« Oui, j'admets une liberté d'inditl'érence. 11 y a des actions capricieuses. Toutes les langues ont le mot de caprice; et comment les langues auraient-elles un mot pour exprimer une chose qui ne pourrait pas exister?

« Un peut abuser de la liberté ainsi que de tous les autres bienfaits de Dieu. Comme la liberté civile a pour abus la licence, de même notre liberté naturelle a pour abus le caprice, la folie, le vice. L'exercice légitime de la liberté consiste, après avoir pesé convenablement les motifs exposés, à se déterminer non par le motif le plus fort, mais par celui qui a le plus d'autorité. Il est trèsimportant dans cette matière de distinguer entre l'autorité des motifs et leur force. Le parti qui est honorable, qui est humain,

SIXIÈME LEÇON. — UEID 257

qui est vertueux, qui est noble, a toujours rautorité de son côté. Tout homme sent cette autorité dans son cœur, et il y a peu d'hommes assez méchants pour ne pas s'y soumettre quand elle n'a pas de puissant antagoniste. Mais le plaisir, l'intérêt, la passion, la paresse, forment souvent de leur côté une très-grande force, destituée de toute autorité; et un conflit s élève entre les deux partis opposés. Tout homme a la conscience de ce conflit dans son propre sein, et il est souvent conduit à agir par la force supérieure du parti qu'il sait n'avoir aucune autorité. C'est là la lulle que Platon décrit enli e la l'aison et la passion ; c'est là le combat de l'esprit et de la chair dans le iSouveau Testament. Les deux partis, comme Israël et Amalech, se disputent la victoire dans la plaine. Le pouvoir de se déterminer soi-même, comme Moïse sur la montagne, lèvc-l-il en haut les mains, et montre-t-il son autorité, Israël l'emporte et la vertu est triomphante. Mais laisse- t-il tomber ses mains et sa vigueur s'abat-elle, c'est Amsdech qui l'emporte. »

Voilà ce que pensait Reid du fatalisme ; voici comment il s'exprimait quelques années plus tard sur le matérialisme de Priestley et sur l'épicuréisme qui était devenu à la uiode en France. Il combat aussi, lui ministre du saint Évangile, les théologiens qui font le mauvais calcul de dégrader la nature humaine pour relever Dieu.

c( Le ^ docteur Prieslley, dans son dernier livre, pense que la faculté de perception, aussi bien que les autres facultés appelées mentales, est le résultat d'un appareil organique tel que le cerveau. Conséquemment, dit-il, l'homme tout entier s'éteint au moment de la mort, et nous n'avons pas d'espérance de survivre au tombeau, hors celle qui se tire de la lumière de la révélation. Je serais bien aise de savoir l'opinion de Votre Seigneurie sur la

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