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Philosophie de Kam, lei^ou vie, etc

AVERïlSSEMEM . XI

prit de ses contemporains et surtout de ses cuiupalriotes. Il a commencé la philosophie allemande, mais il ne l'a point gouvernée : elle lui a échappé de bonne heure pour se jeter dans des dh-ections contraires. Le nom de Kant est seul resté debout sur les ruines de sa doctrine. Reid a imprimé à l'esprit écossais un mouvement moins grand et moins vaste ; mais ce mouvement n'a pas eu de retours, et il dure encore. Reid a laissé après lui une école forte et nombreuse, qui encore aujourd'hui marche à sa lumière.

La philosophie écossaise présente en effet ce phénomène bien rare dans l'histoire de la philosophie moderne, si mobile et si agitée : déjà elle compte un siècle, et elle est loin d'être épuisée. Hutcheson l'inaugurait avec éclat en 1725. Smith recueiUit et accrut l'hérUage d'Hutclieson. Reid maintint la pliilosophie nouvelle dans les mêmes voies, et lui lit faire un grand pas. Beatlie et Ferguson ne l'ont point laissée dégénérer, et, au début du dix-neuvième siècle, M. Dugald- Stewart lui donnait un interprète digne d'elle, dont le savoir varié, la parole élégante et le style ingénieux et hmpide n'ont pas peu contribué à la répandre et à la populariser. De notre temps, après un écart passager, une déviation légère, nous l'avons vue se relever et grandir encore sous la forte direction d'un homme qui est venu couronner l'œuvre de ses devanciers, en ajoutant à leurs divers mérites le seul qui leur avait manqué, une connaissance consommée de tous les grands systèmes anciens et modernes. Sir Wilham Hamilton unissait en lui deux dons bien rares, et qui jusqu'ici ne s'étaient jamais rencontrés à ce degré dans une même personne : la pénétration profonde d'un métaphysicien du premier ordre et l'inépuisable érudition d'un savant de profession. 11 a porté la

\ll AVtUTJSSEMEXT.

[jlii'losopliie (lu sens commun à sa plus haute puissance. Grâce à lui, elle occupe aujourd'hui un rang éminent dans la philosophie contemporaine.

Aussi, la mort toute récente de M. Hamilton est une calamité qui ne s'arrête pas aux bornes de sa patrie : elle sera longtemps et vivement ressentie par tous ceux qui d'un bout du monde à l'autre ont consacré leur vie à l'étude de la philosophie et de son histoire. L'université d'Edinburgh vient de leur donner une consolation et une espérance, en confiant la chaire de M. Hamilton à un de ses disciples préférés, qui se fera sans doute un pieux devoir de suivre la tradition de l'illustre maître, et de maintenir l'intégrité de la philosophie écossaise devant le public européen. Ce qui distingue cette philosophie et lui donne un caractère et un intérêt particulier, c'est le bon sens; et ce qui y nourrit et y renouvelle sans cesse le bon sens, c'est l'étude assidue de la nature humaine, le haut rang attribué à la psychologie parmi toutes les autres branches de la science philosophique. Quand la psychologie déchoira à Aberdeen, à Glasgow, à Edinburgh, ce jour-là, nous n'hésitons pas à le prédire, c'en sera fait de la philosophie écossaise : elle n'aura plus qu'à céder la place à quelque importation de la mauvaise métaphysique de l'Allemagne dégénérée. Puissent la sagesse et la constance de M. Fraser ])ré venir un pareil malheur, et répondre à ce vœu puWic (l'un vieil ami de M. Hamilton et de l'Ecosse !

Ce 15 avril 1837.

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