INTRODUCTION
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Objel dn cours : la morale de la philosophie écossaise. — Anlécédeuts de cette philosophie : {" Réaction commencée en Angleterre contre la philosophie de Locke; 2» Euu religieax. moral et politique de l'Ecosse; éducation populaire, universités.
— La philosophie écossaise est née dans les universités, et la plupart de ses maîtres ont été ministres presbytériens. — Ca actëres généraux de l'école écossaise.
— Le bien et le mal.— Utilité de l'étude de la philosophie écossaise.
Dans le premier semestre de cette année, nous avons rais sous vos yeux, la suite et la mai'che de la philosophie sensualiste, dont le théâtre a été tour à tour l'Angleterre et la France. Il est temps de vous faire connaître l'école opposée, la grande école spiritualiste du dix-huitième siècle , composée de deux écoles différentes qui ont chacune leur caractère particulier, à savoir, la philosophie écossaise et la philosophie de Kant.
Nous commencerons par l'histoire de la philosophie écossaise. La chronologie et la logique le veulent également. Les philosophes écossais ont précédé d'un demi-siècle environ ceux de l'Allemagne. Hutcheson et Smith avaient enseigné avec éclat , et Reid avait publié son premier ouvrage , avant qu'aucun signe annonçât l'approche de la révolution philosophique dont Kant est l'auteur. Enfin , la première loi de toute étude régulière est de commencer par le plus facile, et d'aller du plus connu au moins connu : or, il est indubitable que le spiritualisme de l'Ecosse est plus à la portée des intelligences françaises que l'idéalisme de l'Allemagne. Plus d'un lien, entre autres le grand lien des mêmes institutions politiques, nous rappj'oche de nos voisins d'outre-mer. Leur langue et toute leur littérature nous est bien plus familière. Nous n'avons donc pas à craindi'e, en passant de l'étude des philosophes français du dix-huitième siècle à l'étude des philosophes écossais , de changer bmsquement d'horizon, et une route presque insensible nous conduira peu à peu dans des régions différentes de celles «pie nous venons de parcourir.
Poiu' bien comprendre et apprécier une école philosophique, il est nécessaire de l'étudier dans le temps où elle est née et au milieu des circonstances qui lui ont donné naissance et qui ont favorisé son développement. Quand on recherche d'où peuvent être venus à la philosophie écossaise le spiritualisme éclau'é, le bon sens et la forte moralité qui la distinguent, on en reconnaît deux causes diversement puissantes. D'abord il se formait de plusieru-s côtés une assez vive réaction contre le système de Locke, ou du moins contre les conséquences qu'en avaient promptement tirées les disciples intempérants du sage auteur de l'Essai sur l'entendement humain. Et puis il était naturel que les interprètes de cette révolte du sens commun et de la moralité publique parussent plus pai'ticulièrement dans im pays justement célèbre par son bon sens et par son esprit moral et religieux.
Dans le premier quart du dix-huitième siècle , la philosophie de Locke était en possession de la domination philosophique en
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Angleterre. Elle avait pénétré partout ; déjà même , sur le continent elle comptait de nombreux partisans. C'était le temps où Voltaire allait lui gagner la France entière ^ . Cet étonnant succès, qui semblait s'accroître chaque jour^ n'était pourtant pas sans contradicteurs. Locke en avait rencontré dès son vivant et dans son propre pays. Newton, malgré son amitié pour lui, s'en était séparé en philosophie. Dans une lettre intime, du 16 septembre 1693 2, Newton avoue à Locke qu'il lui est venu la pensée qu'il renversait les fondements de toute morale par le principe avancé dans le premier livre de son ouvrage : il lui confesse qu'il l'a regardé comme renouvelant la doctrine de Hobbes. Si , du vivant même de Locke et dans tout l'éclat de sa renommée , sa philosophie avait inspiré à un homme tel que Newton des doutes aussi graves , qu'on juge de ce qui dut arriver après sa mort , lorsque les écrivains qui s'intitulaient libres penseurs, et dont plusieurs étaient ses amis et ses élèves, firent paraître ce que renfermait le système où ils puisaient leurs inspirations. Les écrits de Dodwell 3, de CoUins *, de Mandeville ^, de Toland^, contenaient les attaques les plus audacieuses non-seulement contre la religion révélée , mais contre la reUgion naturelle et contre les principes de toute morale. La liberté de l'homme et la vertu désintéressée étaient particulièrement les objets de leur ingénieux et hardi scepticisme. Toute idée dont on ne retrouvait pas aisément l'origine dans les impressions des sens était mise en doute. L'Église
1. Philosophie senscaliste, leçon ii«, Condillac^ p. 41, etc.
2. Voyez 2« série de nos cours, t. Ill, leçon xv», la vie de Locke, avec \' Appendice. .">. Digc. e'pistolaire^ où l'on prouve^ par l' Ecriture et par les premiers Pères ^ que
l'âme est un principe nalurellement mortel. Londres, 1706.
4. Voyez sa lettre à Dortwell et sa réplique à Clarke, recueillies et traduites en français sous ce titre : Essai sur la nature et la destination de l'âme, 1769. Voyez aussi son Discours sur la liberté' de penser, les Recherches philosophiq'tes sur la liberté', etc.
5. Fable des Abeilles, 1706; avec le commentaire, 1714; 2" édit., 1725; avec six nouveaux dialogues, 17'29 et 173-2. 11 y eu a une iraduction française, en 4 volumes^ de 1750.